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Femmes, quel pouvoir ?

8 mars 2006, 00:00

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Une fois de plus, le 8 mars amène son lot de réjouissances, de manifestations et de slogans en hommage à la femme. Instaurer et célébrer cette journée ne suffit pas, sans risque de nous méprendre, à soutenir que les femmes ont désormais les mêmes droits et les chances égales à Maurice. Lorsque certaines enchaînées secouent timidement leurs fers, la réaction épidermique de certains mâles les muselle avec une incivilité renouvelée.

Regard dubitatif sur le thème, décrété par les Nations unies, de cette journée internationale 2006: des Femmes au pouvoir. Dans le domaine du travail, la tendance serait plutôt ?cachez ce pouvoir qu?on ne saurait voir?. Des mesures appropriées sont-elles prises pour éliminer toute discrimination contre les femmes en leur assurant le droit à des postes-clés, à des promotions, à un salaire égal? Trop peu de femmes pourtant nombreuses et qualifiées se retrouvent à de véritables postes de responsabilité ou sont des chefs d?entreprise.

Aline Wong, membre de l?association Les femmes chefs d?entreprises mondiales et commissaire des programmes pour l?Afrique, a fait état des dernières statistiques du statut de la gent féminine en entreprise lors d?un atelier de travail sur le thème Women in decision making, organisé hier par la Mauritius Family Planning Association avec la collaboration de l?aile féminine de la Government Servants? Association.

Il y avait 23 % de femmes dans les Mauritian public boards en 2004 contre 77 % d?hommes, les sociétés appartenant à l?Etat n?étant pas incluses. 19 % du budget national 2002-2003 ont été gérés par des directrices contre 81 % de directeurs masculins. Des chiffres qui hérisseraient les poils d?une non-féministe.

?Tous nos maux proviennent de l?absence de la femme dans les instances de décision. Avec l?arrivée des femmes, il y aurait certainement moins de corruption. Après le scandale de la Mauritius Commercial Bank, on a introduit une femme parmi les decision makers?, souligne en substance Aline Wong. Elle fait écho à Indira Seebun, ministre des Droits de la femme, qui a déclaré hier: ?Il faut que les femmes soient visibles et présentes sur tous les fronts. Cette visibilité leur conférera une existence.?

?Un emploi, pas une carrière?

Encore faut-il que ces femmes puissent baigner dans un environnement équitable ! ?Les femmes peuvent aspirer à un emploi mais pas à une carrière?, s?insurge Bashir Mahamode, président de la Jeune chambre internationale de Port-Louis (anciennement Jeune chambre économique). ?Il pourrait y avoir d?énormes possibilités pour les femmes au sein des entreprises. L?opportunité est là. La femme mauricienne ne manque pas d?ambition mais disons que son ambition est très vite piétinée par le machisme ambiant.?

Pour accéder à ce fameux dernier étage, ce glass ceiling, ce groupe très fermé où on prend toutes les décisions, les chefs d?entreprises en jupon se seraient préalablement armées de burins après avoir essuyé quelques croche-pattes de leurs collègues masculins.

Tout stagne alors que tout devrait avancer. L?exclusion des femmes est encore forte. La liberté de ces filles d?Eve du troisième millénaire ferait-elle peur ? Elles pensaient que le monde s?ouvrait. Et si les lois elles-mêmes étaient un frein à cette émancipation ?

?Une étude est en cours pour revoir toutes les lois et pour s?assurer qu?il n?y a pas de discrimination dans les lois elles-mêmes. La société mauricienne est très complexe. Cela prendra du temps mais on est sur la bonne voie?, précise Magda Gunnessee Verdickct, Senior programme manager du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Les conventions internationales concernant l?emploi (C100 et C111) ratifiées en 1958 n?ont été adoptées à Maurice qu?en 2001. La loi doit garantir l?égalité des droits, des responsabilités entre les femmes et les hommes dans tous les aspects de la vie.

Il reste beaucoup à accomplir à Maurice pour établir les fondements juridiques de l?égalité entre les sexes. Christian Loeseke, avocat allemand du PNUD et attaché au ministère du Travail, ?uvre depuis septembre 2005 en ce sens. Il espère, dans les mois à venir, remettre les conclusions de son enquête. ?Le problème de parité est universel. Il n?y a pas véritablement de modèle de pays même parmi les pays industrialisés, si ce n?est les pays scandinaves. Maurice est un pays compliqué. Les choses sont faites différemment. Il faut un peu de patience.?

La parité en politique, c?est la reconnaissance que le peuple étant constitué de deux sexes, le gouvernement doit l?être également. Le constat du nombre de ministres femmes parle de lui-même et il est éloquent. Peu d?élues arrivent à se frayer un chemin et, si c?est le cas, c?est très souvent dans des ministères de ?moindre importance?.

Un débat éternel

D?autres, dans le passé, ont préféré claquer la porte comme Jocelyne Minerve, ancienne ministre, ?Nous sommes confrontés à une vision masculine de la politique qui est basée sur la culture virile depuis des générations. Ce rapport de force ?pousse-toi que je m?y mette?, cette relation dominant-dominé, cette compétition forcenée sont la négation même du discours égalitaire. Une femme vraie et lucide qui s?attache à son altérité ne peut pas y trouver sa place si ce n?est qu?en perdant son âme. Déjà en 1848, les femmes disaient à la Convention des femmes de Seneca Falls que les hommes ne peuvent pas diriger seuls la race humaine.?

La litanie des discriminations vient comme en écho à la litanie des violences faites aux femmes. Toutes les incantations égalitaires n?y pourront rien si on se contente chaque 8 mars de sortir la femme de son placard, de la dépoussiérer, de lui passer un petit coup de brosse à reluire, de l?agiter comme un drapeau avant qu?elle ne regagne sa place dans le noir.

L?éternel débat est relancé. Quand est-ce que la femme sera vraiment l?égale de l?homme pour qu?on ne pense plus à lui consacrer un jour?

Si la promotion des femmes n?est pas un vain mot pour vous, participez au débat, organisé par la Jeune chambre internationale, aujourd?hui à 17 h 15 à l?Alliance française à Bell-Village. Un des thèmes abordés sera ?Faut-il une discrimination positive envers les femmes ??

CONSTAT

Leur situation dans le monde

■ Les statistiques mondiales ont de quoi faire retourner Simone de Beauvoir dans sa tombe. ?70% des pauvres sont des femmes, deux tiers des analphabètes sont des filles. Aux Etats-Unis, quatre femmes sont battues chaque minute qui passe. Au Rajasthan, 90 % des dossiers pour sévices à l?égard des femmes sont clos par la police. Chaque année en Inde, on dénombre environ 7000 brûlées vives (des meurtres pour dot où l?épouse est arrosée de pétrole dans son sari). Sur le marché du travail, les Espagnoles gagnent en moyenne 30 % de moins que les hommes. En France, la proportion des femmes au sein des entreprises cotées au CAC 40 n?est que de 6%. Dans le monde politique, la France est la lanterne rouge, ne comptant que 12 % de femmes à l?Assemblée contre 36 % en Espagne. Sachant qu?en France, malgré la loi sur la parité, les partis préfèrent payer des amendes, qu?adviendra-t-il du quota obligatoire de 20 % de femmes prévu dans les conseils d?administration??

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