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Gaëtan Duval raconte son demi-siècle

12 octobre 2005, 20:00

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Alain Gordon-Gentil interroge Gaëtan Duval à l?occasion de ses 50 ans. A l?instar de la Môme Piaf, il ne regrette rien. Il dit : Merci ! la vie? ?J?ai vécu comme peu de personnes ont la chance de le faire ? Je dis merci à qui m?a donné la vie. Je dis merci à qui me la reprendra un jour?. Un demi-siècle de vie. Déjà un quart de siècle de carrière politique. Des déboires certes? Mais les satisfactions aident à oublier certaines amertumes. Même une défaite revêt un aspect positif quand elle permet à un ministre légiste de retrouver le barreau, le prétoire et une liberté de man?uvre qu?entrave la responsabilité collective gouvernementale, surtout quand elle s?encombre de débris et de bady. Pas d?amertume parce que la vie se remplit bien loin de l?arène politique. La défaite n?est pas une tragédie. Certains s?en consoleront si possible aujourd?hui.

Duval rappelle l?inanité de tout retour en arrière. Il en fait l?expérience non concluante. Il a voulu revivre, pendant quelques jours, sa vie estudiantine à Londres. Impossible. Non pas qu?il y ait eu ce changement si cher à Navin Ramgoolam mais c?est que Gaëtan a, entre-temps, changé. ?Il n?y a plus d?après à Saint-Germain-des-Près? C?est que tu es un autre ? Nous sommes étrangers à Saint-Germain-des-Près?. Philosophe, le leader du PSMD constate : ?Les meilleurs moments passés perdent à jamais leur saveur. Tout se remplace. Pour toute joie et tout bonheur, il y a un prix à payer. L?adulation se paye avec le sang?.

L?adulation une drogue ? Non, répond-il. Elle devient même une phobie. Il confesse être incapable de voir sa photo, une interview de lui. L?angoisse, la peur s?emparent de lui à l?idée de la parution d?un article le concernant. Quinze ans plus tôt, il recherchait pourtant cette gloire médiatique.

L?explication : à côté de sa carrière politique, il mène une vie parallèle, une vie privée. Autrement dit, il n?y a pas que la politique. Il se demande : Bérenger, Ramgoolam, père, peuvent-ils vivre sans la politique. Autre différence : d?autres politiciens ont honte d?avouer qu?ils possèdent tant de maisons, tant de bungalows. Il est fier de sa belle maison acquise grâce à son travail. Un politicien a aussi besoin d?assurance matérielle et de confort spirituel.

Alain Gordon-Gentil l?interroge sur ses relations avec la haute finance. Il philosophe : ?Personne n?est ce qu?il est au départ d?une vie. On évolue forcément?. Sa carrière politique, il la commence dans un Parti Mauricien d?extrême-droite qu?il transforme en social-démocrate. (Jean Marie Le Pen appréciera). L?avocat qu?il est ne paraît jamais pour un propriétaire contre son locataire. De même, il ne paraît jamais pour un employeur contre un employé. (On dirait du Rama Valayden). ?La haute finance ne m?a jamais corrompu?. Elle ne l?a jamais fait vivre.

Envier les riches ? Pourquoi ? quand on sait combien d?entre eux sont de « pauvres types ». Ils n?ont jamais abîmé son caractère fondamental. Plutôt saint-exupéryen notre Duval. ?Je crois être un homme généreux qui a toujours compris la misère du peuple? Je défends gratuitement certaines personnes parce que j?ai besoin de le faire?.

La droite ? Elle ne l?effraie pas outre-mesure. Par pragmatisme, il approuve certaines mesures de droite. En France, il aurait été un radical (nom donné aux républicains partisans de réformes radicales dans le sens de la démocratie et de la laïcité).

La politique en 1980 ? Entre le MMM et la coalition PTr/PMSD, c?est un choix de méthode, de société. Rares sont les responsables du secteur privé à accepter de travailler selon une méthode communiste. Encore que certains croient avoir une fourchette assez longue pour pouvoir ?souper avec le diable?. Un diable plus moustachu que cornu. Son futur héritier politique pourtant. Avec nos excuses à Xavier Luc Duval et à Rama Valayden. Il estime que sa campagne anti-communisme (primaire) de 1976 porte ses fruits. ?Le MMM de 1980 commence à paraître intolérant et totalitaire?.

Son association aux bagarres raciales de janvier 1968 ? ?Ma réponse sera claire, nette et précise. Nul besoin de grands mots. Peu de Mauriciens peuvent se vanter d?avoir fait ce que j?ai fait pendant les bagarres raciales?. On oublie, en effet, que, en Cour, Gaëtan Duval a défendu autant d?hindous et de musulmans que de créoles, qu?il s?est fait insulter par certains à cause de cela. ?Un des plus beaux moments de ma carrière ? Un choix des plus difficiles à faire : ma popularité contre le retour de la paix?. Il explique : ?C?est à ce moment que le créole cesse de s?identifier à moi?. Il existait alors une haine entre le créole et le musulman. Le Roi créole défendant des musulmans? Il comprend qu?on n?ait pas pu le comprendre. ?J?ai agi différemment parce que j?étais différent?. A qui ont profité les bagarres raciales ? Certainement pas à lui qui, avant le MMM, était le leader incontesté et des créoles et des musulmans. Son électorat est la première victime des bagarres raciales de janvier 1968.

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