Publicité
Entre la scène et le militantisme
Il ne faut se fier ni au jeune âge d?Aartee Beekarry ? elle n?a que 20 ans -, ni à son air de poupée de porcelaine. Cette jeune fille sait ce qu?elle veut dans la vie et sait même comment gérer son stress qui se manifeste par des migraines répétées. ?Cela m?a pris au premier cycle. C?était causé par le surmenage des examens. J?ai suivi une thérapie. Cela a marché mais à un moment, y en a eu marre des médicaments. La migraine est revenue. C?est une des choses avec lesquelles j?ai appris à vivre?.
Aartee n?a jamais eu la langue dans sa poche. En fait, l?expression orale s?est manifestée très tôt chez cette aînée d?un junior manager de restaurant d?l?hôtel. En effet, la petite Aartee qui vit en famille élargie, s?exprime tellement bien, qu?on la surnomme affectueusement petite pintade et qu?elle est placée en maternelle avant l?âge de deux ans. Classée 240e à l?examen du Certificate of Primary Education, Aartee se fait admettre au collège Maurice Curé. Aimant chanter, Aartee participe au concert organisé dans le cadre de la Journée de la Musique et réalise qu?elle a une voix. A 16 ans, elle participe à l?audition de Saregamapa dont le jury est composé d?artistes indiens. Elle se classe parmi les 22 finalistes locaux et se dit que pour un début, ce n?est pas si mal. Son interprétation de Zara, Zara au concours Sursargam lui vaut d?obtenir le trophée de Best Promising Talent.
Récompense qu?elle n?a pas usurpée car sa participation subséquente au concours de chants Sing a Song et sa victoire dans la catégorie féminine pour l?interprétation de Chupkese, chanson composée par A.R. Rahman, lui donne des ailes. Ses parents qui ne prenaient pas son penchant pour le chant au sérieux, commencent à revoir leur jugement.
Artee enchaîne avec une série de concours de chants européens comme indiens dont le fameux Hum Tum en août dernier. Cette fan des compositions d?A.R. Rahman interprète cette fois en duo avec Nagestra Ramdoo, Yeh Haseen Vaadiyan. Et elle est stupéfaite lorsque le jury les désigne comme meilleurs interprètes. ?C?était pour moi l?apothéose car ce concours est comparable à la Star Academy?. Son amour pour le chant ne l?empêche pas d?étudier.
Comme matières à l?étude en Form VI, Aartee choisit la chimie, l?informatique et les mathématiques. Une combinaison pour le moins étrange. La jeune fille le reconnaît. Elle avait certes la possibilité d?étudier les langues qu?elle aime beaucoup au Queen Elisabeth College qui vient à l?époque d?être transformé en Form VI College. Sachant que tout changement d?environnement peut la déstabiliser, elle décide de rester dans son école et d?opter pour la combinaison des matières susmentionnées. Elle sort première pour Maurice en General Paper.
Lorsqu?elle passe devant le campus du Réduit, elle rêve d?être admise dans cet univers du savoir. En attendant que sa demande d?admission pour suivre le cours de Bachelor in science soit acceptée, elle travaille pendant sept mois comme animatrice de chat pour une compagnie du groupe CIEL.
Elle fait son entrée à l?université le 15 août 2005. Sa première année se déroule calmement. Elle apprécie les modules ayant trait au marketing. ?J?adore le marketing car c?est flexible et créatif. De toutes les façons, je ne suis pas du genre à rester au bureau une journée. Je dois faire quelque chose de nouveau tous les jours?.
A la fin de sa première année, Aartee a les yeux plus ouverts sur les failles de la vie universitaire. ?Lorsqu?on est en première année, tout est encore confus. On ne sait pas trop comment les choses se passent. Par contre, après un an, on commence à voir d?autres réalités?. Elle remarque par exemple qu?il y a un manque de livres à la bibliothèque, que les équipements dans le laboratoire sont désuets, que les menus proposés à la cafétéria ne sont pas suffisamment variés. Au même moment, un de ses cousins qui étudie sur le campus l?approche pour lui signaler qu?il fait partie du Students? Power. Il s?agit d?un groupe d?étudiants aspirant à se faire élire aux élections de l?exécutif du nouveau SU. Aartee est invitée à venir assister à leurs réunions. Elle, qui ne s?est jamais intéressée à la vie politique en général et à la vie syndicale de l?université en particulier, se dit que l?heure est venue pour elle de bouger. Lors d?une réunion, on lui propose de poser sa candidature. Elle hésite et demande un temps de réflexion. Avant de se décider au dernier moment. ?Je pensais aux implications d?un tel engagement et à leur impact sur mes études. Comme jusque-là, il n?y avait pas eu de groupe d?étudiants proposant de vraies activités à leurs semblables et que le Students? Power le faisait et voulait changer les choses, je me suis dit : pourquoi pas??.
?J?adore le marketing car c?est flexible et créatif. De toutes les façons, je ne suis pas du genre à rester au bureau une journée. Je dois faire quelque chose de nouveau tous les jours?.
Aartee découvre l?univers pas toujours rose d?une mini-campagne électorale. Si ses adversaires n?ont pas matière à la critiquer, ils ne trouvent pas mieux que de l?affubler du nom Hum Tum. ?Je n?ai vraiment pas aimé cela mais je n?y pouvais rien?. Loin de la décourager, les coups bas la rendent plus combative. Et quand lors d?une bousculade entre les camps rivaux devant une salle de cours, une étudiante militant pour le Students? Power, a la main coincée dans une porte, Aartee laisse exploser sa colère. ?J?ai demandé à ce que le coupable s?excuse et il l?a fait. Nous aurions pu avoir demandé son expulsion et celle de son parti de la liste électorale mais nous n?avons pas été jusque-là?.
Mais à la surprise générale et de celle d?Artee, elle est élue en tête de liste. Aartee choisit d?agir comme secrétaire au sein du nouvel exécutif. ?D?après notre constitution, après le président, c?est le secrétaire qui a des pouvoirs. Mais bien que l?exécutif comprenne quatre élus du camp adverse, nous avons tous décidé d?être solidaires et de travailler en équipe?.
L?exécutif de la SU se réunit deux fois la semaine. Aartee et ses coéquipiers découvrent la signification du mot bureaucratie. ?Le fee de Rs 250 que les étudiants versent au SU ne va pas dans notre poche mais au département des Finances de l?Université. Donc, cela prend énormément de temps avant de faire approuver un projet et avant que les appels d?offres soient lancés?.
En presque un an, la SU a réussi à faire bon nombre de choses. La direction a approuvé notamment l?achat et l?installation prochaine de cinq fontaines d?eau purifiée, de trois tables de billard et de ventilateurs. ?Ce sont des facilités de base qui n?existaient pas jusqu?ici. Cela peut paraître peu mais il nous a fallu lutter pour obtenir cela. Il est temps que les étudiants comprennent que les procédures prennent un temps fou et que nous n?avons pas de baguette magique pour tout régler en un temps record?.
La SU s?est ouvertement opposée à la direction de l?UOM récemment par rapport à plusieurs décisions prises sans consultations. ?Avant de faire état de décisions comme la dissertation à trois élèves ou des cours dans le Raised Plaza, nous aurions dû avoir été consultés?, s?indigne Aartee. ?Cela m?a tout l?air d?un vice de procédures?. Le tollé soulevé par la SU a permis de faire la direction reculer sur certaines décisions. ?Nous nous battons pour le bien-être des étudiants. La majorité des salles de cours n?ont que 115 places et c?est courant de voir des élèves debout ou assis par terre. Ce n?est pas normal?.
Le vrai problème, déclare Aartee, n?est pas qu?il y ait trop d?élèves et pas suffisamment de places pour les accommoder. ?Il est d?ordre financier. La direction ne veut pas payer des chargés de cours pour qu?ils animent plusieurs classes. Elle préfère grouper tous les étudiants en un seul cours. Et cela au détriment de ces derniers?.
Aartee n?est pas contre l?idée de l?imposition de frais de scolarité. ?A condition toutefois qu?ils soient raisonnables et qu?en contrepartie, les étudiants aient une éducation de qualité. Ce qui n?est pas toujours le cas?. Pour son militantisme, la jeune fille ne craint ni les représailles, ni les menaces. ?Je n?ai peur de rien. Je me bats pour le bien-être des étudiants. Pas pour moi car je n?ai qu?une année à faire mais pour ceux qui viendront après nous.
Lorsqu?on écoute Aartee, elle parle parfois comme une politicienne. La politique l?attire-t-elle ? ?Un parti politique m?a approchée. Je n?ai pas voulu me laisser récupérer. Je l?ai pris comme une plaisanterie?. Mais plus sérieusement? ?La politique pourrait m?intéresser à l?avenir. Mais ce serait le dernier item sur ma liste de priorités. Après ma licence, je veux faire une pause de deux ans et travailler pour avoir de l?expérience. Ensuite, pourquoi pas faire un Masters in Business Administration ? Mais pour l?instant, les études priment. Mais plus que les études, c?est le bien-être des étudiants qui passe avant tout??
Publicité
Publicité
Les plus récents