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Ginette Anaudin l?envol de la plume

7 mai 2006, 00:00

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Difficile d?y échapper? à cette gigantesque machine métallique ocre bordée de marron qui trône dans l?entrée de la maison-atelier ! Longiligne, l?appareil aiguille la surface d?une couette blanche et crème, pour la capitonner de fil blanc.

À quelques mètres, se tient une femme. Celle qui fait man?uvrer la machine avec ses couturières, ses co-équipières. Coupe à la garçonne, fine ligne de sourcils se dessinant au-dessus des yeux et lunettes au bout du nez, Ginette Anaudin, 61 ans, s?active à son bureau aux rideaux couleur pêche à Eau-Coulée. Énergique et passionnée à souhait, elle planifie la visite de son entreprise par Vasant Bunwaree, ministre du Travail, prévue dans la semaine. C?est un tournant capital pour les nouveaux projets de Cosicouette mais aussi pour toutes ces femmes qui caressent le rêve de monter leur propre affaire.

« Après des années d?opération, je me suis dit qu?il fallait innover. Donc, je compte introduire du duvet de canard, une fibre naturelle, dans la fabrication des couettes. Avant, cela se faisait essentiellement avec du polyester. Bien sûr, c?est du haut de gamme mais il faut créer, moderniser, tout en encourageant d?autres femmes à aller de l?avant avec leurs projets d?entreprise », déclare Ginette Anaudin.

Elle prend donc son bâton de pèlerin pour s?atteler à la tâche. Son esprit fourmille d?idées. Fidèle à son habitude. Car avant de sortir de son poste au sein du service civil et de s?embarquer dans l?aventure de l?entrepreneuriat, elle avait exploré plusieurs pistes. Et pour l?y aider, elle s?est laissée porter par tout ce qui la passionnait !

Trente-trois longues et « belles années » plus tôt, cette Curepipienne arpentait les couloirs du ministère de l?Agriculture. Elle y a débuté comme Extra Clerical Assistant et en gravissant les échelons, elle a fini par être nommée Senior Personnal Officer. « Je voulais exercer une carrière libre. Par exemple, je ne voulais pas être prof car je ne souhaitais pas avoir à ramener des cahiers à la maison pour la correction. Aussi, je suis entrée dans la fonction publique. Je faisais mon travail avec c?ur. Cela me permettait aussi de cultiver le contact avec les autres », relate-t-elle. Mariée et mère de six enfants, Ginette Anaudin se dévoue totalement à sa famille après les heures de travail.

Et à l?aube de ses cinquante ans, elle se décide à préparer sa retraite anticipée. Pour mieux se consacrer aux enfants, faire des choses auxquelles elle ne pouvait s?adonner, faute de temps, bricoler et aussi se lancer dans le travail social. Avoir du temps surtout ! Et elle pense alors à développer une petite entreprise, histoire de gagner quelques sous pour avoir une meilleure retraite.

Oui mais dans quel domaine ? Là est la question ! Ginette Anaudin s?essaie alors à la pâtisserie : « Je suis une grande curieuse. J?ai pris des cours de pâtisserie car j?aimais bien faire des gâteaux. Après quelque temps, j?ai reçu des commandes et je les livrais dans les collèges de Curepipe et à l?université de Maurice. » Mais c?est un domaine qui exige beaucoup de sacrifices. Jour et nuit, elle mitonne et enfourne ses délices. Puis un jour, elle raccroche et range le tablier?

Quelque temps après, là voilà embarquée pour un voyage en Afrique du Sud. Séjournant dans une maison d?accueil à Cape Town, elle tombe nez à nez avec un objet rempli de douceur, rimant avec beauté et confort : la couette. Ginette tombe inéluctablement sous le charme. « Je me disais que ce serait une bonne idée de les introduire à Maurice. J?en ai acheté pour les ramener et voir comment les confectionner », déclare-t-elle. N?ayant aucune notion de la couture des édredons, elle se renseigne auprès des couturières qui lui apprennent bien vite les ficelles du métier.

Titillée par la fibre innovatrice

Et en 1996, Ginette Anaudin devient la pionnière de la couette à Maurice. La fabrique Cosicouette voit le jour de même que les démarches pour vulgariser le produit. C?est une longue et pénible marche ! Les commandes sont rares. Entre-temps, elle s?envole pour l?Angleterre et Israël avec son mari, Serge, Assistant commissaire de police (ASP). L?un de ses fils poursuit avec le marketing à Maurice.

Et surprise ! Les couettes commencent à se vendre. Particuliers, magasin et hôtels sont demandeurs. Du coup, Ginette sollicite une quinzaine de couturières, employées à la pièce, achète des machines et continue sur sa belle lancée. Puis graduellement, elle décide de changer sa stratégie. « J?ai commencé à faire du clustering. Donc j?ai réduit mon personnel à quatre personnes. Les couturières viennent à l?atelier, effectuent une partie du travail et le ramènent chez elles pour le terminer. Mais pour ce faire, elles ont besoin d?aide et emploient à leur tour quatre à cinq personnes. Donc cela génère des ébauches d?entreprises », confie Ginette Anaudin.

Et lorsque ses co-équipières sont à pied d??uvre, elle effectue ses démarches, chapeaute les commandes des matériaux et s?occupe du costing.

Au fil des années, elle se fait une solide réputation et se lance aussi dans la diversification des produits. Coussins, oreillers, rideaux? autant d?objets de literie qu?elle se met à fabriquer. « Souvent le client nous demande si on confectionne ceci ou cela, on ne peut jamais dire non ! », ajoute-t-elle en souriant. C?est ainsi qu?elle a investi dans d?autres machines, notamment pour le capitonnage.

Fort de son succès, elle a été titillée par la fibre innovatrice. Aujourd?hui, notre interlocutrice fait la danse des canards ! Non pas qu?elle fasse quelques pas avec ces volatiles, mais elle est à l?affût de leurs plumes pour en extraire les duvets. Ainsi, elle a imaginé tout un système pour la fabrication de ce matériel maison au lieu de dépenser des fortunes à l?importation. Caisses d?aménagement qui seront graduellement aspergées, séchage et extraction : la machine est bien en marche !

Également impliquée dans l?entrepreneuriat au féminin, Ginette Anaudin a présidé pendant deux ans le conseil des Femmes chefs d?entreprise de Maurice. Elle y voit d?ailleurs un bel avenir : « Il faut faire comprendre aux femmes qu?elles ont voix au chapitre de l?entrepreneuriat. En se regroupant, en se renseignant sur les démarches à suivre, elles pourront avancer. Je veux les motiver, les sensibiliser. Les femmes peuvent travailler », affirme-t-elle.

Parlant justement d?avenir, elle évoque le sien. Après la mission du duvet, elle prendra sa retraite. « Mais vous savez quand on travaille pour soi et qu?on aime ce que l?on fait, on ne veut jamais prendre sa retraite. Je vais passer le relais à mes enfants. » Ce disant, elle contemple un tableau fixé au mur. À l?effigie d?un single, on y lit le slogan « I?ve gotta learn to relax ». Ce qu?elle fera sûrement une fois la retraite bien enclenchée. Elle se consacrera à ses romans, à ses revues ou à la natation.

Et son passe-temps favori : « se promener sur Internet. Pour se documenter sur l?entreprenariat et l?environnement, connaître les dernières évolutions », précise-t-elle. Comme la fidèle passionnée qu?elle est !

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