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Eliézer François provoque Bérenger et déclenche un pugilat

12 juillet 2004, 20:00

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La scène se passe à l’Assemblée législative. Ses honorables membres discutent de la motion de blâme du chef de l’opposition, Anerood Jugnauth. Harish Boodhoo et Paul Bérenger ont pris la parole. Eliézer François prend le relais. Il se livre à des allusions à l’affaire Sheik Hossen et se permet des insinuations envers un membre de la famille Bérenger. Ce faisant, il met le feu aux poudres.

Piqué au vif, Bérenger réclame du Speaker, Ramesh Jeewoolall, que l’orateur retire ses insinuations. En dépit du ruling du Speaker, ce dernier reprend son discours comme s’il ne s’était rien passé. Nouvelle intervention de Bérenger qui prévient que la situation risque fort de s’envenimer. Des députés, de l’opposition comme de la majorité, demandent à Eliézer François d’obtempérer. Il les ignore.

Plus menaçant que jamais, Bérenger quitte sa place et fonce en direction d’Eliézer François, suivi comme son ombre de plusieurs membres du MMM. Harold Walter a juste le temps de s’interposer. De nombreux députés retiennent difficilement et le prétendu offenseur et le prétendu offensé. Des deux camps, on se lance généreusement invectives et jurons. Bérenger escalade même une rangée de sièges pour atteindre son contradicteur mais il est retenu, cette fois, par le Sergeant at Arms. Yousuf Mohamed, futur ambassadeur de Maurice au Caire, fait assaut d’éloquence diplomatique. Le calme commence à se rétablir. La police fait alors son apparition pour s’interposer. Ramesh Jeewoolall peut reprendre son siège. Il intime l’ordre à Eliézer François de retirer sans réserve sa remarque. Il s’exécute enfin et reprend son discours. La séance parlementaire est bientôt ajournée. Eliézer François s’en va sous forte escorte policière. L’incident est clos.

La motion de censure donne des sueurs froides au Premier ministre, au point de ne pas prendre les risques d’une séance nocturne au résultat (le vote sur la motion) des plus incertains. Pas de demande donc d’exception et les travaux parlementaires ne pourront se prolonger au-delà des 19 heures statutaires et salutaires. Badry et Daby ont fait comprendre qu’ils ne voteront pas avec le gouvernement. Ramgoolam, Père, demeure fidèle à sa devise : “En toutes choses, donner du temps au temps !” On connaît le sort réservé aux citrons pressés…

Rarement, couloirs parlementaires ont connu autant de lobbying. Badry et Daby n’ont jamais paru plus importants et plus courtisés. Ils tiennent le sort du gouvernement entre leurs doigts. Ils exigent leur réintégration à leur poste ministériel. Ils font une concession. Ils s’abstiendront. Anerood Jugnauth concède à Ramgoolam qu’il n’y ait pas de vote en fin de séance parlementaire. L’angoisse se lit sur le visage des députés incertains de l’issue d’élections générales anticipées. Quelle idée aussi d’accepter une motion de blâme après le vote de confiance du budget 1979-80 (péniblement acquis, il est vrai), observe-t-on. Le “Chief Whip”, A.V. Chettiar (ceux qui vont tomber te saluent), court d’un backbencher à un autre. Ingénument, Badry dit à ceux qui le courtisent : “Si vous êtes si forts pourquoi craignez-vous des élections générales anticipées ? ” L’incident Eliézer François a peut-être compliqué une situation bien embrouillée. Ou au contraire a-t-il pu cimenter de nouveau les morceaux éparpillés de la majorité. Chi lo sa ?

Dure soirée, en tout cas, pour un Premier ministre !

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