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Entre pessimisme et réalisme

12 avril 2008, 00:00

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«On n?a même pas le temps de traiter de cette question de compensation salariale !» La remarque est d?Ahmed Parkar, directeur de Star Knitwear. D?habitude optimiste de nature, Ahmed Parkar met l?accent sur la grande difficulté du moment. Soit une roupie forte qui compromet les revenus. «Le secteur de l?exportation en général est en crise avec l?appréciation de quelque 30 % de la roupie. Ce n?est pas le seul cas du textile. Quant à nous, nos frais ont augmenté ? l?électricité, le coton, les autres coûts de production. Entre janvier et avril, on roule à perte. On peut encore tenir deux à trois mois, mais autrement, c?est la fermeture pour certaines usines», enchaîne notre interlocuteur.

Le constat est amer et généralisé. Les différents secteurs d?activité, à travers leur porte-parole, sont conscients que le coût de la vie a connu une hausse drastique. Mais, en même temps, ils ne peuvent se retenir de faire ressortir les obstacles auxquels sont confrontées leurs industries. «On est dépendant de tout ce qui se passe autour de nous et de la récession qui se généralise. Conjuguée à cela, il y a la hausse des matières premières qui pèse sur la zone franche», reprend, dans le même souffle, qu?Ahmed Parkar, Danielle Wong, directrice de la Mauritius Export Association (MEXA).

Pour rester dans ce secteur, Ahmed Parkar va même jusqu?à se poser des questions sur le traitement accordé au secteur manufacturier. Pour lui, en l?état actuel des choses, c?est la question essentielle et non celle de la compensation salariale. «On espère une dépréciation de la roupie. Avec la récession en Europe et aux États-Unis, les prix baissent. Il faut aussi compter avec l?annulation des commandes. Ce n?est pas qu?on ne veut pas payer mais seulement une question de savoir quelle est la capacité à payer», renchérit le directeur de Star Knitwear.

Davantage de productivité</B>

Chacun tente ainsi de jouer sa carte. L?hôtellerie, qui affiche un bilan de santé plutôt encourageant, ne veut pas non plus susciter trop d?enthousiasme. «On parle du secteur touristique avec ses perspectives mais il faut aussi savoir qu?il y existe des faiblesses avec notamment l?appréciation de la roupie et la qualité des arrivées touristiques», s?empresse ainsi de noter Jean-Michel Pitot, président de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice.

Du côté du sucre également, on fait d?abord remarquer les multiples contraintes auxquelles le secteur doit faire face. Il est vrai que le secteur se retrouve dans un contexte très particulier de restructuration. Jean Li, directeur de la Mauritius Sugar Planters?Association (MSPA), le rappelle : «Nous faisons face à d?énormes défis découlant du nouveau régime sucrier européen. Sur le plan local, nous sommes engagés dans un régime de réformes. D?ici l?année prochaine, les revenus vont chuter de 36 % pour le secteur. La restructuration actuelle vise seulement à assurer la survie économique du secteur. Nous sommes dans une conjoncture guère favorable aux pays producteurs de l?Afrique, des Caraïbes et Pacifique (ACP). En outre avec le renoncement du Protocole sucre, nous devons nous armer pour une compétition conséquente. Sur le plan local, l?Award du Tribunal d?arbitrage permanent a introduit la semaine de 40 heures sur six jours en semaine de coupe. Tout cela a un effet sur les comptes. Nous sommes donc dans une situation de décroissance. Ce qui implique que notre marge de man?uvre sur la question de la compensation est très réduite.»

Jean Li insiste donc sur une productivité accrue afin de garantir la survie du secteur. Il en est de même pour les autres secteurs. «Notre compétitivité dépendra de notre productivité», fait remarquer le directeur de la MSPA. Dans l?hôtellerie, on explique que la compensation 2007 a été appréciable du fait que le secteur avait connu une bonne année. «Aujourd?hui, les signaux sont différents. Même si on ne se casse pas la figure, il y a des faiblesses. La bataille est loin d?être gagnée», explique Jean-Michel Pitot.

Danielle Wong de la MEXA se refuse de tout ramener à la seule production sectorielle. «On parle toujours de productivité. La zone franche a beaucoup contribué à l?économie du pays en ce sens. Mais il faudrait se poser des questions sur la productivité au plan national. Se demander combien de temps on va continuer à perdre sur nos routes ou à cause du manque d?infrastructures. Au niveau sectoriel, chacun fait son effort. C?est la productivité nationale qui mérite d?être repensée.»

Difficile de mieux rappeler l?essentiel?

<B>Questions à Eric Ng Ping Cheun</B>

● <B> Le débat autour de la compensation salariale est-il condamné à tourner sur le nécessaire équilibre à trouver avec le taux de l?inflation ?</B>

Je crois que, cette année également, la compensation salariale sera assez élevée du fait d?un taux d?inflation qui tourne autour de 9 %. Est-ce qu?on peut dans un tel contexte accorder une pleine compensation par rapport à l?inflation ? On ne l?a jamais fait. Mais l?élément central cette année, au-delà de la compensation salariale, c?est l?effet des recommandations du Pay Research Bureau (PRB). Les salaires du secteur public pourraient ainsi connaître une hausse de 50 %. Ce qui implique que le privé sera contraint d?ajuster également le niveau des salaires pour éviter tout glissement de personnel vers le public. Globalement, la masse salariale va augmenter cette année.

● <B>Pour revenir à la compensation salariale, sentez-vous une certaine sérénité au niveau sectoriel ?</B>

Je crois que les secteurs porteurs, dont l?hôtellerie, la finance, les technologies de l?information, l?externalisation, voire la construction, vont faire un effort. Mais l?essentiel pour moi, c?est de rappeler l?importance d?une négociation, même pas sectorielle, d?une entreprise à une autre. Il faut savoir que chaque entreprise a ses réalités et ses contraintes. C?est d?ailleurs l?une des raisons pour lesquelles on n?a pas une pleine compensation parce qu?on veut épargner les entreprises à problèmes.

● <B>Sur le plan microéconomique, quelles seront les répercussions d?une masse salariale conséquente ?</B>

On enregistrera une poussée inflationniste. Pour la contenir, il faudra une hausse de productivité. À ce jour et cela depuis 18 mois, on a une inflation de 9 % à 10 %. Et il y a le risque que cela perdure. C?est long. On a eu des poussées inflationnistes mais elles étaient ponctuelles. Si elle dure sur trois ans, cela voudra dire une inflation cumulative de 30 %. On ne subit pas une perte du pouvoir d?achat sur une aussi longue période.

● <B>On impute à la roupie forte les difficultés à proposer une compensation salariale adéquate?</B>

En termes de revenus, une roupie forte peut être profitable. Dans l?absolu, les recettes peuvent ne pas être aussi conséquentes. Quant au discours sur la compétitivité, je crois que les Mauriciens sont compétitifs. Il faut relativiser à ce niveau. En fin de compte, des entreprises vont faire des efforts pour la compensation salariale. D?autres auront une marge de man?uvre réduite. C?est vrai que le secteur textile souffre de la roupie forte. Mais je dis qu?il peut accorder une compensation d?autant que l?année dernière lui a été bonne et qu?une compensation aux bas salaires n?est pas exorbitante. Je suis fatigué d?entendre les doléances de ce secteur. S?il y a autant de difficultés, il faut fermer le business ! Or, ils sont toujours là. Ce qui veut dire qu?il y a toujours des opportunités d?affaires.

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