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Energie : il faut agir !

5 novembre 2007, 20:00

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Le diagnostic de Patrick Assirvaden dans l?interview qu?il a donnée à l?express et publiée dans l?édition du mardi 30 octobre 2007est juste à plus d?un titre.

Il faut lui reconnaître le mérite d?admettre ce qui est plus qu?une vérité qui dérange.

Il confirme par les affirmations suivantes ce que nous ne cessons de hurler sur tous les toits: ?Cela fait 20 ans que nous aurions dû avoir diversifié notre bouquet énergétique? ; ?La politique énergétique du pays de ces dix dernières années n?a pas été claire? ; ?La CTDS n?aurait pas dû fonctionner uniquement avec du charbon? ; ?L?Outline of Energy Policy et la MAAS doivent être agencées pour répondre aux exigences de la population? ; ?L?éolienne est l?alternative la plus plausible?; ?? il faut une volonté du gouvernement?(sic) ? les fonds nécessaires pour démarrer un projet d?énergies renouvelables?.

Et en somme, ?nous devons revoir notre stratégie énergétique?.

● <B>Quels remèdes ? </B>

Toutefois, les remèdes qui nous sont proposés semblent être incohérents, sinon insuffisants, à la lumière du diagnostic prononcé.

A défaut d?une vision globale de notre avenir énergétique, d?un leadership qui fait consensus, d?un engagement généreux de tout le monde et d?un programme d?action urgent, le pire risque de nous attendre un peu plus loin.

Dans le long terme, il faut une véritable révolution énergétique. Cela ne peut aboutir sans une politique de ?putting energy first?. Dès maintenant, il faut reconnaître, concrètement, la gestion de l?énergie comme un outil essentiel à tout projet.

● <B>Bagasse</B>

Nous utilisons chaque gramme de bagasse disponible. Et c?est vrai !

La vraie question est, toutefois, ailleurs. Quelle sera la situation dans 20, voire 50 ans ?

Durant les deux dernières années, l?utilisation de la bagasse a diminué. La MAAS prévoyait 600 GWh à partir de la bagasse en 2015, avec l?Outline Policy visant 464 GWh en 2013. Autant pour les six ou huit prochaines années? notre avenir énergétique demeurant l?otage, pour le moment, des tergiversations de la réforme sucrière!

Ce qui est dommage c?est que notre incapacité de voir au-delà des ?vested interests? immédiats de chacune des parties concernées, nous rend insensible à la réalité qui nous attend plus loin, au-delà de 2025. Et aux opportunités qui existent !

La canne à énergie, ou ?energy cane?, combinée avec la technologie de gazéification peut nous fournir la totalité de notre électricité. Pour y arriver, il faut impérativement, dès aujourd?hui, prendre la bonne route. Brûler plus de bagasse durant les prochaines années. Etablir la carte des zones à être réservées à la culture de la canne à énergie. Donner à la recherche sur la gazéification un budget et un encadrement comparable à ce dont les entreprises ou les pays industrialisés dotent leurs secteurs stratégiques.

Si la MAAS ne peut ?put energy first?, elle ne doit pas en faire un élément secondaire dans la forme ou dans le fond.

● <B>Charbon</B>

L?attrait de la canne à énergie est qu?elle peut pousser sur dix mois, donc rendre minime la période de l?entrecoupe où le charbon devient indispensable. Les progrès technologiques et la pression internationale institutionnalisée feront de la gazéification du charbon et de la séquestration du CO2 des pratiques courantes, sinon plus abordables, dans un proche avenir. De la vraie clean coal technology, et non du bricolage pour nous faire avaler ce qui peut être ?the dirtiest fuel?!

A ceux qui avancent que le charbon est bon marché, il est bon de rappeler que le prix a augmenté de 30 % durant la dernière année. Sans compter les ?hidden costs? comme ceux liés au transport et les embouteillages engendrés. Ou encore aux déchets sous forme de cendres ou à la pollution locale à base de soufre.

Ce n?est pas exact d?affirmer que le charbon remplacera l?huile lourde dans le contexte local. Au fait, à partir de 2013, selon l?Outline Policy, la part du charbon diminue continuellement alors que celle de l?huile lourde reste inchangée à 20 %.

Si la Centrale thermique du Sud (CTDS) était une bourde, doit-on en faire une répétition avec le projet de Pointe-aux-Caves? Le CEB préfère que ce sale boulot qui rapporte gros lui revienne, au lieu de se faire éplucher, encore, par le privé. Quitte à inclure dans l?Outline Policy une proposition fondée sur ?insufficient data provided by the promoters?.

Toutefois, il n?y a pas de centrale à charbon à Pointe-aux-Caves sans? le secteur privé. Un autre privé est choisi par ?unsollicited bid? au détriment de la proposition des sucriers, jugée trop gourmande. Tant pis pour le re-engineering du secteur canne?

● <B>Public vs privé</B>

L?Outline Policy ne fait pas de cadeaux au secteur sucrier et parle, ouvertement, de ?apportionment of investment?, de ?subsidy from CEB? et de ?bagasse-coal becoming coal-only?. Le ton est donné pour tout faire pour arrêter ?l?injustice? ou ?l?aberration? dont est victime le CEB, et donc, le petit peuple. Il faudra renégocier certaines clauses des contrats signés avec le privé.

D?un point de vue légal, c?est un défi. Mais en fin de compte, il n?y a qu?une seule chose qui compte : peut-on garantir aux consommateurs un remboursement, une baisse ou même aucune hausse du prix de l?électricité ? Les autorités se gardent bien de nous en donner l?assurance.

Il faut reconnaître que les profits mirobolants de la Centrale thermique de Belle-Vue (CTBV), par exemple, résultent aussi d?une gestion efficace. Juste une quarantaine d?employés pour une installation qui roule 24/24 et 7/7. Professionnalisme et maîtrise de la technologie dont pourront témoigner de nombreux visiteurs de marque, souvent des invités du gouvernement en quête de découvrir l?île Maurice moderne.

● <B> ?Coal tax? </B>

Excluant les autres possibilités que sont la nationalisation ou la rupture unilatérale des contrats de la part du CEB, la solution que nous proposons est une taxe sur le charbon. Celle-ci doit être conçue de manière à frapper uniquement l?utilisation du charbon, sans être transmise aux consommateurs. Par exemple, l?imposant sur les profits des compagnies qui utilisent du charbon, que ce soit dans les centrales de cogénération, les usines ou même à Pointe-aux-Caves.

Ainsi nous atteindrons trois objectifs :

Promouvoir l?utilisation de la bagasse et d?autres sources d?énergie renouvelables au détriment du charbon.

Récupérer les manques à gagner liés aux contrats défavorables au CEB et aux consommateurs.

Diminuer et compenser les méfaits du charbon comme les problèmes de transport ou de pollutions locale et globale.

● <B>Approche holistique</B>

Notre analyse serait incomplète si nous nous arrêtions ici.

Nous ne pouvons persister à traiter la question énergétique de manière fragmentaire. Il faut y intégrer la question du transport qui représente la moitié de notre demande. Et se dire aussi que le transport n?est pas une fin en soi. C?est la mobilité qui est l?enjeu fondamental. Une approche holistique est essentielle, incluant l?aménagement du territoire, la promotion des renouvelables, l?efficacité énergétique ou encore la promotion d?un mode de vie plus consciencieux de l?environnement.

Tout comme il faut casser un paradigme qui nous impose de chercher notre énergie de manière primitive. Du sol ou de la forêt ! Alors que nous sommes sur une île ensoleillée, connue pour sa culture de la canne, entourée d?océan.

● <B> Ethanol</B>

La canne à énergie donnera moins de sucre, mais sera une source riche d?éthanol. Il faudra y penser dans le cadre du re-engineering de notre secteur canne.

Puisque le futur se construit maintenant, nous proposons, également comme solution immédiate, que les autorités et Alcodis se mettent d?accord sur la fourniture d?éthanol déshydraté sur le marché local d?ici mi-2008, comme semble proposer l?Outline Policy. Ou si la référence est au biodiesel, là aussi il y a urgence. Avec la montée du brut vers la barre des USD 100, il faut agir pour introduire les biocarburants au plus vite !

Un accord avec Alcodis, ou avec d?autres fournisseurs de biocarburants, n?empêche nullement l?élaboration d?un deal plus vaste avec le secteur sucrier. Tout est possible lorsqu?il y a une confiance mutuelle. En sachant que le but ultime sera de concevoir un système de transport de masse roulant à l?électricité, générée surtout à partir de la bagasse.

Tout comme il faudra aussi revoir avec la MRPL de l?Inde l?accord existant sur la fourniture de carburants. Nous persistons à croire que la qualité des produits, particulièrement le diesel, doit être améliorée. Les véhicules fumigènes sont une honte pour l?île Maurice moderne.

Comment est-ce que le consommateur a bénéficié des Rs 350 millions par an, ?économie? qu?on associe au contrat indien ? Plus de transparence est aussi requise au niveau de l?Automatic Pricing Mechanism, surtout avec l?avènement des biocarburants.

● <B>Eolienne</B>

Nous sommes parfaitement d?accord que ?s?il y a une volonté politique, avant 2010, la ferme d?éoliennes à Bigara sera une réalité?.

Suzlon est peut-être un partenaire idéal, étant le quatrième plus grand fabriquant de cette technologie au monde. Si l?Outline Policy comprend le volet éolien, le document du CEB qui l?accompagne n?en fait toutefois pas mention. Pourtant, le rapport Batelle établissait déjà le potentiel éolien de Bigara dès 1986.

Il est temps d?agir vite, mais de manière transparente ! L?éolienne a un track-record plus crédible que la dimension énergétique du land-based oceanic industry si chère au ministre des Finances ! Le prochain budget doit en faire une priorité absolue !

● <B> ?Waste-to-energy? </B>

A un colloque mondial tenu à Davos, un spécialiste en la matière résumait de manière succincte le débat sur la production d?énergie à partir des déchets : ?It?s about political correctness, not about technology !?

Les autorités auront à trancher, mais il faut faire ressortir que l?Outline Policy y est favorable, prévoyant même, peut-on déduire, plus d?une unité pour atteindre possiblement jusqu?à 6 % de la production électrique en 2025.

Il est de notre conviction que si ce n?est pas à Gamma Coventa maintenant, ce sera, plus tard, à quelqu?un d?autre d?aller de l?avant avec ce projet lorsqu?il y aura ce ?political correctness?. Il demeure qu?il faudra toujours assurer de manière indépendante le monitoring de l?installation selon les normes les plus exigeantes.

«Peut-on garantir aux consommateurs un remboursement, une baisse ou même aucune hausse du prix de l?électricité ? Les autorités se gardent bien de nous en donner l?assurance.?

Le potentiel énergétique est là et il faudra l?exploiter. L?indécision ne fait que rendre flou notre avenir énergétique. C?est oui, c?est non ou c?est remis à plus tard comme le moratoire que se donnent certains pays. Il faut trancher !

Le biogaz souffre de moins de contestation et est disponible à différentes échelles. Il faut en promouvoir l?usage. Avec les progrès à venir, nous devons nous attendre à l?horizon 2050 à la production massive d?énergie à partir du biogaz, des eaux usées et de multiples formes de biomasse.

● <B>Solaire</B>

Pour revenir au présent, s?il existe une aberration, c?est le sort que nous réservons au solaire. Il n?y a que 4 % de foyers équipés de solaires thermiques.

La subvention gouvernementale sur le gaz ménager est nécessaire, mais elle est disproportionnée et insoutenable. Nous estimons que si rien n?est fait les autorités devront débourser jusqu?à Rs 1 milliard annuellement à partir de 2008.

Comme mesure immédiate, il faudra réorienter en partie cette subvention vers la promotion de chauffe-eau solaires. Toute nouvelle construction ne sera approuvée par les autorités locales que si provision est faite pour le solaire thermique. Les infrastructures publiques devront elles être pourvues d?un minimum d?unités photovoltaïques.

L?Outline Policy prévoit 10 % de notre électricité en 2025 à partir du solaire. Et cela uniquement disponible pendant le jour et aucunement pendant les heures de pointe. Il faut comprendre que ce projet énergétique, en terme de capacité installée, sera d?une envergure dépassant tout ce qu?on a vu jusqu?ici à Maurice.

Y-a-t-on réfléchi sérieusement? Si oui, il faut s?y atteler au plus vite. Si non, il faut rigoureusement penser à des alternatives, sinon nous risquons d?augmenter notre dépendance en énergie fossile.

● <B>Efficacité énergétique</B>

Il ne suffit pas de dire que la campagne d?économie d?énergie est ?ongoing?. Il faut un monitoring continuel avec des bilans réguliers sur ce qui marche et ce qui ne marche pas.

Les données disponibles montrent que rien n?affecte le comportement des consommateurs comme une hausse des prix. Tout de suite après, il y a une utilisation plus judicieuse de l?énergie, mais ensuite les vieilles habitudes reviennent.

Il faut immédiatement revoir la structure des tarifs du CEB afin d?inciter les consommateurs à se tourner vers l?efficacité énergétique. Il faudra introduire le Time-of-Use Tariff partout. La climatisation est un créneau qui est en pleine expansion, mais il faut la réglementer en introduisant des normes.

?Le potentiel énergétique est là et il faudra l?exploiter. L?indécision ne fait que rendre flou notre avenir énergétique.?

Cela va de pair avec une sensibilisation continue, mais aussi avec des stratégies innovatrices. Par exemple, l?électrification des infrastructures publiques, y compris les routes, doit être rigoureusement gérée par le CEB, et non les autorités régionales ou les ministères. En attendant l?Energy Efficiency Bill à mi-2008, il faut faire en amont un travail de communication, comme durant la période des achats de fin d?année, auprès des importateurs d?appareils, des revendeurs, des ménagères et des consommateurs. Il faut aussi un programme ciblant l?industrie, les hôtels et les commerces impliquant les étudiants de l?université, par exemple, dans la conduite d?energy audits.

● <B>Conclusion</B>

Notre avenir énergétique se construit maintenant, non seulement celui de la canne. A l?heure du re-engineering de ce dernier secteur, il faut éviter de nous limiter à nos ?vested interests? immédiats que chacun fait de son mieux pour protéger des autres.

Le changement climatique comme la montée du prix de l?or noir ne fait que nous rappeler qu?il faut voir plus grand et plus loin.

Lorsqu?une veuve dépense un cinquième de sa pension sur l?énergie, quand le prix de l?oignon augmente de 20 % parce qu?il faut le réfrigérer ou lorsque la pollution mène à une multiplication des cas de cancer, il faut comprendre que notre gestion de l?énergie est un échec.

Il ne suffit pas d?établir un excellent diagnostic. Il faut, sans tarder, prescrire les remèdes appropriés et justes. Et, dans bien de cas, il faudra avaler la pilule.

Qu?attend-on ? Après la mort, la tisane?

<B>Par Khalil ELAHEE</B> M.A. (Cantab) Phd, université de Maurice

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