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En ce 12 mars?

8 mars 2008, 20:00

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Et s?il n?y avait pas eu Mohandas Karamchand Gandhi et sa célèbre marche du sel, entamée un 12 mars 1930, aurions-nous obtenu l?indépendance, sans jamais nous battre, en 1968 ? La question replace les événements internationaux dans leur juste perspective.

Si au 19e siècle les colonisateurs européens se donnaient bonne conscience, convaincus de « mettre en valeur » des bouts de terre, au milieu du 20e siècle, grâce notamment à des esprits révolutionnaires comme Gandhi, la colonisation est apparue comme une entreprise illégitime d?exploitation. La marche du sel a mené à l?indépendance de l?Inde en 1947, puis il y a eu, en 1955, en pleine guerre froide, la conférence de Bandung. Qui a soufflé l?esprit anti-impérialiste, non-aligné, sur le monde entier. De 1956 à 1968, près de 50 pays sont devenus indépendants, dont 38 du continent africain. En 1994, on a vu les premières élections multiraciales dans une Afrique du Sud post-apartheid. Et aujourd?hui, on assiste à l?indépendance sous haute surveillance du Kosovo.

Ces jours-ci, entre récits rétrospectifs et analyses projectives, il existe de multiples manières de conter l?indépendance de Maurice. Chacun a droit à son regard et à son couplet sur les négociations d?antan avec Londres, sur la construction continue de la nation aujourd?hui, sur les indicateurs socioéconomiques, ou encore sur la place qu?occupe le pays sur la scène mondiale. Des avis divers, entre admiration et interrogation, qu?autorise une démocratie libre et participative.

Et cette démocratie-là n?est pas occidentale. Elle nous est venue en grande partie de l?Inde de Gandhi. « Peu de gens ont laissé une trace aussi forte dans l?histoire humaine, traversant avec douceur un siècle de barbarie, tentant de raisonner les pires monstres, révélant que l?humiliation est le vrai moteur de l?Histoire, pratiquant la seule utopie qui permette d?espérer la survie de l?espèce humaine, celle de la tolérance et de la non-violence. Son action changea le XXe siècle. Il faudra l?entendre pour que l?humanité survive au XXIe ». Ces mots-là ne proviennent pas d?un disciple mystique de Gandhi, qui ne veut pas voir évoluer le monde. Ces mots sont ceux de Jacques Attali. L?ancien conseiller de Mitterrand, qui aide ces jours-ci Sarkozy à relancer la croissance d?une économie française au bord d?une récession, et ce, à cause de l?effondrement du marché du crédit hypothécaire américain.

L?ouvrage d?Attali ? « Gandhi ou l?éveil des humiliés » ? vient s?ajouter à la douzaine de biographies et d?essais publiés ces derniers mois à travers le monde pour commémorer le soixantième anniversaire de l?assassinat du Mahatma, survenu le 30 janvier 1948.

Selon Attali, Gandhi a posé les fondations spirituelles et philosophiques qui ont permis à la démocratie de prospérer. En invitant tout Indien à se dépasser, il a contribué à l?émanciper ? qu?il soit hindou ou musulman, de haute caste ou intouchable, homme ou femme. « Le vrai combat pour la démocratie, nous enseigne Gandhi, c?est celui que l?individu livre, dans son âme. L?incroyable modernité de Gandhi est là. »

Mais Gandhi n?est pas qu?un faiseur de miracles, il a aussi ses revers avec l?histoire. Il a été impuissant face à la partition de l?Inde (pour créer le Pakistan), faite dans la douleur et dans le sang, imposée par les Britanniques. Ceux-ci sont donc de véritables spécialistes du démembrement territorial pré-indépendance et du concept de « divide and rule » ? car la même recette a été appliquée dans le cas mauricien.

Six décennies plus tard, le décollage économique de l?Inde contraste de façon frappante avec la situation explosive au Pakistan, où des forces extrémistes s?en prennent directement à l?Occident. L?histoire revient toujours à la charge, méfions-nous de la révolte sourde de ceux qu?on humilie?


Jusqu?à tout récemment, « Le Petit Robert » définissait le mot « colonisation » par « mise en valeur, exploitation de pays devenus colonies. » Après maintes critiques, qui jugeaient cette définition trop positive, la direction éditoriale du dictionnaire a ajouté, dans son édition 2008, une citation d?Aimé Césaire (puisée de son « Discours sur le colonialisme »), pour compléter sa définition de « colonisation ». Ainsi, « Le Petit Robert « propose désormais : « colonisation = chosification ». Comme quoi, la remise en perspective doit être un exercice permanent.

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