Publicité
Gérard Tyack incrimine deux anciens patrons d?Air Mauritius
Par
Partager cet article
Gérard Tyack incrimine deux anciens patrons d?Air Mauritius
L?ancien directeur financier d?Air Mauritius, Gérard Tyack, a été de nouveau entendu hier dans le cadre de l?affaire des «commissions spéciales» payées à la compagnie Rogers. Il témoignait dans le procès intenté à Robert Rivalland et Derek Taylor, deux anciens cadres de Rogers. Tous deux sont accusés de complot en vue de commettre une fraude de Rs 85 millions au préjudice d?Air Mauritius.
Gérard Tyack, principal témoin de la poursuite, qui a déjà purgé sa peine pour sa participation à la fraude, a incriminé hier, pendant l?audience, ses deux anciens chefs hiérarchiques, feu Nash Mallam Hassam et sir Harry Tirvengadum. Il a déclaré que ces derniers ont bénéficié de Rs 15 millions et de Rs 10 millions respectivement, sommes provenant des fonds de la compagnie nationale d?aviation. Ces paiements faits étaient destinés à un «usage personnel», a précisé le témoin.
Il a également donné les noms de politiciens qui, dit-il, ont bénéficié des fonds de la caisse noire d?Air Mauritius. Il a cité feu sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR), l?ancien président de la République, Cassam Uteem, le député Jayen Cuttaree, le chef de l?opposition Paul Bérenger, de même que le journaliste Patrick Michel. Il a inscrit ces noms dans un carnet qu?il gardait en sa possession et mettait la liste à jour à chaque fois que sir Harry Tirvengadum lui demandait de l?argent pour ces personnes. Il a précisé qu?il n?a jamais, toutefois, traité personnellement avec ces dernières.
Gérard Tyack a expliqué que le nom de SSR y figure en raison d?une demande de fonds faite pour les élections municipales de 1982. Quant à Tirvengadum, dit-il, il s?est fait rembourser les dépenses pour les études supérieures de ses enfants. Une entrée fait état de la somme de Rs 59 106 payée pour des frais d?université de sa fille Melissa.
<B>«Carry on»</B>
D?autres paiements concernent des voitures acquises pour le compte de l?épouse de l?ancien patron d?Air Mauritius, lady Elahe Tirvengadum. Tant pour le cas des études des enfants que pour l?achat de voitures pour l?épouse, le témoin a déclaré qu?il n?est pas certain que les conditions d?emploi de Tirvengadum comprenaient ce type d?avantages. Dans tous les cas, dit-il, le paiement de petites sommes était effectué en espèces, les montants importants étant payés par chèque.
Au départ de sir Harry Tirvengadum en février 1997, précise le témoin, Nash Mallam Hassam le remplaçait. Il informe ce dernier de l?existence du «fonds spécial». Son patron lui dit alors de continuer comme avant (carry on), mais de lui remettre les revenus générés par ces «commissions spéciales». Ainsi, dit-il, entre février 1997 et décembre 1999, il lui a remis Rs 15 millions.
«Top-up» les salaires</B>
Faisant l?historique de la constitution de ces fonds occultes, Gérard Tyack explique que les choses ont commencé avec les directives du président- directeur général d?alors d?Air Mauritius, sir Harry Tirvengadum. En 1981, ce dernier l?informe que SSR lui a demandé des fonds pour le journal Advance, en difficultés financières. Gérard Tyack demande à son tour conseil à Robert Rivalland, cadre de Rogers, pour trouver le moyen de créer ce fonds.
Mis au courant qu?il s?agissait d?une demande de Tirvengadum, Rivalland lui suggère qu?Air Mauritius paie une commission spéciale à Rogers sur les billets d?avion vendus et que l?argent ainsi récolté constitue le fonds spécial, sans aucun lien avec les commissions habituellement payées aux agences de voyages.
Dans un premier temps, poursuit Gérard Tyack, la destination Londres était choisie. Il était décidé de prélever une commission de 1 % sur les revenus perçus pour la vente de billets sur cette ligne. Plus tard, après la mise en place de ces «commissions spéciales» versées à Rogers pour le trajet Maurice-Londres, une même stratégie a été développée sur la ligne Afrique du Sud. Sauf que cette fois, le taux appliqué est de 3 %. Derek Taylor, devenu entre-temps General Manager de Rogers, est informé du mécanisme et donne les instructions «d?aller de l?avant», précise Gérard Tyack.
Le témoin déclare avoir aussi informé un autre General Manager de Rogers, Jean Ribet, des dispositions prises pour ces «commissions spéciales», mais que ce dernier lui a répondu qu?il ne voulait pas être associé à l?affaire. En ce temps-là, dit Gérard Tyack, Robert Rivalland était l?assistant de Jean Ribet. Il a expliqué, dit-il, et le but et l?utilisation du «fonds spécial» à Robert Rivalland, lequel lui a alors répondu qu?il était disposé à «assister» Air Mauritius dans la création du fonds en question.
Des prélèvements de ce fonds de Rs 85 millions, explique le témoin, ont servi à financer les partis politiques, les élections municipales et législatives, ou encore pour «compléter» (topping-up) les salaires de certains cadres d?Air Mauritius, dont Tirvengadum et lui-même. Gérard Tyack a rappelé qu?il a lui-même retourné Rs 27 millions.
Gérard Tyack est un expert-comptable membre. Il s?est joint à Air Mauritius le 2 juin 1977 comme General Manager of Finance and Administration. En 1985, il devient secrétaire de la compagnie, après le décès de Philippe Boullé. Traduit en justice, il est trouvé coupable et condamné à trois ans de prison. Il fait appel, jugeant la sentence excessive. Le Conseil privé, en Angleterre, réduit sa peine à deux ans.
Gérard Tyack poursuit aujourd?hui son témoignage devant les magistrats Benjamin Marie Joseph, Nicolas Ohsan Bellepeau et Renuka Daby.Me Harry Bansroopun l?assiste comme watching brief.
INSATISFACTION
L?insistance de Jack Bizlall</B>
■ Réagissant à la décision de la cour intermédiaire d?arrêter les poursuites contre sir Harry Tirvengadum, le syndicaliste Jack Bizlall a tenu hier une conférence de presse. Il déclare que la cour a utilisé les termes «stay of proceedings» dans son jugement dans le procès intenté à Tirvengadum. Ces termes, dit-il, valent une suspension de procès ou un procès renvoyé. Par conséquent, dit Jack Bizlall, l?accusé Tirvengadum peut être jugé si les autorités se rendent compte qu?il se rétablit ou qu?il a feint la maladie. Il précise que Tirvengadum n?a pas encore été jugé et annonce qu?il organise un rassemblement samedi à 14 heures à Rose-Hill. Il parlera alors d?autres points concernant l?affaire Air Mauritius, jamais traités en cour, et analysera la décision prise à propos de Tirvengadum. JacK Bizlall demande le soutien du public.
Publicité
Publicité
Les plus récents