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Et si les toilettes publiques étaient payantes ?
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Et si les toilettes publiques étaient payantes ?
Une envie pressante ? Quelle que soit la ville, nul besoin de demander où se situent les toilettes publiques. A proximité des municipalités ou à la gare, laissez-vous guider par l?odeur nauséabonde et suivez les mouches? Vous êtes à Port-Louis. Au pas de course, vous traversez l?allée centrale du jardin de la Compagnie en direction de La Chaussée. La douce brise qui ne rafraîchit que très légèrement la capitale soulèvent d?un côté, un parfum de poulet frit et de l?autre, une odeur immonde.
Devant les toilettes réservées aux hommes, une inscription informe qu?elles sont «hors d?usage». C?est sur le mur extérieur des toilettes que les plus... pressés se soulagent. Tuyauterie d?un autre temps, carrelage crasseux et glissant, mur souillé, chasse d?eau inexistante, les toilettes publiques ont de quoi couper toute envie, même pressante. De plus, l?insalubrité des toilettes publiques augmente le risque de transmission de maladies. Est-ce une fatalité ? Les usagers trouveront-ils un jour des toilettes publiques propres ?
Afin d?inverser cette tendance, certains centres commerciaux se sont risqués à rendre payantes leurs toilettes. Avec succès. L?un des premiers aura été Ming Chen, directeur de la librairie Le Cygne Ltée. Depuis 2005, il faut s?acquitter de Rs 10 pour pouvoir utiliser les toilettes du New Magic Lantern, à Rose-Hill. Ming Chen explique qu?au départ, «les gens n?étaient pas d?accord». Trois ans plus tard, les choses ont quelque peu changé. Marie-Claude Anthoo, la «dame pipi», explique : «Bann abitye koman zot vini zot kit kas. Mais il y a ceux qui ne sont pas au courant. Certains sont en colère et nous disent que nous n?avons pas le droit de les faire payer et qu?ils vont nous rapporter.» Cette pratique, quoique répandue à l?étranger, peine à s?inscrire dans les m?urs des Mauriciens et pourtant, les habitués la plébiscitent. Marie-Claude Anthoo soutient que les clients, satisfaits du service et de la propreté des lieux, préfèrent, même s?ils sont à côté de la gare de Rose-Hill, où il y a des toilettes publiques, marcher jusqu?au centre commercial pour se soulager.
A Happy World House, à Port-Louis, cela fait à peine quelques mois que l?utilisation des toilettes est payante. Les résultats sont concluants. Brigitte Neveu, en témoigne. «Depuis que c?est payant, les toilettes sont beaucoup plus propres. Avan, bann dimoun ti vomi par ter, zot ti kas lavabo, souy zot la min sal lor miray? Pa ti fasil». Rs 10 à l?entrée et les choses ont changé.
C?est, il faut le dire, l?état de leurs toilettes qui a poussé les gérants du centre commercial à prendre cette mesure. «On peut faire beaucoup de choses dans des toilettes. Certains ont une imagination fertile. Nous avions reçu beaucoup de plaintes du public et même de nos employés. Depuis que c?est payant, il y a plus de contrôle», indique-t-on du côté de Happy World. Et puis, lorsqu?on fait payer, on fait d?une certaine façon le tri entre ceux désirant vraiment utiliser les toilettes et les autres?
Puisque les toilettes publiques sont régulièrement, pour ne pas dire constamment, saccagées, les municipalités ne devraient-elles pas envisager de les rendre payantes ? Ramalingum Maistry, maire de Beau-Bassin?Rose-Hill, y est «favorable». « Aujourd?hui, dans l?état actuel des toilettes du marché de Rose-Hill ou celles de la gare, nous ne pouvons faire payer leur utilisation mais dans le nouveau marché que nous allons construire, c?est une possibilité que nous pouvons envisager.»
«C?est un retour sur investissement non négligeable et également un moyen de s?assurer que les lieux restent propres. Il est important de commencer à développer cette culture et sensibiliser les Mauriciens.» Ramalingum Maistry est d?avis qu?en contrepartie de ces frais d?utilisation, il est impératif de fournir un service de qualité. Les habitués des toilettes payantes ne diront pas le contraire.
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