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G. Duval voyage aux frais de la princesse
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G. Duval voyage aux frais de la princesse
Au début de mars 1981, l?express s?étonne que le gouvernement travailliste accorde une générosité de Rs 20 927 à Gaëtan Duval alors qu?on rebat les oreilles mauriciennes avec la nécessité et les exigences d?une saine politique d?austérité. La somme est puisée de l?item budgétaire ceremonials and ceremonies. Elle finance les frais de passage Maurice-Londres et les divertissements occasionnés au leader du PMSD à l?occasion de son adoubement comme chevalier de Sa Gracieuse Majesté Elisabeth. Le billet de passage coûte aux contribuables une quinzaine de milliers de roupies et les allocations de divertissement une demi-douzaine d?autres. A la même époque, les ministres Ringadoo et Jagathsingh vouaient aux gémonies le même Duval pour ces déclarations hostiles au PTr et à son leader, accusé de dormir 300 jours par an.
Les fonctionnaires, privés de congé outre-mer, toujours pour cause d?austérité, se préparent à alerter leurs syndicats contre cette politique de deux poids et de deux mesures, permettant de refuser à des ronds de cuir ce qui est généreusement alloué à un détracteur patenté du gouvernement en place. Ils n?hésitent pas à faire le rapprochement avec l?ex-ministre blâmé, G. Daby, mais défendu en cour de justice aux frais de la princesse. L?opposition parlementaire s?insurge contre cette dépense publique sans précédent en faveur d?un simple particulier n?ayant aucun statut officiel. Elle considère la dépense illégale et immorale.
A la mi-mars, Gaëtan Duval s?insurge, à son tour, contre cette information qu?il juge malveillante à son égard. Il soutient avoir le statut de ?chef de parti?. Voilà de quoi faire rêver tous les leaders de groupuscule, ne représentant qu?eux-mêmes et leurs proches collaborateurs. Le leader du PMSD estime qu?il est dans ?l?ordre normal des choses que certains privilèges me soient accordés?. Il dit avoir droit à deux billets d?avion mais n?en a utilisé qu?un. Il a aussi accepté une allocation de £ 350.
L?express publie naturellement ces explications pour ce qu?elles valent. Mais cela suscite davantage l?ire duvalienne. Il revient à la charge, deux jours après. Il réprouve le ?goût douteux? des précisions qui lui sont attribuées. L?explication de Raj Meetarbhan ne serait ?pas conforme à la vérité?. Il se garde bien toutefois de préciser en quoi consiste cette distorsion de la vérité. Et le voilà qui se lance dans de nouvelles justifications, prenant l?allure d?un inventaire de toutes les personnalités mauriciennes qui, avant lui, ont voyagé aux frais de la princesse pour cause d?adoubement. Elles ont eu droit à deux billets (Sir et Lady) et aux allocations de divertissements londoniens. Il cite tour à tour Sir Rampersad Neerunjun, Sir Michel Rivalland, Sir Henry Garrioch, Sir Maurice Latour-Adrien, Sir Maurice Rault, Sir Rabindranath Ghurburrun. Il cite, dans un autre ordre d?idées, les billets de voyage accordés au leader de l?opposition, Anerood Jugnauth, et au président de Pamplemousses-Rivière du Rempart, Armoogum Parsuramen, à l?occasion de la béatification du Père Laval par Jean Paul II d?heureuse mémoire. Il n?admet pas que l?express accepte sans sourciller tous ces déplacements aux frais de la princesse pour monter en épingle son seul voyage d?adoubement.
?Suis-je un citoyen de deuxième classe ?? demande-t-il à l?express. Il s?étend alors sur ses mérites : ?Pendant une décennie, j?ai été maire du Port-Louis ou de Curepipe.? Il est d?autant révolté qu?il a payé de sa poche ses voyages à Bruxelles et à Paris, pour vaquer aux affaires de Maurice et de Rodrigues, accompagné du seul Nicole François.
La réponse de l?express est d?une précision journalistique exemplaire. Il s?étonne du changement survenu en Gaëtan Duval depuis son adoubement. Le voilà devenu ?aussi confus que gratuit? (pour accuser d?inexactitude Raj Meetarbhan sans en fournir la preuve). ?Le reste de la missive est un embrouillamini. Sir Gaëtan n?est ni chef juge, ni ministre, ni épouse de ministre, ni chef de l?opposition, ni président d?un conseil de district.? Il est un simple particulier et ?c?est sans précédent que ses frais de voyage sont puisés des caisses de l?Etat?. (N.B. Nous vous tiendrons au courant s?il y a récidive de sa part).
Restons à Paris où une équipe de Radio France annule sa visite à Maurice en dépit (ou peut-être en raison) d?un passage plus ou moins officiel au palais de l?Elysée. Elle devait enregistrer la pièce de Dev Virahsawmy, ?Li?, pourtant interdite par la censure mauricienne. Cette pièce de théâtre est retenue pour la finale du 11e concours théâtral inter-africain. Si Radio-France renonce à se rendre à Maurice pour enregistrer ?Li? sur place, elle accepte volontiers de procéder au dit enregistrement mais à Paris avec des acteurs français. Sur le plan local, les observateurs se demandent toujours si la MBC propagandiste diffusera l?enregistrement de ?Li? par Radio-France, conformément aux arrangements conclus entre celle-ci et les radios africaines locales mais en dépit de l?interdiction de cette pièce par la censure mauricienne, connue pour son laxisme à l?égard des films cochons dénoncés sur la place publique par le Père Souchon. Dev ne perd pas sa sérénité pour autant et se contente de déplorer que le gouvernement Ramgoolam n?arrive pas à faire la différence entre l?art et la politique politicienne. C?est qu?il n?y avait pas de ministre de l?Art à l?époque. Les artistes ferraillaient alors comme ils pouvaient avec les moyens du bord, se contentent de battre le fer quand il est chaud.
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