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Gaucheries gouvernementales
Parce qu’ils ne vont pas au bout des choses. Parce qu’il existe déjà une perception qu’ils sont systématiquement derrière les mesures impopulaires. Parce qu’ils ne savent plus comment gérer une certaine impopularité. Les postulats ne manquent pas pour expliquer la confusion et l’absence de cohérence qui animent les décisions et les initiatives du gouvernement. On a ainsi eu droit à une série de dossiers qui a été traitée approximativement par les gouvernants du jour. Les dispositifs communicationnels mis en place n’atteignent pas leurs objectifs. Pire, les motivations derrière la nouvelle dynamique de modernisation et de refonte demeurent incomprises.
Depuis quelques années déjà, l’île Maurice est embarquée dans une aventure de nivellement économique et social, guidé par les doctrines de grands prophètes de la mondialisation. Cet exercice s’accompagne inévitablement d’une plus grande recherche de productivité, d’une réduction des coûts de production, d’une élimination des superflus qui caractérisent les services publics… En un mot, on tente de socialiser les pertes alors que, de l’autre côté, la perception est forte qu’on est seulement en train de privatiser davantage les profits. Certaines positions et déclarations de quelques membres du gouvernement ne sont pas, de surcroît, pour arranger les choses.
Ainsi, rien qu’en une semaine, ils ont multiplié les erreurs de jugement. Des erreurs qui rendent compte d’une rupture avec la réalité. Le pessimisme est loin d’être une passion nationale mais, lorsqu’il est relayé par les gouvernants, il devient un réflexe qui gagne toute la nation. Cela, le Premier ministre ne l’a pas mesuré lorsqu’il a décrété l’état d’urgence économique. Il n’est plus question désormais d’opposition de styles entre un Premier ministre, sur le bord janséniste, et un adversaire direct, plutôt jacobin, mais davantage d’une incapacité intellectuelle à assumer les bouleversements d’une époque soumise aux contingences du libéralisme économique. Il ne s’agit certes pas d'embellir une réalité cruelle mais d’éviter les excès alarmistes. C’est ici une question du type de leadership qu’on veut assumer.
Pour le Premier ministre, l’humeur est trop changeante pour traduire une vision forte et capable de transcender les contrariétés du moment.
Il faut aussi préciser que le réalisme n’empêche pas l’ambition et l’ambition d’une nation ne se limite pas à la présentation d’une ardoise équilibrée à la fin d’un mandat électoral, mais à la capacité d’un leader à fédérer au-delà de la seule congrégation de ses partisans.
De manière générale, les gouvernants ont créé le sentiment qu’ils sont derrière les mesures les plus mal reçues par la population. C’est le cas avec le dossier Radhakissoon dont la mise à pied serait davantage une exigence de l’opposition que du bureau du Premier ministre. Pourtant, après un budget dont les volontés de redistribution étaient ostensiblement affichées, on était en droit à s’attendre à une période de grâce pour le gouvernement. Certes un environnement mondial impitoyable n’a pas arrangé les choses, mais il y a eu une multiplication de maladresses. Des lacunes qui ont accompagné la mise en circulation des formulaires de pension de vieillesse à la réaction emportée du ministre du Travail devant des responsables de Rossana Textiles, on a eu droit à de fades représentations de certains gouvernants mal inspirés.
Coincés entre des opposants populistes, des syndicats qui ont remis à jour la mode revendicative et une opinion de plus en plus critique, nos gouvernants n’arrivent plus à expliquer et encore moins à convaincre. Et les mesures libérales de droite commandées par les maîtres du monde ne vont pas éternellement justifier les gaucheries de nos gouvernants.
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