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Faut-il interdire certaines émissions de télé ?

28 novembre 2004, 00:00

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OUI

Palmesh Cuttaree président du comité de censure

L?émission « Secret Swami » a soulevé un tollé. Certains programmes devraient-ils être interdits ?

Bon nombre de programmes diffusés à Maurice viennent de l?étranger. Ces programmes n?ont pas été faits spécifiquement pour le public mauricien. Ils sont donc susceptibles de heurter nos valeurs culturelles, morales et sociales. Comme ils ne nous enrichissent d?aucune façon, ils devraient être interdits.

Quelles sont les ?uvres susceptibles d?être interdites à Maurice ?

Celles qui véhiculent une culture de violence gratuite, mettent en scène un comportement sexuel proche de la bestialité, ou qui traitent de sujets sensibles.

Les chaînes satellitaires et l?accès à Internet ne rendent-elles pas caduc ce principe d?interdiction ?

Pas du tout. Une télévision publique offre un service à la nation. Ses premières préoccupations ne sont pas commerciales. Il est donc tout à fait normal qu?un tel service établisse des critères et des normes, conformes à la législation. En revanche, l?accès aux programmes d?une chaîne de télévision privée ou à Internet relève d?une démarche personnelle. Par conséquent, nul ne peut plaider l?ignorance au cas où le contenu d?un programme ou d?un site ne correspond pas à des valeurs qui lui sont propres.

Un rejet ne constitue-t-il pas une atteinte à la liberté d?expression ou au droit d?information ?

Non. Ce serait le cas si un programme était diffusé sans les passages controversés.

Une interdiction est-elle définitive ?

Un programme ou un film polémique peuvent faire l?objet d?une retouche, si un accord est conclu dans ce sens entre le producteur et une chaîne de télé pu-blique qui a rejeté la version originale. Dès que les passages controversés sont éliminés, la diffusion peut se faire . Sans cet accord le film est carrément rejeté.Il faut savoir que le Censor Board en rejette un dizaine par an.

Le respect des règles déontologiques, notamment dans le traitement de l?information, ne suffit-il pas pour prévenir tout risque de dérapage ?

Pas nécessairement. L?interdiction ne peut être qu?un dernier recours. Elle ne doit entrer en jeu que lorsque des facteurs susceptibles de porter préjudice à certains ont échappé à la vigilance des règles déontologiques des producteurs.

Comment atténuer ce risque ?

Le producteur ou diffuseur d?un programme susceptible d?être contesté peut émettre des avertissements préalables pour son public, comme cela se fait pour les films avec visa 18R, ou à travers des légendes telles que « Certaines scè-nes/séquences peuvent heurter/choquer ».

Une interdiction ne risque-t-elle pas d?attiser la curiosité du public ?

Oui. Une interdiction crée de l?intérêt. Si certains veulent satisfaire leur curiosité, ils le feront en toute connaissance de cause.

Le public peut-il influencer la tendance des producteurs ?

Certainement. Surtout ceux qui obéissent à la loi du marché pour optimiser leurs investissements. Si le public montre une certaine lassitude pour un produit, il est évident que les fournisseurs vont rectifier le tir et offriront quelque chose qui pourrait être mieux accueillie.

La prise en compte de la réaction du public ne peut-elle pas tuer la création ?

Toutes les formes d?expression provoquent une émotion. En tant qu?institution régulatrice, les membres du comité de censure sont tenus d?en tenir compte. Si une ?uvre risque d?entrer en conflit direct avec les acquis culturels de la société, au point de fragiliser notre paix sociale, il faut l?interdire. Il est normal que l?exécutif qui gère un pays soit très attentif à ces enjeux. Les deux instances régulatrices de l?État, notamment le comité de censure des films et l?Independent Broadcasting Authority ont les cadres légaux nécessaires pour se pencher sur des litiges de façon objective.

NON

Ashok Radhakissoon ex-président de l?« Independent Broadcasting Authority » (IBA)

Pourquoi êtes-vous contre l?interdiction de programmes ?

Le Cinematograph Act et l?Independent Broadcasting Act qui régissent la diffusion de programmes audiovisuels et radiophoniques ne s?articulent pas autour de l?interdiction. En fait, les législateurs accordent une marge de man?uvre aux diffuseurs. Mais cette liberté s?exerce à l?intérieur d?un paramètre légal. L?interdiction ne devrait pas être une règle, mais une mesure d?exception.

Pour parer tout dérapage, le recours à une structure indépendante de classification, n?est-il pas nécessaire à l?intérieur même de chaque station de diffusion?

Pourquoi pas ? Mais une telle structure remettrait en cause la capacité réelle du comité de censure à gérer cet aspect de la programmation. En réalité, c?est le rôle de ce comité de veiller à la conformité des programmes par rapport à la législation. Le Cinematograph Act accorde une grande marge de man?uvre au comité, avant que ce dernier n?ait recours à la censure, et cette instance a bien joué son rôle jusqu?ici. Il n?est pas nécessaire, à ce stade, de confier cette responsabilité à une autre entité.

Si le problème ne se situe pas au niveau de l?organisme de contrôle, quelle est son origine ?

L?attribution de visas aux films, ou la publication d?avertissements préalables sont une preuve que le comité fait son travail. Mais là où le bât blesse, c?est au niveau de l?application des directives. La responsabilité en incombe d?abord aux diffuseurs. À plusieurs reprises, j?ai constaté que la projection de films accompagnés d?un visa PG ou 18 R se faisait à des heures où les enfants sont devant la télé. C?est une violation des règles liées aux conditions de diffusion.

Ceux qui diffusent ou rediffusient des programmes ne devraient-ils pas avoir leur propre structure de censure ?

Elle existe déjà à la MBC et elle doit visionner la qualité de la bande qui passerait à l?antenne. Les films sont vus avec les membres du comité de censure avant leur projection devant le public.

Mais comment est-ce que la projection d?un documentaire jugé offensant à l?égard des dévots de Saï Baba a pu avoir lieu ?

Il y a deux hypothèses. La première, c?est que la projection de ce documentaire s?appuie sur les conclusions objectives des membres du comité. L?autre hypothèse serait que le programme a été projeté sans qu?il ait été vu avant.

La réaction des dévots n?est-elle pas l?expression du choc des cultures entre le Nord et le Sud ?

C?est une évidence. Un programme réalisé par la BBC pour ses téléspectateurs n?aura pas le même impact que sur les Mauriciens. D?où la nécessité d?examiner le contenu des programmes relayés par une autre station, avant de les projeter sur une chaîne locale.

La mondialisation devrait-elle faire fi des frontières culturelles ?

Bien sûr que non. Avec la mondialisation a surgi la problématique de la dépendance audiovisuelle du Sud sur les productions du Nord, qui ne tient pas toujours compte des réalités culturelles et religieuses locales. Les répercussions ont déjà fait l?objet de débat lors du sommet mondial sur la société de l?information qui a eu lieu à Genève l?an dernier. Ce débat va se poursuivre l?année prochaine à Tunis.

Que faire pour atteindre un semblant d?équilibre entre un Nord puissant et un Sud presque dépendant pour sa survie audiovisuelle ?

La forte production du Nord rend presque impossible le rétablissement d?un équilibre avec le Sud. Ce dernier ne dispose pas des ressources pour satisfaire ses besoins en produits audiovisuels. L?impact de cette dépendance peut être atténué en renforçant les structures de coopération Sud-Sud. La formule que propose l?Asso-ciation des radios et des télévisions de l?océan Indien va dans ce sens.

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