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Grandes attentes citoyennes

16 juillet 2005, 00:00

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Promesse d?une vie meilleure et de changements radicaux. Le discours électoral est fait de ces constantes. La réalité est souvent bien différente. Pourtant, il incombe aux gouvernants de gérer au plus près des attentes du public et à répondre aux défis nationaux et aux contraintes internationales.

C?est ce qui ressort des déclarations de nombreux acteurs de la société civile depuis l?installation du nouveau gouvernement. Une société civile qui entend aussi jouer pleinement son rôle. En étant notamment un relais plus efficace entre le pouvoir politique et la population. En éclairant également l?opinion publique sur les grands enjeux. La responsabilisation et la rationalité sont deux critères importants à respecter en ce sens. Deux éléments que le pouvoir politique se doit de même de prendre en compte.

«Les politiciens doivent retenir la leçon : quand on a été arrogant on est sanctionné. Le progrès ne se résume pas à la création de biens infrastructurels. Il ne faut pas oublier son électorat. Ce n?est pas tout que de recevoir le premier prix pour des bâtiments. C?est à l?État d?octroyer le premier prix au citoyen mauricien», fait ressortir l?écrivain Abhimanyu Unnuth. Ce souci de l?humain est une obsession de la société civile. L?élaboration de grandes politiques, la création de biens matériels et la modernisation de la société n?ont de sens que lorsque l?humain est le point focal de tout projet de développement.

«Il s?agit aujourd?hui de réduire le fossé entre riches et pauvres», enchaîne dans le même ordre d?idées Krishna Luchoomun, artiste. C?est précisément à ce niveau que les attentes sont les plus prononcées. Remettre l?humain au centre de tous les efforts. Ce n?est plus seulement un leitmotiv. C?est, de l?avis de nombreux observateurs, l?objectif principal. Car, bon gré mal gré, l?île Maurice s?est développée ces dernières décennies. La création de richesses s?est accélérée. Il s?agit désormais non pas d?en faire profiter à un nombre plus large de personnes mais de favoriser la notion égalitaire. C?est un sentiment légitime dans un contexte de libéralisme économique où c?est l?épanouissement personnel qui domine sur le bien-être collectif.

«Je m?attends à ce que le premier projet de loi du nouveau gouvernement soit un vote en faveur de l?Equal Opportunities Act. Il faut viser un équilibre global au sein de la société mauricienne», fait remarquer le syndicaliste Suttyhudeo Tengur. Les gouvernants sont prévenus. L?aspiration égalitariste est très forte. Et elle couvre tous les échelons de la vie sociale et publique. C?est ce qui amène Suttyhudeo Tengur à insister en faveur d?une lutte sans concession contre le chômage.

<B>«Une éducation de qualité pour tous»

Trop souvent résumé à un simple argument électoraliste, le chômage doit être la préoccupation première de tout gouvernement responsable. «C?est la condition sine qua non pour garantir la stabilité. Il faudrait que le gouvernement propose un projet qui puisse résorber les 10 % de la population active qui se retrouvent au chômage. Des études ont démontré que les Etats-Unis auront besoin de 17 millions de personnes additionnelles pour constituer leur main-d??uvre en 2020, la Chine de 10 millions et le Japon de 9 millions. Nous nous devons de préparer une main-d??uvre compétitive et intelligente pour pouvoir prétendre à ces emplois», affirme Suttyhudeo Tengur. Et cela passe évidemment par l?éducation et la formation.

Après avoir mené, entre autres, une lutte en faveur d?un système éducatif permettant de créer une élite, Suttyhudeo Tengur dit attendre de voir quelle sera la politique initiée par le nouveau ministre de l?Education. «Il a parlé de World Class Education. Il faudra voir comment cela se traduit dans les faits. L?objectif premier demeure une éducation de qualité pour tous», fait remarquer le syndicaliste.

Des changements radicaux à la poursuite d?un travail déjà enclenchés, c?est un continuum qu?il faudra assurer par le nouveau pouvoir. C?est le cas dans la lutte contre le virus du sida et contre la toxicomanie. «À l?association Prévention, information et lutte contre le sida (Pils), nous nous attendons à un engagement politique fort pour continuer le travail entamé», précise, à cet effet, Nicolas Ritter de Pils. Il s?agit aussi, explique-t-il, de respecter les engagements pris au niveau régional et international. Au niveau local, il importe de poursuivre les efforts et d?apporter des réponses adaptées à des fléaux dont la prolifération est, malgré tout, réversible. «Le gouvernement sortant avait engagé une politique de réduction des risques avec l?option de la distribution de seringues stérilisées aux toxicomanes. Il faut un débat au Parlement pour considérer les modalités entraînant cette pratique. Il est aussi important, dans un contexte où les chiffres sont alarmants, de ne pas céder à la panique. Car, c?est en paniquant qu?on fait des bêtises», explique Nicolas Ritter.

<B>Un état moins impersonnel </B>

De manière plus large, l?animateur de Pils attire l?attention sur le fait que l?enjeu ne se réduit pas à des questions sectorielles mais qu?il a trait aux droits humains. Que ce soit pour la toxicomanie ou pour les personnes affectées par le virus du sida en passant par la vie dans le monde pénitentiaire ou simplement des droits des consommateurs, il y a un nombre grandissant de secteurs où l?État est appelé à remplir plus efficacement son rôle de régulateur, voire de tuteur.

C?est le rôle de l?État qui est en question. On le veut moins impersonnel. Plus humain. Et surtout plus collé à la réalité de la vie de ses citoyens. À ce chapitre, les ONG, les mouvements associatifs, les collectifs intermédiaires, les syndicats et les mouvements citoyens se disent prêts à remplir pleinement leurs fonctions. Nicolas Ritter livre un plaidoyer en ce sens. Pour lui, «il faut une participation et une consultation les plus larges possibles».

Relations partenariales, c?est le maître-mot qui revient dans le rapport souhaité entre l?État et les regroupements intermédiaires. «On s?explique mal certaines nominations unilatérales. à la tête de la Culture et des institutions culturelles, par exemple, la compétence ne semble pas être un critère important. Pourtant, c?est bien la culture qui permet de construire un esprit d?appartenance commun», déclare ainsi Abhimanyu Unnuth. Dans le même ordre d?idées, Krishna Luchooman se demande s?il ne faudrait pas revoir le principe des centres culturels afin de promouvoir l?idée d?un unique centre culturel tout court.

Des besoins immédiats de la population aux considérations plus conceptuelles, l?île Maurice est en attente. Non seulement des promesses qui devront être réalisées mais aussi des possibilités à explorer pour un vivre-commun plus sain. Il ne s?agit plus uniquement de faire fonctionner l?État providence dans son acception classique. C?est à cette barre que les attentes se mesurent désormais?

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