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Gilberte Marimootoo-Natchoo et ses « transfigurations »

21 août 2004, 20:00

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Gilberte Marimootoo-Natchoo exposera, du 26 août au 4 septembre prochains, ses œuvres les plus récentes à l’Office réunionnais de la Culture (ODC) à Champ-Fleuri, Saint-Denis de la Réunion. Ce sera ensuite au tour du Journal de l’Ile de la recevoir, dans ses salons à Saint-Pierre.

Une étape importante dans la carrière d’un peintre qui a su gravir courageusement les différents paliers d’une véritable ascension artistique, que chaque élévation éloigne forcément des paquerettes du néant, pour la rapprocher du sommet de l’Olympe universel des beaux-arts et lui permettre de mieux réfléchir les rayons du soleil de la reconnaissance universelle, celle des connaisseurs et autres amateurs de réelles émotions esthétiques répandus à travers le monde.

Dans sa demeure-atelier (ou atelier-maison) de Quatre-Bornes, elle donne l’apparence d’une artiste comblée. Il ne faut pourtant y voir aucune faveur que lui auraient accordé des chances, refusées à d’autres. Si chance il y a, elle le mérite amplement. Elle a su la saisir, au bon moment mais quand tout autour d’elle lui hurlait : « les beaux-arts c’est peut-être bons pour les autres mais certainement pas pour toi ! »

Il n’y a pourtant pas de doute possible. Au fond d’elle-même, elle s’est toujours sentie faite pour exprimer sur toile ce qu’elle ressent au plus profond de sa personnalité. Mais comment faire ? L’accès au monde des artistes lui paraît, au premier abord, un Himalaya infranchissable. Mais ce que femme-artiste veut…

Gilberte Marimootoo, qui se contente allégrement des techniques picturales apprises au collège, longtemps cherchera sa voie, ne sachant où aller, ne sachant à quelle porte frapper, ne voyant aucune lueur au fond de sa marée noire. Elle ne renonce pas pour autant à ses ambitions. Elle attend des jours meilleurs. Elle sait qu’ils finiront par poindre.

Loin de la peinture « carte postale »

Le déclic prendra la forme du bazar artisanal créé au milieu de cette œuvre de pionniers qu’est le Front de mer du Caudan, initiative marquant l’entrée de l’île Maurice dans le xxie siècle. Blasphème ! et sacrilège ! s’écrieront les puristes. Oser mélanger l’art et l’artisanat ! Gilberte n’en a cure. Là où les connaisseurs voient artisanat de bas étage, elle découvre un espace liberté, l’espace rencontre qui lui a fait défaut à ce jour. Un endroit pour créer.

Un endroit pour étaler ce qu’elle sait faire parce que ça bouillonne sans cesse au fond d’elle-même. Un endroit pour exposer les fruits de ses entrailles d’artiste.

Elle commence petitement, modestement. Des peintures sur des carreaux de céramique. Elle peint ce qui lui passe par la tête. Ce qui lui plaît. Des passants passent d’abord sans s’arrêter. La proximité aidant, ils risquent bientôt un regard furtif qui se prolonge, qui se mue en appréciation, en contemplation. Le dialogue s’engage. Partage d’émotions. Chacun apprend de l’autre.

Des zones d’intérêt se manifestent, se matérialisent. Le passant devient client. Le curieux acquéreur. Des Mauriciens. Mais aussi des étrangers. Beaucoup d’étrangers qui éloignent de plus en plus Gilberte Marimootoo Natchoo de la peinture « carte postale ». De plus en plus d’étrangers en quête d’émotions artistiques à l’état pur. Des étrangers en quête d’essentiel. Des étrangers en quête de partage, d’émotions, et que n’intéresse curieusement pas un coin de paradis plus ou moins bien conservé, bien restitué sur toile. Eux réclament l’émotion ressentie par le peintre au moment de la création artistique, au moment de la Transfiguration sur toile. Ces étrangers veulent l’émotion ressentie quand l’arbre devient Buisson Ardent, quand le soleil couchant transfigure tout ce qu’il darde de ses derniers rayons, les plus lumineux.

Dieu sait le succès qu’obtiendraient alors nos artistes s’ils pouvaient disposer d’une galerie d’art nationale opérant efficacement comme le point de rencontre entre nos orfèvres de l’art et leurs admirateurs. Il suffit de savoir que notre Grenier, si bien situé à proximité du front de mer de Port-Louis, ne sert qu’à accueillir les véhicules d’une poignée de privilégiés bien vus de l’hôtel du gouvernement.

La force de Gilberte Marimootoo- Natchoo c’est de se savoir comprise et appréciée, avant même de donner le premier coup de pinceau, le premier coup de fouet appelé à transfigurer la toile, pour la sortir de l’insignifiance et la transformer en œuvre d’art, parce que porteuse d’un besoin de re-création, de transfiguration.

La force de l’artiste c’est qu’elle maîtrise suffisamment les techniques de base et les différents styles pour réussir dans plusieurs domaines allant de l’abstraction la plus pure au figuratif, à l’instar du couple sainte Anne et Vierge Marie, le trésor artistique offert par elle à l’église de Stanley.

Les préférences jouent forcément d’une toile à une autre, surtout si elles sont juxtaposées. Nous devons lui en savoir gré de peindre selon l’inspiration de l’instant, sacré entre tous. Il est permis d’apprécier la sobriété plus prononcée d’une toile par rapport à une autre qui paraît, par opposition, trop chargée, sans perdre pour autant sa beauté intrinsèque. Il suffit de l’isoler des autres pour retrouver une vision certes différente, mais qui ne cède en rien aux autres sur le plan de la beauté artistique.

On retrouve le meilleur de Gilberte Marimootoo-Natchoo quand elle jongle, non pas avec les couleurs, mais avec les nuances d’une même teinte : bleu de nuit ou flamme sacrée. Sa peinture est mouvement parce que partant d’un jet que vient trouer une source lumineuse insupportable ou presque à l’œil humain.

Au gré de l’artiste, nous nous retrouvons bouchon de champagne ou voilier ballotté au milieu de houles déferlant de toutes parts, ou encore cristal en voie de formation. La rose nous tend ses pétales aguichants. De grosses épines veillent au grain et nous tiennent à distance. Voir la rose où est l’épine et celle-ci là où est celle-là. Le tout sur lave incandescente, remontant vers le sommet du volcan, vers la source du cratère. Les Réunionnais apprécieront.

Après le front de mer du Caudan, après la galerie Max-Boullé, le Kapukai de Grand-Baie, le Jockey Club de Hong Kong, la triennale de l’Art contemporain, l’Alliance française de Bell-Village, Le Monde de l’Infini au City Club de Port-Louis, voilà donc Gilberte Marimootoo Natchoo donnant le coup d’envoi à la musique au fond de son cœur à Saint-Denis et à Saint-Pierre de la Réunion. Que ce premier mouvement musical sur le territoire réunionnais se poursuive en apothéose symphonique sur l’hexagone français, comme sur le reste de l’Union européenne, en attendant la considération universelle à laquelle elle a droit de par ses recherches inlassables et sa volonté inexorable à aller toujours plus loin. Voilà tout le mal que nous pouvons et devons lui souhaiter.

Un parcours initiatique intéressant

Elle a déjà le mérite d’avoir élargi avantageusement les limites de la peinture mauricienne. Que son parcours exemplaire à tant de points de vue, puisse ouvrir de nouvelles voies non seulement aux artistes à venir mais encore au public admiratif, entreprises comprises, et pourquoi pas aux autorités artistiques du gouvernement central comme à celles de nos municipalités et autres conseils de districts.

Gilberte Marimootoo-Natchoo nous rappelle aussi une vérité essentielle, mais si facilement oubliée pour ne pas dire méprisée, refoulée, bien qu’elle explique si bien tant de malentendus et de frustrations artistiques. Cette vérité tient à la nécessité pour tout artiste de connaître et de prévenir les désirs les plus secrets d’une probable clientèle, non pas pour s’y enchaîner mais pour s’inventer de nouveaux espaces de liberté artistique. Il est trop facile, en effet, de se replier sur ses échecs en accusant d’inaptitude le reste du monde.

Gilberte Marimootoo-Natchoo esti-me avoir beaucoup progressé et réussi dans la voie qu’elle s’est tracée sans l’aide de personne. Elle a su surmonter ses années de doute. Elle n’a jamais perdu confiance en elle-même, en ses talents. Elle nous apprend à nous méfier des pseudo-conseillers ne cherchant qu’à nous écarter, parce que devinant en nous de possibles concurrents. Son parcours initiatique est finalement aussi beau, aussi enrichissant que son œuvre. Ce qui n’est pas peu dire.

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