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Elevage de cerfs prometteur à Case Noyale

8 juin 2008, 20:00

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Début juin 1983, la presse constate avec plaisir que l?élevage intensif à Case-Noyale présente un avenir prometteur. L?administrateur de Bel-Ombre, M. Jean Alain Lalouette, est le père d?une initiative aussi heureuse. Il commence modestement, en 1976, sur une superficie de seulement sept arpents. Il y élève quelques bêtes capturées dans un chassé, appartenant à l?établissement sucrier qu?il dirige. Le développement est rapide. Dès 1979, la superficie passe à une trentaine d?arpents pour atteindre 80 en 1981. Des 28 biches de 1976, les éleveurs passent à 750 et à une cinquantaine de cerfs, sans compter les naissances de 1981-82. Cette population animale approche donc le millier à la mi-1983.

M. Jean Alain Lalouette ne cache pas son optimisme. Cela ne l?empêche guère d?être prudent à l?extrême. Il sait avoir encore tout à apprendre en matière d?élevage du cerf. Il se rend, à l?occasion, en Nouvelle-Zélande, pays à l?avant-garde dans ce domaine. Il est en contact constant avec le Dr Ken Drew, un chercheur spécialisé dans cette activité. Il estime que, dans les années à venir, les résultats deviendront plus probants. Il évoque déjà la possibilité d?étendre l?expérience de Case-Noyale sur une base industrielle, d?abord de 800 arpents, puis de 8 000 arpents. Il rappelle que, en dehors des végétariens stricts, les Mauriciens, en général, apprécient beaucoup la viande de cerf. La consommation nationale de viande rouge est de 6 000 tonnes par an. La part de production locale est de seulement 13%.

Jean Alain Lalouette explique qu?au départ, en 1976, le plus difficile, a été de domestiquer les bêtes élevées en pâturage. Il a fallu beaucoup de patience pour aider les cerfs à changer d?habitude et de passer de la vie sauvage aux contraintes d?une semi-captivité. Il ne tarit pas d?éloges à l?égard de M. Harold Dessales, le responsable des pâturages.

La bataille est loin d?être gagnée d?avance. Capturer les cerfs ne suffit pas. Faut-il encore les habituer aux pâturages, surveiller constamment leurs mouvements, veiller à ce qu?ils ne défoncent pas les clôtures métalliques. Des rangées de fils métalliques, légèrement électrifiés, aident heureusement à tenir les bêtes à distance car cerfs au courant craignent le choc et respectent la clôture autant que moinillons et nonnettes. Jean Alain Lalouette demeure optimiste. Il sait que graduellement les cerfs s?habitueront à leurs nouvelles conditions de vie. Les petits bénéficieront de l?expérience acquise par leurs aînés et parents. Au fur et à mesure c?est l?ensemble du troupeau qui s?habituera à son nouvel environnement.

Le problème de l?alimentation n?a pas été facile non plus à résoudre. Seules certaines herbes s?accommodent des terres marginales de la Case Noyale, constituée principalement du Dark Magnesium Clay. Fort heureusement, l?herbe stargass vient bien sur cette terre ingrate, en dépit d?une sécheresse prolongée. Il n?a pas plu à Case-Noyale, en effet, entre janvier et juin 1983. En attendant qu?il pleuve, les cerfs sont nourris avec de la nourriture de bétail, à raison de 150 grammes par tête, soit le strict minimum.

Le vétérinaire Eric Bestel suit les cerfs de Case-Noyale et s?assure qu?ils sont en bonne santé. Les faons portent des étiquettes et sont pesés régulièrement. Les maladies les plus courantes sont la gale et le hard water. Il n?est pas question d?élever des cerfs avec d?autres animaux car les risques de maladies et d?infections seraient alors trop grands.

Ce reportage de la mi-1983 sur l?élevage intensif de cerfs à Case-Noyale ne dit mot cependant sur l?existence de la pire épée de Damoclès qui soit sur ce projet d?élevage. Il s?agit de préjugés idéologiques, savamment entretenues par la classe politique et dont elle accable le cerf, à Maurice, en l?association à une seule communauté alors que les propriétaires et les actionnaires des terrains de chasse appartiennent à plusieurs et diverses communautés. A l?Hôtel du gouvernement et dans une certaine presse, on apprécie guère les projets d?élevage intensif du cerf. On y parle plus volontiers d?abolition des baux s?appliquant aux terrains de chasse. Plutôt que de faciliter les permis de développement et d?encourager ces efforts de production alimentaire, on y majore leur superficie sans prendre la peine de préciser qu?il s?agit souvent de flancs de montagne sinon de ravins ou encore de terres arides que seul le cerf peut supporter. Ne dit-on pas que nous cultivons de préférence la canne et les préjugés.

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