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Encourager les énergies renouvelables

15 mars 2008, 00:00

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Tendance mondiale : les énergies renouvelables ont le vent en poupe. Simple effet de mode sur fond de conscience écologique politiquement correcte ? Non. L?enjeu énergétique se double de considérations économiques très nettes. Le prix du baril de pétrole brut a franchi la barre des US$ 110. Le prix de la tonne de charbon prend également l?ascenseur.

Pour faire simple, le dollar perd de sa valeur si bien que les investisseurs se replient sur les matières premières. Par ailleurs, l?Organisation des pays exportateurs de pétrole s?entête à ne pas ouvrir plus les vannes de production d?or noir. La spéculation fragilise la situation énergétique des petits Etats comme Maurice dont la facture s?alourdit.

Dans un rapport de Kantor Consultants ? Energy Policy for the Republic of Mauritius ? commandé par le gouvernement et financé par l?Union européenne (UE) et le Nouveau partenariat pour le développement économique de l?Afrique, il apparaît clairement que «pour Maurice, qui n? pas de réserves stratégiques de produits pétroliers, la seule option a été de payer à des prix supérieurs les produits pétroliers». C?est bien l?option des énergies renouvelables qui doit être prise. L?Agence internationale de l?énergie prévoit une augmentation de la demande mondiale de 55 % entre 2005 et 2030, tirée principalement par la forte demande des économies indienne et chinoise. L?offre ne pourra répondre à une telle pression de la demande. Les stocks sont épuisables. Les cours mondiaux devraient donc augmenter davantage. Maurice se retrouvera dans une situation handicapante.

Necessite d?une volonte politique

C?est au gouvernement d?agir. La politique énergétique doit être revue pour réduire la facture énergétique. Dans ce sens, le rapport épingle le manque de transparence de la State Trading Corporation qui a le monopole de la fourniture des combustibles fossiles. Il recommande donc que les sources d?approvisionnement soient diversifiées ce qui réduirait une partie des coûts par la concurrence.

Mais plus important, est le pari des énergies renouvelables. Une partie de l?électricité vient déjà de la bagasse, environ 15 %. L?industrie sucrière a une carte à jouer et la volonté politique est essentielle. Les investissements nécessaires sont lourds.

«L?étendue des possibilités de diversification et d?alternatives aux combustibles fossiles à travers des énergies renouvelables est considérable, dans le transport (éthanol), l?électricité (vent, bagasse, photovoltaïque), et le chauffage d?eau (solaire). Maurice a un potentiel considérable mais négligé pour une utilisation efficace de ces énergies et pour un changement des comportements afin de réduire la demande énergétique globale», peut-on lire dans le rapport. Joël de Rosnay, il y a quelques mois, plaidait pour une plus grande utilisation des sources d?énergie renouvelable. Selon lui, Maurice bénéficie d?avantages considérables. L?ensemble des énergies renouvelables peut être développé : éolienne, photovoltaïque, biomasse, vagues?

Le ministre des Services publics, Abu Kasenally, a participé cette semaine à la Washington Renewable Energy Conference. Il y a plaidé la cause des petits Etats insulaires en développement (PEID). Leurs économies réduites nécessitent l?aide des bailleurs de fonds internationaux et de la coopération pour lancer les énergies renouvelables. «Un nouveau type de partenariat doit être mis en place pour rendre les énergies renouvelables et le rendement énergétique lié, financièrement attractifs. Selon moi, le Clean Development Mechanism est trop complexe et le procédé coûteux pour que les PEID puissent véritablement en bénéficier» a-t-il déclaré à Washington.

Le rapport de Kantor estime que «le coût des technologies des énergies renouvelables devrait diminuer sur le moyen et le long terme». Elles devraient devenir moins contraignantes en termes de coûts mais aussi de productivité en phase avec les avancées technologiques. D?ici 2025, si des engagements concrets sont pris en faveur de l?énergie éolienne, elle pourrait fournir 10 % des besoins en électricité.

Pour l?énergie photovoltaïque, l?État peut montrer l?exemple. L?éclairage public, comme au jardin de la Compagnie, mais également la fourniture partielle des bâtiments de l?État, pourraient tirer leur source de panneaux solaires. Les consommateurs peuvent déjà investir dans des panneaux solaires, notamment pour l?eau chaude. Le coût initial est élevé, surtout pour alimenter une partie du réseau électrique domestique. D?ici une dizaine d?années, les énergies renouvelables devraient se faire une bonne place dans la production énergétique.

Le défi énergétique est global. La dépendance est un handicap majeur. Le facteur coût est la principale limite. La volonté politique en est une autre si elle ne se contente que de v?ux pieux. Mais les autorités ont conscience de l?enjeu. Les partenaires, à l?instar de l?UE, sont prêts à soutenir une refonte du système de production énergétique. Les énergies renouvelables présentent de nombreux avantages qui les rendent attractives : sources intarissables et plus particulièrement un impact environnemental pour le moins limité.

Questions à?

<B>Khalil Elahee, coauteur du manifeste «Pour une île durable»</B>

■ <B>Maurice est-elle prête pour relever le défi énergétique ? N?est-ce pas déjà trop tard ?</B>

À US$ 110 le baril de pétrole, nous sommes obligés d?agir. Presque 80 % de notre électricité provient de l?importation d?énergies fossiles et notre transport aussi en dépend. Maurice est un petit État insulaire avec un écosystème fragile, mais pourvu de ressources naturelles ? soleil, vent, océan ou bagasse. Nous n?avons pas d?autre choix que d?aller vers ces énergies durables. On aurait dû agir plus tôt, mais on peut rattraper le retard. Il y a des acquis comme la bagasse que nous utilisons à plus de 15 % pour la production électrique. Ce n?est pas une contrainte, mais une force. Il faut s?engager à fond car nous n?avons pas d?autre choix.

■ <B>Quelles sont les énergies renouvelables les plus susceptibles d?être développées ? </B>

La bagasse donne 400 gigawatts heure (GWh) d?électricité par an. Avec la centralisation et l?utilisation du trash (feuilles et têtes de cannes), on peut utiliser la biomasse cannière plus efficacement, soit 950 GWh avec la même quantité de cannes. Plus tard, avec de nouvelles variétés de canne et la gazéification, le potentiel est de 2 000 GWh, voire plus. On peut développer l?éolien et produire plus de 6 % de notre électricité. Dans dix ou 20 ans, les photovoltaïques seront plus abordables. Avec le bio gaz, les déchets ou l?hydro, nous espérons arriver à 20 % de notre électricité à partir du renouvelable, hormis la bagasse. Pour le transport, l?éthanol ou le biodiésel peut contribuer de 10 à 20 % pour remplacer l?essence et le diesel. Ce doit être notre vision pour les 20 prochaines années, mais il faut démarrer vite.

■ <B>Que pensez-vous d?une «taxe verte» sur les combustibles fossiles pour financer les énergies renouvelables ?</B>

Je défendais déjà cette idée dans ma thèse doctorale en l?an 2000. J?ai proposé récemment d?imposer tous les projets au charbon, par exemple. Cela apportera un équilibre sur les profits tant décriés de certains producteurs d?énergie. Il faudrait étendre cette energy tax aux produits et appareils énergivores, comme des climatiseurs ou ampoules incandescentes. Quitte à réduire les taxes sur d?autres produits pour ne pas provoquer une inflation et pénaliser les consommateurs. Il faut influer sur leurs choix avec les énergies propres et l?efficacité énergétique.

■ <B>Peut-on stabiliser notre consommation d?énergie ? </B>

Aujourd?hui la croissance de la demande électrique dépasse 5 %, ce qui est énorme. Nos importations en produits pétroliers, sauf l?essence, augmentent aussi. Si rien n?est fait, il faudra plus de 6 000 GWh dans 20 ans contre 2 000 GWh actuellement. Il faut gérer la demande. Comment ? Je pense que l?idée d?un Energy Management Office ou d?une Sustainable Energy Agency est excellente. Le gaz ménager, le GPL est trop subventionné. Il faut réorienter ce soutien en subventionnant les chauffe-eau solaires. Il faut décourager l?importation de grosses cylindrées et encourager le transport de masse.

■ <B>Quelles sont les limites des énergies renouvelables ? </B>

Les énergies renouvelables intermittentes comme le solaire, l?éolien, l?hydro ou de l?océan ne satisferont jamais le gros de nos besoins. Elles ne peuvent qu?être un bonus à une politique axée sur l?efficacité énergétique et, dans notre cas, la biomasse cannière. Pour des raisons techniques, pendant au moins 20 ans, nous dépendrons encore du pétrole, et même du charbon. Toutefois, cela ne doit pas compromettre notre engagement de concrétiser notre vision d?une île durable.

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