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Expo La Bourdonnais, les de Laleu et l?Entente cordiale

9 mai 2004, 20:00

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Le consulat de France publie un communiqué, à la fin d?avril 1954, faisant état de la tenue, au début de l?année précédente, à Marseille, d?une exposition en hommage au gouverneur Mahé de La Bourdonnais, à l?occasion du bicentenaire de sa mort, le 10 novembre 1753. M. Francis A. Dufour, le président de la Chambre de commerce de Marseille, remercie en conséquence les autorités mauriciennes pour sa participation à l?exposition. Celle-ci s?est tenue au Palais de la Bourse, à proximité du Vieux-Port. Elle a accueilli 5 000 visiteurs. Y ont assisté plusieurs Français d?origine mauricienne dont le Dr Vigne et M. Georges de Laleu, descendant de l?ancien président du Conseil de l?île de France aux XVIIIe/XIXe siècles, Jean Baptiste de Laleu, auteur d?une compilation des lois et ordonnances portant toujours son nom et très appréciée des légistes mauriciens, le Code de Laleu. Certains historiens attribuent même l?origine du nom de la commune de Saint-Leu à la Réunion à un sieur de Laleu. Georges de Laleu a prêté aux organisateurs de l?exposition La Bourdonnais, un portrait de son aïeul et de son aïeule, née Chesnard de La Girodais, décédée à Marseille, en 1865 à l?âge de 102 ans.

M. Dufour écrit notamment ceci qui vaut son pesant d?or en cette année de célébration du centenaire de la signature de l?Entente cordiale : ?Je dois un témoignage particulier de gratitude à Monsieur le Consul général britannique à Marseille, notre ami M. Geoffrey Meade. La France et la Grande-Bretagne se sont pendant longtemps assez affrontés dans toutes les parties du monde pour avoir le droit, après avoir fait montre de qualités semblables, de se serrer loyalement la main et de collaborer sans arrière pensée. Je le remercie de s?associer à une fête du souvenir qui est toute à la louange de ces deux pays.?

Il sera aussi question d?Entente cordiale, au début de mai 1954, dans la presse mauricienne. Elle fait état d?un échange de correspondance, en date du 8 avril 1954 (date du 50e anniversaire de la signature de l?accord colonial franco-britannique) et du 12 avril suivant (réponse du gouverneur Scott à la lettre du président de l?Alliance française de Maurice).

Osons une traduction et un résumé de cet échange de correspondance, fleurant bon la diplomatie de l?après-guerre :-

A Son Excellence, Sir Robert Scott, C.M.G., gouverneur de Maurice et de ses dépendances (Diego Garcia compris).

Votre Excellence,

A l?occasion des 50 ans de l?Entente cordiale, l?Alliance française de Maurice offre ses meilleurs voeux au représentant de la reine Elisabeth. Maurice fut aussi une colonie française et la culture française s?y est maintenue avec une vivacité plus grande qu?ailleurs dans le Commonwealth. C?est dire combien elle est bien placée pour se réjouir de ce 50e anniversaire de l?Entente cordiale, garantissant l?amitié (bond of friendship) entre la France et le Royaume-Uni.

La transformation de siècles de rivalités guerrières en un demi-siècle d?amitié entre deux peuples est un véritable exploit diplomatique, devant beaucoup à l?amitié d?Edouard VII pour le peuple français. Grande est la dette de reconnaissance du monde libre à l?égard des diplomates ayant réussi un accord si durable. Ce dernier a été renforcé encore par les innombrables amitiés scellées pendant les deux guerres mondiales. On ne voit pas qui pourrait désormais mettre fin à cette Entente cordiale.

Le 12 avril suivant, Robert Scott faisait parvenir sa réponse à Raymond Hein : Merci pour vos bons v?ux que je vous retourne bien volontiers. Je partage la confiance de l?Alliance française en la solidité et en la pérennité de l?Entente cordiale, revigorée par l?amitié mutuelle manifestée pendant ces deux guerres mondiales. Il ne peut en être autrement vu que cet accord repose sur le respect mutuel de deux peuples, de leurs cultures, de leurs modes de vie, de leurs contributions à une commune civilisation. Je me permets de souligner que, pour les Ecossais, l?expression ?Alliance française ? revêt une importance particulière. Les siècles de rivalité mentionnés n?ont guère affecté le peuple écossais, qui qualifie toujours l?amitié qu?il éprouve pour le peuple français, de ? vieille alliance ? (Auld Alliance).

C?était joliment dit.

Il ne s?agit pourtant de la célébration que du 390e anniversaire de la naissance de l?auteur d?Hamlet (1564-1616). John Sutherland est alors le représentant à Maurice du British Council. Sa Semaine Shakespeare sera d?ailleurs son chant de cygne car il quittera l?île le 22 juin 1954 pour d?autres responsabilités à l?étranger, abandonnant les siennes ici au Dr Reginald Waughn, le successeur de Robert Edouard Hart à l?Institut de Maurice. Les amateurs de Beaux-Arts ne doivent jamais oublier que le British Council a offert, en 1951, une bourse d?études supérieures à Serge Constantin.

Le vendredi 20 avril 1954, John Sutherland et Madame accueillent l?intelligentsia mauricienne à la Salle des fêtes de l?hôtel de ville de Beau-Bassin/Rose-Hilll et lui offrent, bien sûr, une ? cup of tea ?. De là, les invités passent au théâtre municipal (le Plaza, disent les cinéphiles). John Sutherland leur parle du grand dramaturge. Il conclut que le grand Bill aurait été ravi de pouvoir faire la connaissance du peuple mauricien.

Le gouverneur Scott ne peut participer à la fête. On compense son absence par l?audition de son discours enregistré (procédé d?avant-garde à l?époque). Il souligne que la naissance de Shakespeare coïncide avec la fête de saint Georges, patron de l?Angleterre, des chevaliers, des cavaliers et des boy-scouts.

M. Ghurburrun, secrétaire de l?Association culturelle anglaise, remercie les participants à un concours de dissertation sur deux ?uvres de Shakespeare, Macbeth et Comme il vous plaira. Il procède à la remise des prix. Mme Simms livre les impressions que lui procure la lecture des différents envois. Elle note un engouement plus prononcé pour les tragédies.

Mme Maud Flashman, la première rectrice du collège Queen Elizabeth, fait l?historique de la trentaine de chansons que l?on trouve dans 18 pièces de théâtre de Shakespeare. L?illustration sonore est assurée par Mlle G. Félix, MM. Jacques Cantin et André Luciani et par des élèves du Conservatoire Pouzet et du QEC. Ils sont longuement applaudis.

Monomanie de la monoculture

La Semaine Shakespeare comprend aussi une causerie explicative radiodiffusée de Marcel Cabon sur Othello; la radiodiffusion de la première partie de l?opéra de Verdi,Othello; la projection du film d?Orson Welles,Othello ; l?audition d?un programme enregistré sur Macbeth à l?intention des élèves du cycle secondaire; un Shakespeare Quiz organisé par l?Association culturelle anglaise; la projection du film Jules César; la présentation d?un montage, intitulé Les temps forts de Macbeth, avec la participation de Frank Richard et de Lise Martial et la collaboration des élèves de la School de Port-Louis; la radiodiffusion d?un débat sur Shakespeare avec la participation de Maud Flashman, Mme B. Simms, M. P.G. Delahunty, M. Renganaden Seeneevassen, sous la présidence de John Sutherland; une conférence sur le pays natal de Shakespeare, au collège du même nom, à Mahébourg; une exposition de livres sur ce dramaturge à l?Institut de Maurice et une autre de photographies de l?Exposition 1953 sur Shakespeare en Grande-Bretagne.

Et tout ça pour un 390e anniversaire. Que n?a-t-on pas dû faire en 1964 pour le 400e anniversaire du Grand Bill? Que ne devra-t-on pas prévoir pour le 450e anniversaire de sa naissance en?. 2014? Notons la présence de l?Inde parmi les 58 nations participant à la célébration du 390e anniversaire de la naissance de Shakespeare à Stratford-on-Avon.

Terminons cette revue de l?actualité d?il y a un demi-siècle par une citation de Malcolm de Chazal sur un thème qui lui est familier : ? Jamais au cours de notre histoire, la monomanie de la monoculture a été si forte chez nous. Avant de croire en Dieu, nous croyons en la canne à sucre ?.

?La transformation de siècles de rivalités guerrières en un demi-siècle d?amitié entre deux peuples est un véritable exploit diplomatique, devant beaucoup à l?amitié d?Edouard VII pour le peuple français. Grande est la dette de reconnaissance du monde libre à l?égard des diplomates ayant réussi un accord si durable.?

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