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Ennemi commun
Après une première réaction quelque peu brutale et bâclée du ministredu Travail après réception de la missive du Bureau international du travail (BIT), il est rassurant de prendre note des « discussions franches » entre les représentants du gouvernement et ceux des travailleurs. Sage décision face à une situation sociale fragilisée par les augmentations qui pleuvent partout à travers l?île.
Ces dernières années, campées sur des positions idéologiques diamétralement opposées, il y a eu une longue coupure entre les dirigeants politiques et les centrales syndicales. Peu importe le pouvoir en place, il y a eu cette constante depuis longtemps déjà : les amitiés opportunistes tissées sur l?asphalte de la revendication entre politiciens et syndicalistes s?érodent vite devant les dures réalités économiques auxquelles sont immédiatement confrontés ceux qui se retrouvent, de la rue, au Conseil des ministres.
S?ensuit alors un vrai dialogue de sourds entre ministres et syndicalistes. Fondamen-talement, au-delà des idéologies et des clans, c?est une différence de perspectives. Les partenaires sociaux décrivent chacun des facettes différentes d?un grave problème global : l?inflation.
Avec l?instabilité des marchés financiers, et la crise alimentaire qui se développe, il y a de réelles menaces sur la stabilité sociale à travers le monde. Et Maurice n?y échappe pas. D?où l?importance de rétablir les liens entre les partenaires de l?État pour tenter une approche concertée contre les déséquilibres provoqués par le ralentissement économique mondial, le changement climatique ou encore les inégalités de revenus.
« On sous-estime la valeur des mécanismes de dialogue social et de discussion tripartite sur lesquels le système multilatéral devrait s?appuyer pour élaborer des politiques aptes à relancer durablement l?économie », a alerté, cette semaine, Juan Somavia, directeur du BIT, dans une note officielle au FMI et à la Banque mondiale, en marge du sommet conjoint qui s?est tenu le week-end dernier à Washington.
Se basant sur les prévisions du FMI qui annoncent pour 2008 et 2009 une croissance mondiale de 3,7 % ? avec un risque croissant de voir le chiffre réel s?inscrire en dessous de 3 %, ce qui équivaudrait à une récession mondiale ?, le BIT affirme que la stabilité et le progrès dans le monde du travail sont menacés par les « déboires » du monde de la finance. « L?ampleur de la restructuration financière en cours et la sévérité du resserrement du crédit font de cette crise financière la plus grave peut-être jamais enregistrée depuis 1945. »
Et on n?est qu?au début du ralentissement? C?est pourquoi il importe de trouver un meilleur équilibre entre la voix démocratique de la société, la dynamique productive du marché, et la fonction régulatrice de l?État.
Si l?inflation demeure la raison principale de nombre de revendications, la question des bénéfices des entreprises est de plus en plus soulevée. En Europe, la grève de Dacia-Renault est riche en enseignements. Entre les syndicats de Dacia qui, se basant sur les bénéfices de la maison-mère (Re-nault), réclament une hausse mensuelle d?environ 64 %, et le refus de la direction qui propose 19 % de croissance salariale (soit trois fois le taux d?inflation), il y a un choc de logiques. Renault estime que son offre est tout à fait raisonnable, compte tenu de l?inflation attendue et des investissements ayant permis de réaliser cette performance. Les travailleurs roumains du constructeur français n?en démordent pas : « On veut une augmentation en conformité avec les prix en Rou-manie, car les prix sont européens mais pas les salariés. » Si hier Renault avait trouvé le bon filon dans une petite ville roumaine, aujourd?hui elle est dans l?impasse de la mondialisation?
L?inflation dope les syndicats, coince les gouvernements et frappe tout le monde. Elle est l?ennemi commun. Qu?elle soit importée ou domestique, elle bondit un peu partout : plus de 8 % en Chine et en Inde, plus de 5 % dans l?ensemble de l?Asie (un record depuis dix ans), et plus de 3,4 % dans les pays de l?Organisation de coopération et de développement économique.
Ainsi, si les causes du ralentissement économique sont connues, les remèdes à y apporter doivent être débattus en profondeur. Partager des bons de nourriture ou de l?argent à gauche et à droite, dans l?urgence, c?est la pagaille assurée. Discuter et repenser les revenus locaux en fonction de la conjoncture, arriver enfin à un seuil de pauvreté, se prémunir contre la crise alimentaire? tout un programme national. Comme en temps de cyclone, la solidarité mauricienne est aujourd?hui urgente. L?ennemi est de taille et tenace.
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