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Grandeur et limites du 4e numéro de « Revi Kiltir Kreol »
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Grandeur et limites du 4e numéro de « Revi Kiltir Kreol »
Le 28 octobre 2004 a eu lieu, au théâtre municipal de Port-Louis, la présentation officielle du quatrième numéro de Revi Kiltir Kreol, le magazine annuel du Centre culturel Nelson-Mandela pour la culture africaine. La publication a fière allure avec son format A4 qu?enjolive fort bien une peinture naïve haïtienne, bel exemple d?une école esthétique fort appréciée sur le plan international, y compris au sein des galeries les plus huppées de New York ou d?Europe. La reproduction de la peinture de Cynthia Sayeda (p. 49) n?aurait pas pour autant dépareillé cette couverture. La centaine de pages sur papier glacé au grammage conséquent nous fait comprendre que ses promoteurs n?ont heureusement pas eu à restreindre leurs ambitions pour des raisons financières. Allusion est faite, dans le magazine, aux facilités offertes par Françoise Lionnet et par l?université de Californie, Los Angeles.
Justifier un « squattage »injustifiable
Le contenu du magazine apparaît substantiel et offre de quoi satisfaire les exigences des plus difficiles. Les contributions locales de Guilhem Florigny, de Sheila Bunwaree et de Mayila Paroomal offrent une contrepartie mauricienne intéressante à l?apport étranger de Thomas C. Spear, de Carlo A. Célius et de Louis Philippe Dalembert. L?équilibre entre les apports locaux et étrangers est encore renforcé par la présence, au sommaire, du Pr. Serge Rivière qui, on le sait, partage ses activités magistrales entre l?université de Maurice et une d?Irlande. De plus, le sujet choisi par lui permet à des Européens, Rose et Louis de Freycinet, des visiteurs de marque de 1818, de jeter un regard ethnologique sur la société créole mauricienne de cette époque.
Guilhem Florigny nous offre une réflexion sur l?expression des références spatiales dans le kreol mauricien. Il s?agit d?une partie d?un mémoire sur ce thème, présenté en septembre 2003, dans le cadre de sa préparation à une maîtrise en sciences du langage à l?université Paris X ? Nanterre. Le contenu comporte un caractère scientifique très poussé, pouvant gêner les lecteurs moins intéressés par l?exactitude extrême des énoncés et des conclusions retenus et qui se sentiraient plus à l?aise dans de simples applications pratiques de ces données linguistiques.
Sheila Bunwaree analyse, en anglais, l?impact de la globalisation sur la communauté mauricienne d?origine africaine, celle qui souffre le plus, pense-t-elle, des difficultés à retrouver une véritable identité. Cette souffrance congénitale constitue un risque pour la cohésion de la nation mauricienne et pour l?harmonie sociale et raciale qui y prévaut. Des efforts doivent être faits pour empêcher toute détérioration de cette souffrance et prévenir de nouvelles explosions sociales.
Mayila Paroomal est l?auteur d?une intéressante étude des Mauriciens d?origine africaine employés à la fin du xviiie et au début du xixe siècle pour acheminer aux quatre coins de l?île le courrier distribué par des services postaux naissants, fruit d?une heureuse initiative de Nicolas Lambert, déjà fondateur de la presse mauricienne. Il est dommage qu?une si belle étude soit exploitée de façon pas toujours élégante pour vouloir justifier l?injustifiable, à savoir le « squattage » du bâtiment de la Poste Centrale par le Centre culturel Nelson-Mandela pour la culture africaine. À suivre les arguments développés au début et à la fin d?un exposé par ailleurs magistral, on pourrait conclure que les colleurs d?affiches ont autant droit de propriété sur un parti politique que son leader. Quand le grand manitou d?un parti accordera de tels privilèges à un simple militant-coaltar, nous accepterons la thèse que le Centre culturel Nelson-Mandela a le droit de « squatter » le Post Office Building parce que des Noirs ont jadis fait fonction de facteurs.
Des textes de Thomas C. Spear et de Carlo A. Célius, consacrés au bicentenaire de la République d?Haïti, ont été retenus par les promoteurs de ce 4e numéro de Revi Kiltir Kreol. Haïti demeure une douloureuse écharde dans la chair de ceux qui veulent conserver le plus grand respect pour le continent africain. L?anarchie, qui y prévaut de façon chronique, est malheureusement partagée par d?autres pays africains ayant échappé aux contraintes colonisatrices, tel le Liberia. Ils peuvent difficilement servir d?exemple à ce continent qui a davantage intérêt à se tourner vers l?Afrique du Sud de Nelson Mandela et de Tom M?Beki ou encore vers le Botswana ou le Sénégal s?il veut trouver des modèles de démocratie et de bonne gouvernance. Haïti semble condamner à une anarchie prolongée n?offrant guère d?espoirs d?amélioration. Que l?Afrique ne puisse lever le petit doigt pour lui venir en aide ajoute encore à notre souffrance mais aussi à notre impuissance. Le recours à des boucs-émissaires trop accommodants ne résoudra en rien le calvaire d?une population martyre d?origine africaine.
Un théâtre de Port-Louis désespérément vide
Revi Kiltir Kreol est d?une lecture particulièrement instructive pour un public intellectuel sachant tirer partie de tout ce qui passe à sa portée. Si tel est le public ciblé par les promoteurs de ce magazine, c?est tant mieux car ils ont mis en plein dans le mille. En revanche si elle se veut une nourriture spirituelle pour l?ensemble de la population mauricienne d?origine africaine, on peut se demander si la barre n?a pas été placée trop haut. Cela pourrait alors expliquer pourquoi le théâtre de Port-Louis était si désespérément vide, en ce jour de présentation officielle.
Ce que n?a pas manqué de déplorer officiellement et à juste titre le vice-président de la République de Maurice, Raouf Bundhun.
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