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Federer et Gasquet contre les latinos

22 mai 2005, 00:00

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On prend les mêmes et on recommence, serait-on tenté de penser à quelques jours de l?ouverture des Internationaux de France. Depuis une dizaine d'années, les Sud-Américains et Espagnols ont pris le pouvoir à la Porte d?Auteuil et instauré une suprématie que seul le Roi Andre Agassi est parvenu à renverser depuis le sacre du Tsar Kafelnikov en 1996.

A l?heure de retrouver la ferveur des supporters tricolores sur le court Philippe- Chatrier, les noms de Gaudio, tenant du titre, de Coria, de Ferrero et du nouveau prodige Nadal viennent naturellement à l?esprit au moment de dresser une liste de favoris. Ceux qui pourraient stopper cette année l?hégémonie des joueurs hispaniques se comptent sur les doigts d?une main. D?une toute petite main même !

<B>Federer plus fort, plus complet que jamais </B>

Hewitt n?a plus touché une raquette depuis le mois de mars en raison d?une fracture à un orteil, Safin est retombé dans ses errements psychologiques, Roddick et Henman semblent toujours un peu courts pour la terre battue.

Le maître Federer se retrouve donc bien seul pour contrecarrer la formidable armada made in Espagne et Argentine, mais, malgré ses deux énormes désillusions en 2003 et 2004 sur les courts de la Porte d?Auteuil (défaite au premier tour face à Horna et au troisième face à Kuerten), le Suisse n?a jamais semblé aussi proche de soulever la Coupe des Mousquetaires.

Après une année 2004 d?anthologie, le Bâlois est reparti sur les mêmes bases depuis le mois de janvier. Il suffit de jeter un coup d??il sur son palmarès depuis l?ouverture de la saison 2005 pour se rendre compte que le joueur helvète évolue bel et bien dans une autre dimension.

Six titres dont trois Masters Series, seulement 2 défaites en 43 matches. La planète Federer est à des années lumière de la concurrence. Jusqu?à présent, seule la terre de Roland-Garros est parvenue à lui résister. Le Suisse compte bel et bien écraser cette dernière poche de résistance. Au vu de ses derniers résultats, on serait tenté de l?en croire capable.

La semaine dernière, sur les courts du Masters Series de Hambourg, le numéro un mondial a fait une nouvelle démonstration de puissance. Pourtant confronté à un tableau difficile avec, en hors-d?oeuvre, trois purs spécialistes de la surface ocre (Verdasco, Robredo et Coria), le Suisse a rendu une copie sans faute : victoire finale, pas un seul set cédé dans tout le tournoi.

Un parcours de prétendant au sacre à Roland-Garros. A son talent naturel, Roger Federer a su, sous les ordres de Tony Roche, porter quelques retouches à son formidable arsenal. En Allemagne, on a pu se rendre compte qu?il avait élargi sa gamme.

Une évolution qui pourrait faire la différence lors des Internationaux de France. Moins avare pour monter au filet, capable de distiller à bon escient des frappes courtes croisées et des amorties, d?utiliser son service kické... Il maîtrise désormais la palette complète du jeu sur terre battue. Le Suisse est l?archétype même du joueur multi-surfaces.

Et quand on connaît sa soif de vaincre, Nadal et Coria peuvent légitimement s?inquiéter, d?autant plus qu?il a prouvé qu?il était toujours aussi fort dans le money-time. Vainqueur à Hambourg de sa 19e finale consécutive, le Bâlois a su, face à Gasquet, élever son niveau à chaque fin de set.

Il n?a cédé qu?un seul point lors des trois derniers jeux de la deuxième manche, remporté les trois derniers dans le tie-break final. Un message fort ! A l?heure actuelle, son plus grand adversaire semble ses pieds. Obligé de déclarer forfait au tournoi de Rome en raison d?une douleur à l?aponévrose, la répétition des efforts en cinq sets à Roland-Garros pourrait s?avérer problématique, notamment face des marathoniens tels que Nadal et Coria.

<B>Et pourquoi pas Gasquet ? </B>

A l?approche des Internationaux de France, il paraît naturel de faire preuve d?un peu de chauvinisme francophone et d?ajouter le nom de Richard Gasquet à la liste des postulants pour le titre. Il est bien loin le temps où le jeune Biterrois était exclu des qualifications de l?US Open pour jet de raquette intempestif. Depuis le début de l?année et l?association avec Eric Deblicker, l?ancien champion du monde junior s?est forgé un mental à la hauteur de son immense talent.

Ses places de demi-finaliste à Monte-Carlo et de finaliste à Hambourg en font un candidat logique. « Je crois que Richard avait vraiment besoin d?un entraîneur d?expérience beaucoup plus mûr que lui, d?un deuxième père. Maintenant, la roue est lancée et j?espère qu?elle va tourner très longtemps. »

Le jeune Tricolore a fait forte impression depuis quelques semaines. Vainqueur de deux tournois Challenger, battu seulement à trois reprises en 29 matches face à des ténors tels que Nadal, Federer et Agassi, Gasquet a tous les coups du parfait joueur de terre : un des meilleurs revers du monde, une maîtrise parfaite de l?amortie, un retour prodigieux. Des coups qui lui permettent de voir loin d?autant plus que ses derniers résultats lui ont permis de décrocher une place parmi les têtes de série et d?éviter un tirage piégeux.

« Mon niveau de jeu est là. J?estime que je peux le reproduire souvent. La pression, je pense pouvoir la gérer. » Gasquet arrive à Paris en pleine confiance. Mais saura-t-il gérer l?attente des médias et de tout un peuple ?

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