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Entre fantasmes et réalités

7 octobre 2007, 20:00

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En France, à la Réunion et dans bien d?autres pays, des molosses agressent voire tuent. Immédiatement, les autorités publiques durcissent les lois. Cela illustre surtout un manque de prévoyance. ?Si on ne fait rien maintenant, on se retrouvera dans une situation de mort d?homme dans deux à trois ans?, prévient Del Ghurburrun, président de la Fédération canine centrale, qui s?est engagé à lutter pour une révision de la loi et dans l?octroi de pedigree aux chiens de race. Si ce risque existe aujourd?hui, c?est bien dû à une indifférence généralisée et une inconscience certaine face à la question des chiens de race à Maurice.

En effet, la loi est vieille de 1971. Aucune prévision n?existe pour différencier chiens de race et autres types de chiens. Ni pour réglementer ?l?élevage sauvage? des chiens. Et encore moins pour des dispositions adéquates pour gérer le phénomène des chiens dan-

gereux. Jusqu?ici, le chien a été, pour la majorité des Mauriciens, un animal assurant le gardiennage. Désormais, tout le monde veut un joli toutou, entendons un molosse, pour susciter la peur et éloigner les voleurs. Pourtant les choses ne sont pas aussi simples que cela.

Depuis qu?elle a été mise en place, la Fédération canine centrale ?uvre donc à combler les lacunes. ?Il est important aujourd?hui de donner une identité à nos chiens. Valeur du jour, les chiens de race à Maurice sont des chiens sans papier. Cela posera problème lorsqu?on sera confronté à la question des chiens dangereux?, insiste Del Ghurburrun. C?est ainsi que la fédération a, en avril dernier, délivré, pour la première fois à Maurice, des pedigree aux chiens de race. Pour cela, il a fallu faire venir des juges de l?étranger car nous ne disposons pas de juges dans le pays. Ils ont été nombreux à se rendre à cet exercice. Ce qui prouve que la population des chiens de race est en hausse. Mais l?important, c?est aussi de savoir que les responsabilités également s?accroissent.

?On est davantage conscient du bien-être animal à présent. Il importe toutefois de savoir également que l?éducation du chien relève de la responsabilité du maître. On ne prend pas un saint-bernard pour l?enfermer sur une terrasse comme j?ai pu l?apercevoir?, confie le Dr Lewis Prayag, Chief Agricultural Officer au ministère de l?Agro-industrie et de la Pêche.

La principale préoccupation aujourd?hui est de rationnaliser la fascination des molosses. A ce chapitre, nos interlocuteurs sont unanimes. Il y a une grande méconnaissance de la psychologie des molosses à Maurice. ?Tout le monde veut un molosse (gros chien de garde) sans savoir comment le contrôler?, témoigne le Dr Lewis Prayag. ?Un gros chien dans sa cour est le symbole de réussite sociale et professionnelle. On achète aussi un chien pour faire joli dans sa cour. Mais c?est comme si on achetait une scie électrique sans le manuel d?utilisation? Or chaque race a été créée pour des raisons spécifiques?, précise Del Ghurburrun. ?On veut le plus beau chien, mieux dressé pour attaquer. Mais c?est un peu comme une Ferrari qu?on sait démarrer mais avec laquelle on n?arrive pas à freiner au moment où l?accident peut se produire. C?est celui qui est derrière la laisse qui est le maître. Autrement, c?est l?humain qui rend le chien féroce?, enchaîne, en ce sens, F. Michel Sauzier qui a été engagé depuis plus d?une cinquantaine d?années auprès des chiens et qui est Farm Manager à Sadia.

Respect de l?animal

Désormais, la priorité est d?éduquer les gens. Chaque passionné de chiens plaide en ce sens. Et chacun, à sa façon, tente d?inculquer une nouvelle culture aux maîtres des chiens. ?Nous offrons des renseignements gratuits sur la race qui convient. Nous sensibilisons à l?absence d?éthique au niveau de l?élevage et dénonçons le problème de consanguinité. On est déjà dans une situation potentiellement dangereuse. La contribution des médias serait une bonne chose dans cet exercice de sensibilisation. Avec quelque 150 000 chiens de race, on doit parvenir rapidement à rendre chacun pleinement conscient de ses devoirs?, fait ressortir Del Ghurburrun.

Aujourd?hui le ?craze? concerne le rottweiller. Mais, en même temps, depuis que des drames ont eu lieu à l?étranger impliquant cette race, des craintes surgissent. Or, il y a des fantasmes qu?on prend pour des réalités. ?On a aujourd?hui l?american staff qui est une version légale du pit-bull, race dangereuse interdite à Maurice, et qui est un petit chien pouvant vivre en appartement. Or l?american staff est plus dangereux que le rottweiller. C?est tout dire de la menace qui nous guette?, explique Del Ghurburrun. En l?absence d?information, beaucoup de jeunes propriétaires de chiens s?exposent à des situations dangereuses. ?Le moins c?est de savoir à quoi s?en tenir avec le chien qu?on possède?, souligne cet interlocuteur.

?Je suis arrivé à la conclusion que le monde moderne n?a pas suffisamment de temps pour les chiens. De surcroît, on commet toutes sortes d?excès. On enlève le chiot de sa mère prématurément. Il n?aura pas eu non plus suffisamment de soin de son maître avant d?être adopté par le nouveau maître. Une fois dans sa nouvelle demeure, ce n?est pas toujours qu?on lui donne l?affection et la chaleur humaine dont il a besoin. Ou encore, on tente de dresser un chien avant qu?il ne soit prêt?, rappelle F. Michel Sauzier. Ce dernier maintient que tout éventuel maître de chien doit posséder une connaissance minimale de la psychologie canine avant de prendre un chien. Car le caractère du chien est déterminé par le traitement qu?il reçoit. Il ne sert à rien de pavaner avec un gros molosse si on ne voit en celui-ci qu?un objet à faire peur. ?Le chien garde automatiquement son maître. C?est au maître d?apprendre à le traiter. Le chien ressent ce que le maître veut communiquer. L?inverse n?est pas toujours vrai?, conclut F. Michel Sauzier.

A un moment où on assiste à une instrumentalisation vulgaire des chiens alors que ceux-ci possèdent une psychologie complexe et diversifiée, il devient évident que le respect est encore à aprendre à l?égard de cette race noble.

QUESTIONS À? sHASTI sHANTO, PRÉSIDENT DE LA mAURITIUS sOCIETY FOR THE pREVENTION OF cRUELTY TO aNIMALS (mspca)

?Il n?y a pas de mauvais chiens mais de mauvais maîtres?

Qu?est-ce qui existe au niveau de la législation pour contrer le phénomène des chiens dangereux ?

Il n?y a rien au niveau de la loi. Tout ce qui relève du ramassage, de la maltraitance, de l?élevage, des amendes? tombent sous le MSPCA Act de 1971. Lorsqu?on reçoit une plainte, on se limite à communiquer à la police l?identité du maître du chien. C?est tout. Lorsque des propriétaires nous ramènent des chiens dangereux, pour notre part, nous étudions s?il faut faire dormir (faire subir une euthanasie selon une méthode douce) le chien ou non. Mais tout est aléatoire. On a ainsi eu le cas d?un berger allemand réputé agressif, que le maître nous avait laissé, et qui a été adopté par quelqu?un d?autre qui trouve que c?est le chien le plus doux qu?il ait connu. C?est dire que tout se trouve dans la manière de traiter le chien.

Faudrait-il durcir la législation avant que la situation n?empire ?

Dans certains pays comme la France, la loi a été modifiée pour prendre en compte le phénomène des chiens dangereux. Mais les études ont démontré que, par rapport à la population canine française, seulement 2% des chiens sont concernés. Il y a la réalité et les représentations. Le phénomène de morsure par chiens est général, mais lorsque c?est un molosse qui mord quelqu?un, le cas prend davantage d?ampleur que si la morsure était provoquée par un autre type de chiens.

Serait-ce à dire que les chiens de race sont logés à la même enseigne que les bâtards et les roquets ?

Aujourd?hui, les chiens de race relèvent d?un effet de mode. Il est, en effet, important d?installer des pratiques de délivrance de pedigree. C?est la meilleure façon de savoir à quel type de chien on a affaire. Cela veut dire qu?on est plus à même de contrôler, d?élever et d?interagir avec un chien. La classification des chiens est très importante. Je m?inquiète lorsque je vois des rottweillers ou n?importe quel type de chiens traîner les rues. Nous avons proposé aux autorités qu?il faut amender les lois pour parvenir à une classification des chiens. Il faut ainsi savoir que dans certains pays pour posséder un type de chiens, il faut que le maître ait plus de 18 ans ou alors qu?en promenade le chien doit être muselé. Ou encore que des chiens subissent des tests de sociabilité avant d?être adoptés. La classification permet d?identifier les chiens qui ont des papiers et ceux qui n?en ont pas. C?est plus approprié pour résoudre des situations éventuellement conflictuelles.

Faut-il donc prendre des dispositions radicales ?

Certainement pas. Il faut initier des lois adéquates sans basculer dans des extrêmes. En même temps, il faut savoir qu?on n?est pas loin d?une agression car le nombre de chiens potentiellement dangereux a augmenté. En l?absence d?une réglementation claire, nous aurons aussi à faire face à la question des croisements des races qui impliquent qu?on ne saura plus à quel type de réaction avoir en face d?un chien. Car chaque race a un corpus de comportement. Il est aussi important de revoir la loi pour réglementer les éleveurs et autres mafia et trafiquant qui s?installent sur ce marché.

Ce dernier phénomène est effectivement répandu. Comment le contrecarrer ?

Il y a des gens qui font venir des chiens et qui font de l?élevage en masse sans finalement respecter le pedigree, seulement pour se faire de l?argent. Nous octroyons un permis d?élevage mais il y a beaucoup de personnes qui le font clandestinement. C?est aux potentiels propriétaires, en attendant une législation plus sévère, de savoir faire le choix.

Il ressort clairement que la responsabilité des maîtres est sérieusement engagée?

On a aujourd?hui une population canine de quelque 300 000 chiens dont quelque 50 000 de race qui sont enregistrés. Il faut savoir qu?il y a bien plus que ces 50 000. Il est donc important de sensibiliser les gens. Souvent on a envie de prendre un chien. Encore faut-il savoir quel type de chien prendre. Aujourd?hui, il y a une propension à prendre des chiens agressifs. Or, une fois le chien devenu adulte et éventuellement incontrôlable, on veut s?en débarasser. C?est parce qu?au moment de l?adoption, on n?a pas fait le bon choix. Heureusement que de plus en plus les Mauriciens comprennent que les chiens ont besoin d?amour. On s?éloigne du traitement du chien attaché toute la journée dans une cour et dont la fonction était d?aboyer pour prévenir de l?arrivée des étrangers. On voit la différence avec le nombre croissant de vétérinaires, de toiletteurs, des produits disponibles destinés aux chiens sur les rayons des hypermarchés? On prend conscience qu?un animal est un être à part entière et pas seulement un gardien.

CHIENS ERRANTS

L?éternel problème

Avec l?accentuation du phénomène des chiens hybrides, le nombre grandissant des chiens bâtards et des roquets, le problème des chiens errants continue à hanter les autorités. Certes les lois existent, mais peu de gens en tiennent compte. Pourtant cela cause, outre de la nuisance publique, une prolifération incontrôlée. La solution n?est pas le seul ramassage des chiens. La véritable solution est la stérilisation. Aujourd?hui, il importe de mener des campagnes régionales du fait que les propriétaires des chiens n?ont souvent, ni le temps ni les moyens pour se déplacer afin de faire stériliser leurs chiens. Ainsi au ministère de l?Agro-industrie et de la Pêche, cinq centres régionaux ont été créés et une caravane mobile remplissent ce rôle. Mais c?est toujours insuffisant.

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