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Emission TV sur la drogue : G. Essoo rétablit les faits

20 février 2008, 00:00

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Gaëtan Essoo, successeur de Matou Delaître à la tête de la MBC, se sait en disgrâce, en ce mois de février 1983, et s?attend, d?un moment à l?autre, à subir le sort de son prédécesseur, autrement dit le coup de pied le boutant hors de la Maison de la Radio/Télévision. N?ayant plus rien à perdre, il ne va pas non plus avec le dos de la cuiller pour donner la réplique, sous forme de lettre ouverte, s?il vous plaît, au Premier ministre, Anerood Jugnauth qui le traite de «bourrique» et l?accuse d?avoir programmé une émission sur le trafic de drogue dans le but premier de le discréditer, en tant que ministre de l?Intérieur et responsable de la force policière, devant l?Assemblée législative, la population et l?Histoire, pour mieux porter au pinacle son compagnon de combat politique, Paul Bérenger, MMM comme lui, ministre des Finances et, à ce titre, responsable devant les institutions précitées de nos services de douane, pourtant responsable, de l?introduction en contrebande de la drogue importée consommée par des Mauriciens. Ce faisant, Anerood Jugnauth jette le doute sur l?objectivité de l?émission incriminée.

Gaëtan Essoo ajoute que le Premier ministre a déclaré, dans son bureau, à l?Hôtel du gouvernement, à Darma Mootien, en présence de Ravin Baichoo, de Noël Sooriah, de Rajiv Lallah, être prêt à lui donner le coup de pied (de son limogeage), causant ainsi du tort à son intégrité professionnelle et à sa crédibilité.

Gaëtan Essoo apprend aussi par le secrétaire de la MBC que l?Hôtel du GM prend des dispositions pour le remplacer par M. Ramlackhan. Il regrette qu?Anerood Jugnauth n?ait pas pris la peine ni n?ait eu la bienséance de l?interroger, avant de porter des accusations et même des jugements à son encontre. Il tient cependant à rétablir les faits devant le tribunal de l?histoire et de l?opinion publique.

Les thèmes des émissions télévisées de la série «Dossier», sont préparés longtemps à l?avance et par toute équipe. Il est donc mesquin de prêter à une personne des préméditations de dernière minute, à l?encontre ou en faveur d?untel ou d?untel. La réalisatrice en est Mme Marie Josée Baudot. Le choix du thème de la drogue lui revient. Essoo ratifie ce choix, connaissant que trop les ravages commis au sein de la population par ce fléau inqualifiable. L?objectif est de conscientiser la population sur l?étendue et la nocivité de ce fléau. Les préparatifs de l?émission vont bon train et les responsables recueillent des témoignages les uns plus accablants que les autres sur les méfaits de la drogue surtout parmi la jeunesse de Maurice.

Sur instruction de G. Essoo et en sa présence, Ravin Baichoo téléphone à Anerood Jugnauth pour l?inviter à visionner par avance le film documentaire sur la drogue, réalisé par la télévision d?Etat. Il propose à Jugnauth que la séance de projection ait lieu au domicile du Premier ministre. Baichoo l?informe de la nécessité d?avoir un porte-parole de la force policière sur le plateau. Il exprime le désir de la MBC/TV de discuter avec le Premier ministre du choix des porte-parole du gouvernement à l?occasion de ce débat. Il informe le Premier ministre et ministre de l?Intérieur des réticences de la police à être officiellement représentée sur le plateau et lui demande d?intervenir auprès des Casernes centrales. Anerood Jugnauth répond à Ravin Baichoo qu?il ne peut s?ingérer dans les responsabilités de la police.

Ne se décourageant pas, Baichoo reprend contact directement avec le commissaire de police et celui des prisons car certaines allégations concernent des gardes-chiourmes. Le commissaire de police lui fait part de ses craintes que la force constabulaire ne soit alors mise sur la sellette et refuse d?y participer. Baichoo leur fait comprendre que l?émission, devant se faire en direct, il ne peut savoir à l?avance les propos ni même les allégations que les téléspectateurs pourraient faire alors.

Marie Josée Baudot prend contact, de son côté, avec Binod Bacha du bureau du Premier ministre. Elle contacte mais en vain Paul Bérenger. Bacha répond que le Premier ministre refuse toujours de faire pression sur la force policière mais qu?il n?a aucune objection à la diffusion de cette émission sur la drogue. Bacha fait aussi savoir qu?il ne peut visionner à l?avance le documentaire sur la drogue, préparé par la MBC.

Contacté par celle-ci, le ministre de la Sécurité sociale, Cassam Uteem, fait savoir qu?il est disposé à participer à cette émission mais qu?il doit au préalable obtenir le consentement de Jugnauth. Il bute sur le niet du Premier ministre. L?émission de la MBC sur la drogue a lieu comme prévu et obtient une audience considérable, déplaisant d?autant à Anerood Jugnauth, ministre de l?Intérieur. En tant que directeur de la MBC, G. Essoo fait publiquement savoir qu?il assume l?entière responsabilité de ce programme, «pour le meilleur et pour le pire». Ainsi agissent les Mauriciens qui en ont.

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