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Fatalité Politique
L?événement n?a pas retenu l?attention.
Il annonce pourtant un bouleversement de l?échiquier politique. Au MMM - ce parti dominant de toutes les alliances et mésalliances des trente dernières années - l?après-Bérenger est amorcé. Et comme dans toute organisation autocratique totalement vouée au culte du chef, la mise en scène est orchestrée par le chef lui-même. Puisque c?est Bérenger qui programme son retrait relatif, il importe de comprendre ses motivations personnelles d?abord et la stratégie de son parti ensuite. Une nouvelle configuration politique se dessine.
Un parti politique n?a d?existence que pour exercer le pouvoir. Le MMM n?a jamais fait exception à la règle même durant les années de braise où il faisait croire que ses principes interdisaient des accommodements politiciens. Pour analyser les postures des partis et le positionnement de leurs dirigeants, il est donc indispensable de s?appuyer sur cet axiome. C?est bien entendu par rapport à la question du pouvoir, son accessibilité, ou à l?inverse son éloignement, qu?il faut situer la décision du leader du MMM de créer la possibilité d?un début de réflexion sur l?après-Bérenger au sein de son parti.
Pour la première fois de son histoire peut-être, le MMM a tenu une réunion de réflexions, convoquée pour débattre, en l?absence de Bérenger, de « l?avenir » du parti. Et tellement sans lui que le compte-rendu du Militant réussit le tour de force de parler de ces débats, du MMM, de son histoire, de ses réalisations, de ses forces et faiblesses sans la moindre référence, ne serait-ce qu?une fois, à la contribution du leader. C?est plus qu?un droit d?inventaire. ça ressemble à une rupture.
Il ne faut surtout pas en déduire que Paul Bérenger est en train de perdre le contrôle de son parti. Loin de là. Il cherche au contraire à l?instrumentaliser pour resituer son rôle et sa place dans le cadre du nouveau rapport de forces, né du retour sur le devant de la scène, d?un Parti travailliste dominant et de la marginalisation du MSM. Paul Bérenger sait qu?il ne pourra plus, sauf circonstances extraordinairement exceptionnelles, prétendre de nouveau à la magistrature suprême. Même contre un Ramgoolam qui aurait été malmené par cinq années chaotiques de pouvoir, Bérenger ne pourra, en 2010, se poser en challenger. Je ne pense pas qu?il en ait l?envie.
Se pose donc pour lui la question de son rôle sur la scène nationale, aujourd?hui, et dans l?avenir proche. Il est évident que la fonction du leader de l?opposition, pur et dur, celle qu?il avait remplie avec tant d?efficacité et de hargne durant le plus clair de sa vie politique, ne l?excite plus. L?âge sans doute mais aussi un certain respect de soi, la difficulté de rabâcher des fadaises démagogiques quand on a exercé soi-même le pouvoir et mesuré ses pesanteurs. Voilà pourquoi Bérenger n?est plus Bérenger. Mais il n?est pas encore tout à fait un autre ; il se cherche. Et cherche un avenir à son parti.
Je postule qu?il espère le trouver, à moyen terme, auprès de Navin Ramgoolam. Si, en effet, Paul Bérenger ne peut espérer personnellement conduire son parti à la reconquête du pouvoir, et puisque le pouvoir reste l?objectif, il est condamné à une nouvelle alliance. Dispersée, désemparée, l?audience du MSM de Pravind Jugnauth ne paraît pas être en mesure, du moins dans un proche avenir, de recomposer l?arithmétique électorale qui avait fait le succès initial de l?alliance MSM-MMM. Le MMM s?est d?ailleurs aussi affaibli en perdant, sans doute durablement, une partie de son électorat historique, et en devenant par la force des choses ce qu?il n?a pas souhaité, le parti d?un groupe spécifique. Pour contrer cette faiblesse, Bérenger va sûrement chercher à propulser à la tête du MMM un dirigeant au bon profil socio-électoral. L?opération a peu de chance de réussir.
Le rapprochement avec le Parti travailliste - pas tout de suite, mais quand il sera affaibli - est d?autant plus probable qu?il tente déjà Navin Ramgoolam et certains dirigeants de son parti. Voyez combien le Premier ministre reste apparemment serein face à l?énormité des défis que son gouvernement est appelé à relever. Pourtant, la tiédeur des mesures de redressement des finances de l?Etat, l?absence au haut niveau du sentiment d?urgence qu?impose le contexte, les inconséquences populistes de certains ministres, en principe de la classe A+, ne pourront qu?aggraver la situation économique, possiblement au plus mauvais moment politique pour Navin Ramgoolam.
Puisque c?est l?exercice du pouvoir et son prolongement qui sont le moteur principal de l?action publique et que Ramgoolam n?est pas candidat au suicide politique, qu?est-ce qui pourrait bien justifier la quiétude du Premier ministre ? Je pense qu?il croit posséder déjà sa solution électorale à d?éventuels problèmes de gouvernance. Si les choses se gâtent, si la popularité de l?Alliance sociale baisse dangereusement, le MMM, en mal de situation, fera l?affaire en 2010. Sans l?intempestif Bérenger au Conseil des ministres. C?est le calcul des uns et des autres.
Pour les citoyens, l?inconvénient immédiat de cet échafaudage est double : un gouvernement déconcentré sur ses obligations de résultats, une opposition ramollie en attente de faveurs.
Plus fondamentalement, le vieillissement de dirigeants politiques qui conditionne forcément leur stratégie, la stérilité du débat public, en particulier sur les questions économiques, posent le problème du renouvellement idéologique et programmatique des partis. Les trois principaux partis se prévalant tous du « socialisme » et gouvernant à tour de rôle au centre-gauche, seule une nouvelle formation s?inspirant du libéralisme, tenant le langage de la vérité économique ? celui d?Anerood Jugnauth dans les années 80 - serait capable de proposer à la nation une autre vision de l?avenir. Je suis persuadé qu?elle peut gagner des élections.
Et surtout faire gagner le pays.
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