Publicité
Gérard Fanchin l?insulaire continental
De Curepipe, sa ville natale, l?enfant métis de l?île ? pour faire écho au héros fétiche de Camara Laye ? partait en 1972, après ses études secondaires au collège St.-Joseph, pour un cycle d?études universitaires à la Réunion. Gérard Fanchin (décédé hier matin, NdlR) avait obtenu une bourse française qui devait par la suite le conduire à la Sorbonne Nouvelle. Pour son mémoire de maîtrise, il avait choisi le thème du métissage dans l??uvre d?Edouard Maunick. Quatre ans plus tard, en 1980, Gérard Fanchin soutient avec succès sa thèse doctorale sur Le monde paysan à travers le roman afro-antillais.
Le parcours universitaire de Gérard Fanchin le conduit naturellement à chercher ancrage dans le monde réel de la négritude et de la créolité. C?est ainsi qu?il atterrit à l?université d?Ilorin au Nigeria où il enseignera pendant deux ans la littérature négro-africaine et la poésie française moderne. De retour à Maurice en 1981, il est nommé chargé de cours à l?Institut africain et mauricien de bilinguisme, où il assure des cours de civilisation africaine et mauricienne et de traduction. Après une carrière d?enseignant au collège Lorette de Curepipe, Gérard Fanchin se joint au département de Humanities, que l?université de Maurice venait tout juste de créer en 1992. Il y introduit les littératures francophones de l?Afrique, de la Caraïbe et de l?océan Indien.
En 1994, il assume les fonctions de Responsable du département.
Les champs de recherche qui l?intéressent l?amènent tout naturellement à s?interroger, en précurseur, à la problématique de l?interculturalité. Ainsi, dès 1997, lors d?un colloque à l?université de la Réunion, Gérard Fanchin proposait une stimulante réflexion sur la façon d?enseigner Les Soleils des Indépendances du romancier ivoirien Ahmadou Kourouma à des étudiants mauriciens ou Le Voile de Draupadi d?Ananda Devi à ceux qui ignoraient tout de la cosmogonie hindoue. Tout récemment, dans le cadre du programme du Pôle d?excellence Contes, mythes et traditions populaires de l?océan Indien, soutenu par l?Agence universitaire de la francophonie, Gérard Fanchin devait présenter une communication originale à l?université d?Antananarivo, intitulée Les avatars de Cendrillon chez Ananda Devi. Ses nombreux travaux de recherche et de publications de qualité lui vaudront une promotion fort méritée au grade d?Associate Professor en 2002.
En 2003, c?est à ce Mauricien pluriel que fait appel le Centre culturel mauricien pour la publication d?un ouvrage commémoratif sur Robert-Edward Hart à l?occasion de la réouverture de la Nef. Par ailleurs, sa collaboration avec Serge Rivière,Visiting Professor à l?université de Maurice pendant deux ans, nous a valu une excellente réédition critique des poésies et satires de Barthélémy Huet de Froberville.
Mais ses racines îliennes s?entremêlent constamment avec celles enfouies dans la terre africaine et qui l?ont nourri jusque sur les bancs de la Sorbonne. À la mort de Senghor, Gérard Fanchin anime avec ses collègues et en compagnie d?Edouard Maunick une journée commémorative consacrée à l??uvre du grand poète.
Passionné de la littérature des îles et du continent africain, Gérard Fanchin laisse comme héritage aux élèves du secondaire mauricien, à ses étudiants-chercheurs, ses collègues et collaborateurs, une belle et inspirante collection de textes critiques et pédagogiques, d?articles, de publications et de communications scientifiques.
Membre de l?Association for French Studies in Southern Africa, Gérard Fanchin avait été invité en 2002 à participer à un colloque sur le thème de la séparation à l?université de Natal, Durban. Il avait choisi d?aborder ce thème par une analyse de L?Enfant noir de Camara Laye. «Séparation d?ordre rituel et religieux, d?ordre culturel et éducatif? se séparer très souvent dans la douleur, de son milieu naturel et familial pour un ailleurs mystérieux, compromettant, voire fatal. Cette séparation qui implique un départ, est aussi une mort puisque ?partir c?est mourir un peu?. Et si cette mort était aussi synonyme de résurrection ?»
Cette synthèse se lirait aujourd?hui comme annonciatrice du parcours de l?enfant métis de Curepipe, qui revit à travers son ?uvre.
Publicité
Publicité
Les plus récents