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Emigration : quand le pays désillusionne les Mauriciens

9 février 2007, 20:00

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Et si l?on vous proposait de partir là maintenant ? D?aller là où l?herbe est plus verte ? Accepteriez-vous ? Certains demanderont un temps de réflexion. Pour d?autres, c?est tout réfléchi : ils sont prêts à faire leurs valises. Ce qui n?est certes pas une surprise. Un sondage réa-lisé par Taylor Nelson Sofres pour Business Magazine en octobre démontrait que 41,8 % des Mauriciens partiraient s?ils le pouvaient. La grande question est : Pourquoi ?

«Je partirai sans hésitation», lâche Faizal Hossanee, 42 ans. Cet homme qui vient de se marier joue avec l?idée de quitter le pays depuis quelques années. Mais le projet n?a pu se concrétiser par manque de finances. Faizal ne baisse pas les bras pour autant. Un jour, assure-t-il, il finira par en avoir les moyens.

Les raisons de cet état d?esprit inquiétant varient. Mais un facteur commun demeure : tous traînent une certaine désillusion par rapport au pays.

«J?en ai marre du règne de la médiocrité à Maurice, un pays où la méritocratie ne règne pas. Un pays où les avenues sont bouchées», explique Faizal. Pourtant, il n?a plus 20 ans. Mais cela ne veut pas dire que l?on n?a pas d?aspirations.

«Je suis allé en quête de bonheur», confie G.E., un homme d?affaires de 53 ans qui vit depuis huit mois à Montréal. L?a-t-il trouvé ? «En tout cas, je suis moins malheureux que je l?étais à Maurice.»

Marié et père de deux enfants, il explique que l?une des raisons ayant motivé son départ est les frais d?université de sa fille. Elle est en première année dans une université réputée du Canada.

En tant que Permanent Resident (PR) du Canada, sa fille aurait eu droit à des prêts que le gouvernement canadien met à la disposition des étudiants. Mais quand leur fille obtient une bourse de cette université, G.E et sa femme maintiennent leur projet d?émigration. «Cela fait un moment que nous étions désillusionnés par Maurice. Rien ne marche comme il faut. Vous allumez votre télévision et c?est la médiocrité partout. Vous allez au supermarché et les caissières sont énervées. Les passants sont impolis. Bref, c?était un ras-le-bol généralisé», explique-t-il.

Sa femme, enseignante dans un collège à Maurice, a pu trouver du travail à Montréal comme professeur de français. Elle est toujours sous le charme de son pays d?adoption. «Tout marche comme sur des roulettes. Les gens vous traitent avec respect. Paradoxalement, nous vivions mieux à Maurice mais les avantages du Canada dépassent de loin ceux de Maurice. Seul point noir : nous avons quitté une famille nombreuse et nous ressentons parfois un sentiment de solitude.»

Ceux qui quittent le pays aspirent à vivre mieux. Toutefois, l?on gagne peut-être plus ailleurs, mais l?on travaille aussi plus. C?est là souvent que l?on réalise que l?herbe n?est pas nécessairement plus verte ailleurs.

Ruben Moonien, 33 ans, est parti pour l?Australie en octobre dernier en tant qu?étudiant. Sa femme et son enfant en bas âge le rejoignent peu après. Mais à peine six mois que la famille s?est établie, son épouse, Pamela, et leur enfant reviennent. Pour subvenir à leurs besoins, Ruben travaille dans un restaurant la nuit. Le jour, il suit des cours à l?université. Résultat : il ne voit pas sa famille, souffre d?insomnie, est stressé et ne fait que travailler. L?aventure n?en valait pas le coup.

«On ne sait pas combien de temps l?on pourra tenir mais ce qui importe, c?est l?aventure», raconte une mère dont le fils est inscrit à l?université grâce au PR de la famille et au prêt du gouvernement canadien. À titre d?exemple : une famille qui vit à Toronto, au Canada, puise toujours environ $ 1 000 par mois de son compte en banque. Et ce, bien que la femme a un «bon» travail.

Emilie, Française mariée à un Mauricien, a vécu à Maurice pendant dix ans. Elle s?apprête à regagner la France avec sa famille. «Je ne supporte pas la petitesse d?esprit de beaucoup de Mauriciens avec qui j?ai travaillé pendant tout ce temps. Je n?ai pas encore trouvé de travail mais une fois sur place, ce sera probablement plus facile. Je prends le risque parce que j?étouffe à Maurice.» Son mari l?accompagne «parce qu?il y a plus d?opportunités là-bas».

Ce n?est donc pas forcément une question d?argent. D?ailleurs le sondage Taylor Nelson le démontre bien. Ceux au plus bas de l?échelle ne sont pas nécessairement ceux qui ressentent le plus cette envie d?ailleurs. Mais que l?on ne s?y méprenne pas : l?argent joue un rôle important dans la décision de quitter le pays. Surtout pour les jeunes.

Kabir, 25 ans, est en phase de terminer sa maîtrise en gestion à Melbourne en Australie. Il a déjà fait sa demande de PR. Bien qu?il considère Maurice comme son vrai «home», il ne compte pas y retourner pour le moment. Sa logique est simple : ses parents ont déboursé environ Rs 2 millions pour lui payer ses études et il a une s?ur à l?université de Maurice et un frère de 16 ans. «Mes parents ne peuvent pas se per-mettre de payer les études de mon frère. Alors je vais travailler pour le financer et peut-être aussi financer la maîtrise de ma s?ur en Australie.» Les quelque Rs 15 000 qu?il pense gagner ici ne feront certainement pas l?affaire.

Pourquoi vouloir quitter le pays coûte que coûte ? Avant tout, il s?agit de la hantise de gagner moins que ce dont on a besoin. Pour certains le jeu en vaut la chandelle, au risque de se faire déporter ou de travailler au noir. L?Irlande est actuellement la scène où se jouent ces drames mauriciens au quotidien.

Si les plus âgés disent majoritairement vouloir éventuellement retourner au pays «dans leurs vieux jours», les jeunes sont en revanche moins attachés à une terre natale qui ne leur donne plus de raison d?aspirer à un avenir meilleur. La désillusion est presque totale. L?île Maurice, destination de rêve pour ces milliers de voyageurs, n?arrive plus à retenir ses enfants.

Un projet coûteux

Emigrer implique des coûts importants. À titre indicatif, pour émigrer en Australie sans sponsor, un professionnel doit payer dès le départ 1 990 dollars australiens (Rs 53 000) pour le traitement de son dossier. Il faut ajouter Rs 4 000 pour l?examen médical et Rs 4 500 pour l?examen d?aptitude en anglais et prévoir un minimum de 350 dollars (Rs 9 300) pour obtenir les équivalences pour ses diplômes. Soit un montant global de Rs 71 000, au taux de change actuel.

Et si le demandeur veut retenir les services d?un consultant pour s?occuper de son dossier, il devra prévoir jusqu?à 3 000 dollars (Rs 75 000) pour les honoraires. Au départ, il faut prévoir de l?argent pour les premiers jours, avant de trouver un emploi. Ce budget dépendra de la ville où on atterrit. À Sydney, un minimum de 150 dollars (Rs 4 000) par jour devrait faire l?affaire. Emigrer au Canada requiert un investissement relativement moins important. Les frais d?ouverture et de traitement de dossiers s?élèvent à environ Rs 25 000. Sur place, l?équivalence des diplômes nécessite au moins 100 dollars (Rs 2 900). Un aller-retour vers le Canada coûte plus Rs 50 000.

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