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Fin de cavale à la Réunion
Ils voulaient trouver refuge à Madagascar. C?est finalement à la Réunion qu?ils se sont échoués. Trois jours durant, ils ont tenté de se fondre dans les hauteurs du cirque de Mafate, sans grand succès. Thierry Aza, 19 ans, Ravindra Chimajee, 19 ans, et son frère Yanesh, 22 ans, qui avaient tenté de fuir la justice mauricienne, devront tout de même répondre de leurs actes. Interrogés par les autorités réunionnaises, ils ont raconté leur folle cavale. Récit.
En apprenant qu?ils devraient prochainement comparaître en cour dans le cadre d?une série de braquages auxquels ils ont participé (voir hors-texte), Ravindra et Yanesh Chimajee décident de mettre les voiles. C?est alors qu?ils entreprennent de voler un hors-bord et de mettre le cap sur Madagascar. Une fois sur place, ils comptaient changer d?identité et mener la belle vie. Une perspective qui plaît à Thierry Aza qui se joint alors à eux.
Pour être sûrs d?atteindre les côtes malgaches, les complices repèrent un hors-bord, qui mouille dans le lagon de Rivière-Noire, et le volent. Ils prennent le soin de faire le plein de diesel et emportent avec eux plusieurs bidons pour s?assurer de ne pas tomber en panne.
Le piège se referme peu à peu
Le départ est donné dans la nuit de samedi. Mais après une traversée d?un peu plus de dix heures, c?est pourtant sur les côtes de l?île s?ur qu?échoue le trio. Une erreur de navigation et de forts courants marins seraient à l?origine de cette déviation. Mais loin de se décourager, les fugitifs abandonnent leur embarcation et s?enfoncent à l?intérieur des terres.
Alors qu?ils sont en cavale, les trois fugitifs ne semblent pas éprouver le besoin de se cacher ou même de passer inaperçu. Et pour cause, ici, personne ne les connaît. Du moins pour l?instant. Ils vont jusqu?à prendre l?autobus et faire de l?auto-stop. Un automobiliste, qui n?avait aucune idée de qui ils étaient, les transportera vers le Maïdo. Car les fugitifs veulent se rendre au cirque de Mafate, où ils espèrent pouvoir se cacher pendant quelques jours, le temps pour eux de trouver le moyen de rejoindre la Grande île.
Il faut dire qu?ils avaient le temps de venir voir. Les trois Mauriciens avaient en leur possession quelque Rs 900 000 qu?ils avaient pris soin de convertir en euros. C?est donc tout naturellement qu?ils s?arrêtent, en route, dans des supérettes pour s?acheter de quoi manger. Prévoyants, ils se procurent également une tente sous laquelle ils comptent bien passer la nuit.
Entre-temps, les gendarmes ont découvert le hors-bord. Ils apprennent, quelques heures plus tard, la provenance de l?embarcation, ainsi que l?identité de ses passagers. Leurs photos sont peu à peu circulées dans les journaux et à la télévision. La chasse à l?homme est ouverte. La première piste sérieuse parvient aux enquêteurs lundi. Une caméra de surveillance, installée dans une station-service, a filmé les fugitifs en train de faire des emplettes. De plus, un témoignage, recueilli par les gendarmes, fait état de leur présence à Roche-Plate. Le piège se referme peu à peu.
Plusieurs unités de la gendarmerie nationale investissent Roche-Plate mercredi matin, où elles parviennent à localiser les trois fugitifs. Ces derniers ont planté leur tente dans les bois, non loin d?une école. Le dispositif de surveillance se met alors en place. Les gendarmes ne veulent prendre aucun risque. Ils attendent le bon moment pour intervenir. Ils n?attendront pas longtemps.
Deux des trois fugitifs, tenaillés par la faim, se rendent vers 13 heures, à l?épicerie du coin pour faire des provisions. L?employé de l?épicerie expliquera plus tard au Journal de l?île de la Réunion (JIR) : « Ils parlaient en créole mauricien, alors ils m?ont fait des signes et j?ai compris de quoi ils avaient besoin. » Les deux hommes, loin d?imaginer que leur cavale est sur le point de prendre fin, s?achètent des biscuits et des boissons sans alcool. « Le tout pour 16 euros », précisera même le gérant de l?épicerie au quotidien réunionnais.
Le rêve malgache s?est envolé
Alors que les deux complices quittent l?épicerie pour regagner leur planque, ils se retrouvent face à une dizaine de gendarmes. Encerclés, ils n?ont d?autre choix que de se rendre. Une fouille corporelle permet aux militaires de retrouver sur l?un des deux Mauriciens la somme de 12 000 euros. Ils sont immédiatement escortés dans les locaux de la gendarmerie de Saint-Paul en hélicoptère pour y être interrogés. Entre-temps, d?autres gendarmes sont parvenus à mettre le grappin sur le troisième fugitif, qui était chargé de monter la garde autour de la tente. Lui non plus n?oppose aucune résistance.
La cavale des trois fugitifs mauriciens n?aura duré que trois jours. Aussitôt mises au courant de leur arrestation, les autorités mauriciennes ont enclenché les procédures d?extradition en vue de leur jugement. Le rêve malgache s?est envolé pour Thierry Aza, Ravindra Chimajee, et Yanesh. Et c?est visiblement la case prison qui les attend maintenant.
ZOOM SUR CES BRAQUEURS D?HOTELS
Le gang de braqueurs ? Désiré Miguel, 45 ans, Yanesh Chimajee, 21 ans, et son frère Ravindra, 17 ans, Jean-Fernando Labonne, 22 ans, et France Auguste, 21 ans ? frappe pour la première fois le 3 août 2006 à l?hôtel Berjaya.
Encagoulés et armés, ils accostent le boat house en hors-bord et se ruent dans le hall de l?hôtel. Ils maîtrisent le gardien et forcent l?auditeur de l?établissement hôtelier à leur remettre l?argent de la caisse, soit une somme de Rs 89 000, et deux enveloppes contenant des devises. Et ils prennent ensuite la poudre d?escampette en hors-bord.
Grisés par cette réussite, les braqueurs récidivent treize jours plus tard. Ils investissent l?Indian Resort, un hôtel de la côte ouest de l?île, et prennent en otage le directeur des lieux. Au final, ils parviennent à faire main basse sur Rs 450 000, dont une partie en devises étrangères. Ils s?attaquent par la suite à l?hôtel
Le Pavillon. Menés par Désiré Miguel, un employé de l?hôtel, ils pénètrent les lieux peu après trois heures du matin, mais ne parviennent à mettre la main que sur un bien maigre butin. Ils décident donc de s?en prendre immédiatement à un autre hôtel situé non loin de là, Le Paradis.
Ils réussissent cette fois à s?emparer de la caisse et des Rs 16 500 qui s?y trouvaient. Rien ne semble alors pouvoir les arrêter.
C?est toutefois leur empressement à profiter de leur important butin qui les mènera à leur perte. Les braqueurs ne boudent pas leur plaisir. Ils achètent des voitures neuves, des meubles pour leurs maisons, sans parler d?appareils hi-fi de grande marque.
Cet étalage de richesse ne manque pas d?attirer l?attention des voisins et par la même occasion celle des enquêteurs de la Criminal Investigation Division de Plaines-Wilhems-Black-River. Ces derniers retrouveront, peu après l?arrestation du gang, le hors-bord utilisé pour commettre les braquages. L?engin était dissimulé sous une bâche sur une plage à Rivière-Noire.
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