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Georges Chung Tick Kan - Président de la «Mauritius Export Association»
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Georges Chung Tick Kan - Président de la «Mauritius Export Association»
● Quel est votre constat en tant que nouveau président de la MEXA ?
J?assume la présidence de la Mauritius Export Association (MEXA) à un moment où elle traverse une période critique. Je considère que la situation des entreprises d?exportation est très grave. Bien que je n?assume cette responsabilité que depuis une semaine, j?ai rencontré la plupart des responsables des grandes entreprises de la MEXA. J?ai également rencontré certaines petites et moyennes entreprises du secteur. Mon diagnostic est que nous sommes en train de frôler le désastre. Six ou sept mois d?appréciation soutenue de la roupie de 25 à 30 % par rapport au dollar ou à la livre sterling ! Les dégâts causés sont d?une ampleur inimaginable. L?appréciation de la roupie, ajoutée aux facteurs comme la hausse de prix des matières premières et du pétrole, a coûté, depuis la fin de 2007, Rs 3 milliards au secteur de l?exportation.
Beaucoup exportent vers la zone euro, certains vers la Grande-Bretagne et d?autres vers les États-Unis. La situation est moins grave pour ceux dont les recettes sont en euros. Mais pour ceux qui exportent en livres sterling ou en dollars, les dégâts sont considérables. Si on ne renverse pas la tendance, si l?appréciation de la roupie ne s?atténue pas, je crains le pire dans les prochains 12 mois, neuf mois ou même six mois. La réduction du taux d?inflation de quelques points ne justifie pas la note salée qui passe au secteur de l?exportation.
● La situation est-elle si grave ?
Oui, en effet. Le secteur de l?exportation court le risque de se voir totalement affaibli en peu de temps. Et pour se relever, j?ai bien peur que cela ne demande beaucoup plus de temps pour un secteur laborieusement construit en 25 ans. Déjà, nos clients partent vers d?autres destinations, vers nos concurrents. Les faire revenir ne sera guère facile. Bien sûr, l?appréciation de la roupie n?est pas le seul facteur à incriminer. Les facteurs de ralentissement sont multiples - la situation internationale, surtout aux États-Unis et qui s?est étendue vers l?Europe et l?Asie. La hausse des cours des matières premières, des cours du pétrole. À cela, j?ajoute des facteurs internes que j?estime tout à fait contrôlables.
● Pensez-vous que les autorités peuvent agir pour «maîtriser» la roupie ?
Je pense qu?il faut faire quelque chose. Je sais que la Banque de Maurice est déjà intervenue plusieurs fois mais j?estime les actions insuffisantes. Le taux d?inflation est à un niveau plus bas qu?il n?aurait été sans ces interventions. D?ailleurs dans le monde entier, on observe une hausse des prix des matières premières, des produits alimentaires. La crise inflationniste est partout. Ici, on essaie de la contenir en laissant la roupie s?apprécier de façon exagérée. À mon avis, ce n?est pas une politique durable. Elle aura un effet à court terme sur la hausse des prix. Mais l?économie mauricienne, compte tenu de ses fondamentaux, n?est pas assez forte pour supporter une appréciation soutenue de sa monnaie sur une longue durée. Les dégâts sont immenses et risquent d?être désastreux si la tendance perdure.
● Quel est l?impact de cette crise sur vos parts de marché ?
Ce que je vous dis a été recueilli auprès des dirigeants d?entreprises avec lesquels j?ai discuté. Ils me disent que la perte de compétitivité de nos produits d?exportation découlant de la forte appréciation de la roupie est telle que nos concurrents leur ont ravi des parts importantes de marché. Ces pays sont l?Algérie, le Maroc, la Tunisie et quelques-uns des pays de la Méditerranée. Ces pays ont pu préserver, dans une certaine mesure, leur avantage compétitif et offrent des produits moins chers. Des prix plus abordables à nos clients si on les compare aux produits mauriciens dont la compétitivité a été sérieusement entamée sur le marché international. Je vous le dis, les nouvelles ne sont pas bonnes dans l?exportation. C?est l?état des lieux que je fais.
● Que suggérez-vous comme actions pour sortir de cette crise ?
J?aurais suggéré une intervention beaucoup plus coordonnée. La situation relève de l?intérêt général et n?est pas, comme certaines personnes tentent de faire croire, un problème sectoriel. On nous dit que c?est dû à un problème de change, aux investissements directs venus de l?étranger. Mais il faut les analyser pour déterminer leur nature, leur qualité.
Est-ce que toutes ces devises qui entrent dans le pays y restent de façon durable, créant de la valeur ajoutée ou sont-elles seulement à la recherche de gains à court terme ? Nous ne pouvons pas le dire. Ce dont nous sommes certains, c?est que quelle que soit la nature de ces devises, elles sont en train de causer des pertes énormes au secteur de l?exportation. Ce secteur est connu pour la forte valeur ajoutée qu?il crée et les centaines de milliers de personnes qu?il contribue à faire vivre.
● Du côté de la MEXA, qu?allez-vous faire pour sauver le secteur de l?exportation ?
Mes collègues de la MEXA et moi allons identifier toutes les faiblesses de notre économie. Il y a des problèmes auxquels nous pourrions apporter des solutions immédiates. Il y en a d?autres pour lesquels les actions seront à court, moyen ou long terme. Notre tâche au cours des 12 prochains mois est d?identifier ces problèmes afin d?agir pour contrôler ou améliorer la situation. Mais je tiens à dire que seule la MEXA ne pourra pas grand-chose. Le secteur de l?exportation, ce n?est pas que l?affaire de la MEXA. Ni celle du ministre de l?Industrie ou celle du ministre des Finances. C?est l?affaire de tous. En agissant de façon concertée, nous espérons produire de bons résultats. C?est dans cette situation de crise que l?on arrive à faire ressortir les qualités de bons gestionnaires. Je suis persuadé que nous en avons de bons à la MEXA. La situation est grave. Mais ensemble, nous réussirons.
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