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Et ça recommence !

21 juin 2005, 00:00

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de Nazim ESOOF

Il n?y a même plus d?ambivalence dans le ?nous?. La première personne au pluriel n?est plus synonyme de pluralisme identitaire. Quelle est cette peur qui pousse certains dirigeants politiques à quitter la voie de la raison, celle qui rassure l?électorat modéré, pour glisser sur la pente sinueuse du sectarisme ? Sans doute, la realpolitik justifie de telles dérives. Il faut ?unir? les hindous, les musulmans ou les catholiques, voire faut-il rester ?unis? pour ne pas casser le vote bloc tout en privilégiant le vote ethnique? Allez comprendre !

Pour de nombreuses personnes, cela fait même partie de la réalité locale et l?occulter serait faire preuve d?idéalisme. C?est ce même idéalisme qui ne tiendrait pas en compte le fait que les électeurs de telle ou telle communauté doivent immanquablement se retrouver dans un Premier ministre ou un vice-Premier ministre de telle ou telle communauté. Un fantasme tout chimérique qui aurait dû aboutir à une situation où les Mauriciens de telle ou telle foi n?auraient jamais dû connaître la pauvreté parce qu?ils ont des dirigeants politiques de la même communauté qu?eux !

Il est un fait que le symbole peut rassurer. Mais il ne nourrit pas. Par contre, le tripotage de l?identité nationale ne semble pas gêner les uns et les autres dans leurs stratégies politiques. On a déjà fait le deuil de l?unité de la nation pour l?unité des communautés. Cette obsession de l?unité dans la diversité ou de la nation arc-en-ciel se retrouve dans une conception réductrice de l?identité nationale.

Mais c?est connu. On fait du surplace identitaire dès qu?une société s?engage dans une dynamique de mouvement. C?est là que se manifestent les réactionnaires, jouant sur les pulsions de la peur en brandissant, par exemple, la menace d?un exode des matières grises d?une communauté. On amène ainsi la société à faire un grand plongeon dans l?abîme du racisme et dans l?isolationnisme ethnique.

Un regard innocent pourrait s?étonner que des dirigeants politiques puissent encore s?adonner à ce jeu malsain rien que pour arriver au pouvoir. C?est toute une conception du pouvoir politique qui se donne à voir dans cette manière de faire. L?Etat mauricien est un enjeu en lui-même. Dans le jeu des représentations, il sert à maintenir un équilibre artificiel entre les différents symboles du pouvoir.

A Maurice, nous avons le chic de croire que ce sont nos fantasmes qui constituent notre réalité. A tort et à travers, certains parlent de ?positive discrimination? sans mesurer les implications d?une politique multiculturaliste. D?autres encouragent le repli comme seul moyen d?éviter le mélange et le contact. C?est vite dit, pourrait-on penser. Sauf que les résistances sont bien réelles et on ne réalise pas les moyens déployés pour embrigader la pensée .

Nous sommes en 2005. Il n?y a plus de place à Maurice pour ceux qui croient que la seule référence ethnique est l?ultima ratio de tout notre rapport à l?Etat et au pouvoir politique. L?électeur mauricien vaut bien plus que cela. Que les politiques se détrompent : tous les moyens ne sont pas bons pour accéder au pouvoir. La dignité dans la défaite inspire plus de respect qu?une victoire acquise à coups de compromissions.

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