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Géographie des sens

23 octobre 2006, 00:00

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Maryse Hardy ose la métamorphose

Qu?est-ce que la réalité finalement ? Plus on la regarde en face, plus elle a de faces. Même sans changer de place, elle laisse des traces. Il suffit juste de lui tendre une glace. De faire le vide. D?avoir l?esprit lucide. Et peindre. Intensément. Au point où un ciel gorgé de soleil devient limon. La rouille sur un bateau, une croûte caramel sur du rose bonbon.

Maryse Hardy ose la métamorphose. Cet ?effort mental? comme elle le décrit, pour transformer le déjà-vu en inconnu. Première surprise, le lieu de son exposition. Pour sa seconde sortie en solo, elle présente une cinquantaine de tableaux (du 28 octobre au 4 novembre), dans les locaux d?un cabinet d?avocat au deuxième étage des bureaux de Ruisseau Créole, à Rivière-Noire. Des ?uvres regroupées sous le titre Métamorphose. Après tout, pourquoi limiter l?expression plastique aux seules galeries ? Et se priver du plaisir de dépayser l?art? du paysage.

Sentiers, montagnes, rade. Tout est là. Mais différent. ?Ce n?est pas ce qui existe en réalité, c?est mon interprétation de ce que je vois.? Jouant sur les effets de transparence et les couleurs dynamiques, Maryse Hardy restitue des petits bouts d?une île Maurice à la fois reconnaissable et étonnante.

Sa technique, celle de l?école des ?anciens? (Yves David, Roger Charoux?). C?est-à-dire planter son chevalet au bord de la route, avoir les pieds dans la poussière et les yeux collés au paysage. Accepter le regard inquisiteur des passants. Répondre aux questions des enfants. Avoir d?autres contacts que ceux du pinceau sur la toile.

Au lieu de l?asphalte, des troncs ocre

Et grâce au jeu des couleurs, transformer radicalement un coin de lumière. Maryse Hardy l?avoue. ?J?ai peint le même endroit plusieurs fois.? En changeant d?angle, en se mettant de face, puis de dos. Son défi : le rendre neuf à chaque fois. Exemple concret : sa fascination pour les sentiers en lacet. ?J?aime les chemins. Ce sont des routes que tout être humain doit prendre.? Au propre comme au figuré. Et cela marche.

L??il se promène dans les paysages à la facture classique. Sauf qu?au lieu de l?asphalte noir, des troncs ocre, des arbres verts, l?ensemble devient un camaïeu de mauves?

Pareil pour les natures mortes. A priori, un bouquet de fleurs dans un vase rond. L?effort mental de Maryse Hardy réchauffe les sens. En contrôlant ses couleurs, elle démultiplie le sujet, changeant presque le parfum des fleurs. On se prend à regarder la composition en rouge, puis celle en bleu. Que cherchons-nous ? Des correspondances. Des différences. Peu importe, notre attention est accrochée. C?est tout ce qui compte.

Les pique-niques d?Hervé Frédéric

Ce n?était pas qu?un Déjeuner sur l?herbe. Il y avait aussi une gaule mise à tremper dans l?eau pendant deux heures. Pour ramener deux petits poissons. Maigre prise ? Erreur. Hervé Frédéric a fait le plein de couleurs et de sensations. C?est donc à une jolie balade qu?il nous invite dès demain ? jusqu?au 28 octobre ? au Foyer du théâtre du Plaza.

Première impression : son sens du détail. Ce ?piège? comme il l?appelle, tendu par son souci visible de bien faire. Ses prises de vues sont travaillées au point de rappeler la carte postale. Pourtant le peintre, qui en est à sa troisième exposition en solo, se défend de faire du figuratif, pour s?associer volontiers aux touches méthodiques de l?impressionnisme.

39 tableaux balayés pour beaucoup par le grand air. Tableaux d?un ?artiste impénitent toujours à la recherche de la perfection, qui sait qu?il ne peut pas l?atteindre, mais qui continue quand même?. Du Jardin Telfair au Morne en passant par le Lion, le Rempart et le Coin de Mire, Hervé Frédéric s?attaque aux classiques du paysage local. Sans prétention.

?J?essaie autant que possible de représenter ce qui existe.? Sa liberté d?artiste : déplacer à sa guise un arbre qui arrête la vue. Avoir l?avantage de voir du pays. De se rendre trois fois l?an à Rodrigues. De pousser jusqu?à Anse Nicholas, près de Baie du Nord, avant d?aller à Montagne Croupier, à l?intérieur des terres.

Autodidacte de la peinture

Et chemin faisant, éviter les ornières de la peinture ?moderne?. Celle qui se contente de photographier les choses sans communier avec elles. Celle qui ne ?prend pas son temps pour dessiner?, peaufiner la composition et mélanger les couleurs chaudes, notamment celles de la misère. Autodidacte, Hervé Frédéric employé de banque à la retraite ? cousin germain des frères Ghanty ? et admirateur de Maurice Ménardeau, confie que lui a ?regardé dans les livres?. Autodidacte qui prend ses aises sur le contreplaqué, à coup d?acrylique, ?parce que c?est propre, c?est net?.

Comme un pique-nique, c?est avant tout de la détente, même si, comme nous raconte franchement Hervé Frédéric, ?je roule toujours une heure de trop? avant de trouver le coin idéal, le peintre nous ménage des temps de respiration dans son exposition.

Des natures mortes, un personnage féminin ?représentant l?Afrique? surgissent entre les paysages. C?est la présence humaine absente des paysages lisses d?Hervé Frédéric. Avant que ne sonne le ?dreamtime?, heure de féerie où l?imagination sublime le réel. Où les vallées de Les Mariannes se juxtaposent au Pieter Both pour recréer la vérité.

Son paysage intérieur.

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