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Grandeur et décadence du superflic Sunneechurra
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Grandeur et décadence du superflic Sunneechurra
Grand patron du Central Criminal Investigation Department (CCID), l?assistant commissaire de police (ACP) Oozageer Sunneechurra a bâti ses 37 ans de carrière en traquant les criminels de tout acabit. Mais voilà, au lendemain de son départ à la retraite prématurée, il a été arrêté pour corruption par ses subordonnés postés à l?Independent Commission against Corruption (Icac). Il lui est reproché d?avoir accepté une «gratification» de l?hôtel The Oberoi alors que son service effectuait une enquête sur un délit impliquant cet établissement de Baie-aux-Tortues, à Balaclava.
Comparaissant devant le tribunal de Pamplemousses vendredi, il a été provisoirement inculpé de Public Officer accepting bribe, en infraction avec le Prevention of Corruption Act. Les enquêteurs de l?Icac estiment qu?il a commis une faute grave en acceptant de loger gratuitement, avec cinq autres proches, dans cet hôtel durant un week-end.
Les faits reprochés se seraient déroulés du 2 au 4 août 2002 et l?officier ne se serait également pas acquitté de la note du restaurant. «Je trouve curieux qu?on m?ait arrêté. Il n?y a aucune preuve de ce qu?on me reproche. Je suis parti à cet hôtel en compagnie de mon beau-frère, qui travaille comme Chief Nursing Officer en Angleterre. Il était en vacances avec sa famille et voulait, pour changer, séjourner dans un hôtel, car à chaque fois, il louait un bungalow. J?ai proposé l?Oberoi et j?ai réservé en mon nom», explique Oozageer Sunneechurra.
Dans ses dépositions à l?Icac le 19 septembre dernier, l?officier a déclaré que les préposés à la caisse de l?hôtel ont refusé que son beau-frère et lui-même règlent la note, en soulignant que ce séjour était « complimentary ». L?ordre venait de la direction. L?ACP Sunneechurra a demandé à rencontrer les responsables de l?hôtel mais, comme c?était un dimanche, ces derniers étaient absents. Depuis, malgré plusieurs demandes, il dit n?avoir jamais reçu la note, qui tourne autour de Rs120000. « S?il avait voulu accepter un bribe, il n?aurait pas dès le départ réservé l?hôtel en son nom », commente l?avoué Pazhany Rengasamy, l?un des hommes de loi dont les services ont été retenus pour sa défense.
L?affaire avait été évoquée dans l?express du 1er mars dernier. Cinq employés de l?hôtel venaient d?être arrêtés par des hommes du Central CID suite à une plainte pour chantage d?un haut responsable de l?établissement. Un mois après le dénouement de l?enquête, l?ACP Sunneechurra venait passer un week-end dans deux pavillons donnant sur la mer. Arrêtés, détenus pendant deux jours, un seul attend d?être jugé par la justice. Une accusation provisoire de « demanding money by threat » pèse contre Deewas Chubeelall.
Aliments périmés
Les cinq employés nient les accusations portées contre eux et racontent comment ils auraient été « piégés ». «Depuis l?ouverture de l?hôtel, on avait remarqué que des boissons périmées ? certaines ayant expiré depuis une semaine, six mois, voire un an ? étaient servies aux clients. Mes collègues et moi-même étions révoltés. Comme j?étais responsable des trois bars de l?hôtel, j?ai signalé au Food & Beverage Manager que cette pratique ne pouvait durer. Il m?a alors dit qu?il consomme lui-même ces produits et ?ki bane clients là pas pou mort?. »
Il poursuit : « Lorsqu?on a menacé de ne pas utiliser ces produits, il a dit son intention de nous licencier. En vain, on a été voir les autres directeurs. Et voilà qu?un beau jour nous sommes convoqués devant un comité disciplinaire. Là, on nous accuse de servir des produits périmés aux clients», raconte Deewas Chubeelall.
Outragé, le barman s?arme alors d?un caméscope et filme tout. « Je me suis dit qu?il y a un risque que des clients tombent malade et que les responsables étrangers n?étaient peut-être pas au courant de ce qui se tramait ici. J?ai pris contact avec Vikram Oberoi, l?un des directeurs du groupe Oberoi en Inde. Il m?a dit qu?il allait déléguer un directeur pour s?enquérir de la situation et de lui remettre la cassette du film que j?avais tourné. Quelqu?un est bien venu mais au lieu d?assainir la situation, il a porté plainte contre nous à la police. Il nous accuse de chantage alors que c?est lui qui est venu me proposer de l?argent afin que je me taise? » affirme le barman.
C?est lorsque ses collègues et lui-même sont mis à la porte et qu?il se retrouve dans le box des accusés qu?ils décident d?intenter un procès en dommages et intérêts de plusieurs millions de roupies contre l?hôtel. Par la suite, c?est l?Icac qui prend le relais en convoquant Oozageer Sunneechurra en septembre pour interrogatoire. Et une deuxième fois jeudi dernier pour lui annoncer qu?il allait être inculpé pour corruption.
« On est en train de faire tout un ramdam pour rien. S?il n?avait pas été un assistant commissaire de police, peut-être qu?on ne l?aurait jamais interrogé. En tant que responsable du Central CID, c?est son boulot de superviser les enquêtes en cours. Le dossier de l?enquête sur les employés de l?Oberoi, comme tous les autres menés par le CID, passent par lui », commente un de ses proches collaborateurs.
L?inculpé conteste l?accusation provisoire logée contre lui. Son avocat, Me Shakeel Mohamed, a présenté une motion demandant qu?elle soit rayée car il n?y aurait aucune preuve pour soutenir les faits reprochés à son client. Le magistrat Indiren Sivaramen écoutera ses arguments et ceux des avocats de l?Icac le 5 novembre avant d?émettre son ruling. Interdit de voyage, l?ex-chef de la police criminelle a été libéré sous une caution de Rs 25 000 et une recognizance de Rs 50 000.
Mais pourquoi a-t-il décidé de partir à la retraite à la veille de son arrestation ? « Depuis que j?ai été convoqué par l?Icac en septembre, j?ai voulu prendre ma retraite. Et puis ma santé n?est pas très bonne, ayant subi un pontage il y a cinq ans. Mais j?étais obligé de travailler car mon fils étudiait en Angleterre. British Aerospace venant de lui décerner une bourse pour son doctorat en génie aérospatial, je n?ai plus besoin de rester», confie-t-il.
L?Oberoi, pour sa part, garde le silence. Il a été plus facile d?entrer en contact avec un responsable du groupe, Vikram Oberoi, en Inde, qu?avec le directeur Wilhelm Luxem, à Maurice.
Un «senioré» détective en chef
Reconnaissable à son crâne dégarni et son ventre bedonnant, c?est avec un School Certificate en poche qu?Oozageer Sunneechurra a gravi un à un les échelons de la force policière. Policier de la vieille école, il est nommé chef du CCID lorsqu?il est promu ACP en 2000 en remplacement de Jugdish Jasoodanand. Il occupera ce fauteuil jusqu?en août 2002 lorsqu?il sera rétrogradé comme n°2 du CCID en pleine enquête sur le double viol collectif de Sandra O?Reilly. C?est ainsi qu?Oozageer Sunneechurra est devenu l?adjoint du DCP Tangavel Seerunghen. Avant de devenir responsable des opérations, il a supervisé de gros dossiers comme celui de l?assassinat de Vanessa Lagesse, la caisse noire d?Air Mauritius ainsi que le scandale au MURD. Avant son passage au CCID, Oozageer Sunneechurra est connu comme étant l?un des enquêteurs ayant arrêté Poonsamy Pongavanam pour le meurtre de Chandrika Haza Futty en octobre 1985. Il était alors sergent à la criminelle de Grand-Port-Savanne. A l?époque, il avait aussi permis d?élucider les attaques répétées contre les cars de touristes à La Preneuse. Recruté en 1966, le constable Sunneechurra est originaire de Rose-Belle. Aîné des cinq fils d?un sirdar de la sucrerie de la région, il aidait aux champs et allait couper de l?herbe pour nourrir les vaches et les cabris avant de se rendre au collège Durham où il a étudié jusqu?en Form V. Après la « Police Training School », il a travaillé aux postes de Rose-Hill et de Rose-Belle avant d?être muté aux services des renseignements, à la Special Branch. Promu sergent en 1975, il entre à la CID de Grand-Port-Savanne. Il est nommé inspecteur quatre ans après. De la station de Montagne-Blanche en 1989, il est à la tête du poste de Line Barracks entre 1989 et 1993 en tant que chef-inspecteur. C?est avec le grade d?assistant-surintendant qu?il sera responsable de l?Ouest en 1999. En 2001, il a été décoré par le président de la République.
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