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Et de deux pour les Dardenne

22 mai 2005, 20:00

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Les frères Dardenne ont rejoint samedi soir le cercle très fermé des cinéastes qui ont remporté deux palmes d?or au Festival de Cannes, triomphant avec L?enfant, après avoir été consacrés six ans auparavant avec Rosetta.

Le président du jury du 58e festival de Cannes, Emir Kusturica, a lui aussi été honoré deux fois, en 1985 avec Papa est en voyage d?affaires et dix ans plus tard avec Underground.

Empruntant le même style quasi-documentaire que Rosetta, L?enfant est une nouvelle chronique de la Belgique à la marge qui intègre le thème de la paternité, fréquemment illustré cette année, notamment par Broken Flowers, film pour lequel Jim Jarmusch a reçu cette année le Grand Prix.

Mais, s?exprimant lors de la conférence de presse qui a suivi la remise des prix, Luc Dardenne, 51 ans, s?est gardé de toute classification commode que l?on pourrait appliquer aux productions des deux frères. ?Les étiquettes, quelles qu?elles soient, ce n?est jamais bien. Il faut faire attention de ne pas s?installer dans une forme et la plus grande manière, c?est de ne pas avoir de manière. J?espère qu?un film dépasse toujours son étiquette.?

Mais surtout, les cinéastes belges ont voulu que leur triomphe ne se limite pas qu?à eux. ?Nous avons décidé que cette palme était aussi celle des comédiens et de l?équipe technique?, a déclaré Jean-Pierre Dardenne, 54 ans.

Il a admis que recevoir une palme d?or, même si c?est la deuxième, ?Ca fait un drôle d?effet, il faut prendre le temps d?atterrir?, a-t-il dit, se remémorant l?émotion qu?avait ressentie, en 1999, l?actrice Emilie Dequenne, qui avait reçu le Prix d?interprétation féminine pour Rosetta.?

Les deux cinéastes ont dédié leur palme d?or aux otages Florence Aubenas et Hussein Hanoun en Irak ?peut-être parce que le festival est diffusé dans le monde entier et que cela leur donnera de l?espoir?, a précisé Jean-Pierre, ajoutant qu?il espérait que cela montre aux ravisseurs que ?nous sommes aussi obstinés qu?eux?.

Une contradiction

L?autre vainqueur de la soirée est donc Jim Jarmusch, qui a dû se remémorer que, 21 ans plus tôt, il recevait pour Stranger than Paradise la Caméra d?Or, qui récompense un premier film.

Broken Flowers est un admirable ?road movie? où un homme qui a réussi mais désabusé (Bill Murray) part à la recherche d?un hypothétique enfant.

Jarmusch relativise cependant l?importance des distinctions qu?un cinéaste peut glaner au gré des festivals. ?Je n?ai jamais dit qu?il ne fallait pas remettre de prix à des films. J?ai seulement dit que l?idée d?une compétition entre moyens d?expression artistique est en soi une contradiction?, a-t-il expliqué lors de la conférence de presse des lauréats.

?On ne devrait pas s?arroger le droit de juger une oeuvre d?Art néanmoins je ne suis pas contre les prix?, a-t-il ajouté. Il a jugé que la paternité n?était pas le thème principal de son film. ?Ce thème a sa place dans un certain nombre de films depuis quelques temps mais ce n?est sans doute pas le thème principal du mien?, a observé le réalisateur de Down by Law et Dead Man.

?Je ne suis pas très doué pour analyser mes films ni pour expliquer pourquoi autant de films exploitent ce thème.?

Trois enterrements (The Three Burials of Melquiades Estrada), le premier film de l?acteur Tommy Lee Jones, est doublement sacré : d?abord par le prix d?interprétation de son réalisateur puis par le Prix du Scénario, qui échoit à Guillermo Arriaga.

?Bien sûr, j?ai été surpris et profondément honoré. Je suis profondément honoré et reconnaissant pour ce prix?, a dit un Tommy Lee Jones qui a rendu hommage à ?la qualité de l?audience? (cannoise), à un public doté ?d?un grand coeur et à l?esprit ouvert?.

Arriaga a dit espérer que ces prix ?aideront l?industrie cinématographique mexicaine?. ?Le Mexique joue un rôle important dans le cinéma mondial mais ce rôle n?est pas toujours bien perçu?, a-t-il expliqué.

?L?avenir est brillant pour le cinéma mexicain. On trouve au Mexique beaucoup de gens talentueux, sans cynisme et qui ne sont pas dévorés d?ambition, qui s?intéressent véritablement au cinéma. L?argent manque mais ils ont pour eux leur honnêteté et ça ils n?en manquent pas?, a dit Tommy Lee Jones.

Le Prix d?interprétation féminine est revenu à l?actrice israélienne Hanna Laslo, qui a voulu le partager avec sa mère, une survivante d?Auschwitz, et avec celle qui lui donne la réplique dans Free Zone, la comédienne de Nazareth Hiam Abbass. Free Zone est un long métrage du cinéaste israélien Amos Gitaï qui fut déjà plusieurs fois en compétition à Cannes.

Enfin, le Prix de la Mise en scène a honoré un film qui représentait la France, Caché, de Michael Haneke, une oeuvre qui mêle intrusion de la vie privée et travail de mémoire individuelle et collective.

?Je serais hypocrite si je disais que je n?attendais pas de récompense?, a réagi le réalisateur autrichien. ?C?est déjà bien d?être dans une compétition d?une telle splendeur mais c?est plus agréable d?avoir un prix, c?est normal.?

Le cinéma asiatique, qui était représenté par cinq films en compétition, doit se contenter d?un accessit avec le Prix du Jury pour Shanghai Dreams, un film du cinéaste chinois Wang Xiaoshuai.

Il ressort de l?avis de quelques critiques que le jury présidé par Emir Kusturica a oublié un film, Three Times, du cinéaste taïwanais Hou Hsiao-Hsien.

?C?est un palmarès à l?image du festival, de bonne qualité par rapport à certaines des sélections précédentes?, a dit hier à Reuters Michel Ciment, critique. ?Il y a tout de même un grand oublié, le film de Hou Hsiao-Hsien, qui est pour moi l?un des plus grands cinéastes au monde.?

Reuters

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