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Edward Duyker raconte ? les premiers Mauriciens en Australie
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Edward Duyker raconte ? les premiers Mauriciens en Australie
DES ESCLAVES emmenés de Maurice comme ?criminels? en Australie où ils ont fait souche, des Mauriciens, en quête d?aventures, partis comme chercheurs d?or, d?autres employés comme coupeurs de canne à Queensland dont l?industrie sucrière avait du retard sur celle de Maurice? Ces faits, qui remontent aux XVIIe et XVIIIe siècles, sont relatés dans le livre de Edward Duyker, Of the Star and the Key. Auteur d?une quinzaine d?ouvrages dont plusieurs traitent des relations qu?entretenait l?Australie avec Maurice dès le XVe siècle, l?auteur a séjourné à Maurice le mois dernier pour des conférences dans le cadre des célébrations Baudin-Flinders.
L?intérêt de l?écrivain australien pour Maurice s?explique par le fait que sa mère, Mauricienne de naissance, avait émigré dans l?île-continent en 1946 où elle avait épousé un Hollandais. Son premier livre, Mauritian Heritage, relate les premiers pas de Théophile Lionnet, aïeul de sa mère, et d?autres membres de la famille, en Australie.
Dans Of the Star and the Key, paru en 1988, l?historien écrit que ?Immigrants from tiny Mauritius have shared the drama of exploration, the sufferings of the convict era, the adventure of the gold rush and the tribulations of australian agricultural development.?
Le livre fourmille d?informations sur les relations qu?entretenait notre île avec l?Australie, et sur les découvertes de nouveaux territoires dans les mers australes. Nous apprenons qu?Abel Tasman séjourna à Maurice en 1642, avant de poursuivre l?exploration de cette partie de l?océan qui devait le mener à l?île qui porte son nom. Edward Duyker, dans une des conférences données à Maurice, a évoqué l?arrivée de Marc-Joseph Marion Dufresne, un ancien officier de marine qui s?installa à Maurice en 1770 et devint un marchand et propriétaire terrien prospère. L?intendant Pierre Poivre lui donna le commandement de deux navires pour une expédition en Tasmanie, quelque temps seulement après la découverte de ce territoire. L?un des navires s?appelait Le Mascarin du nom du groupe d?îles dont Maurice faisait partie. Les membres de l?expédition furent reçus à coups de pierres et de lances par les aborigènes tasmaniens. En1772, alors qu?il se trouvait en Nouvelle Zélande, Marion Dufresne fut tué par des Maoris.
Maurice approvisionne l?Australie
Un autre explorateur de renom qui vécut périodiquement dans l?île, en 1772 et en 1776 fut Jean-François de Galaup de la Pérouse qui épousa Eléonore Broudou, arrivée à l?île de France à l?âge de cinq ans. Il jeta l?ancre à Botany Bay, en Australie, et disparut à jamais après son départ, le 10 mars 1788. Antoine Raymond Joseph de Bruni, Chevalier d?Entrecasteaux qui était le gouverneur de l?Ile de France, fut chargé de le retrouver. Mais l?expédition revint bredouille. Une stèle pour honorer la mémoire de La Pérouse fut érigée à Mesnil. Elle y est encore. Et tout le monde connaît la rue d?Entrecasteaux à Port-Louis.
Un autre explorateur utilisa Maurice comme base pour les vaisseaux battant pavillon français. Yves Joseph de Kerguelen arriva à Maurice à bord du navire Berryer.
Nous sommes en 1802. Les expéditions pour la colonisation de nouvelles terres bat son plein. Les navires battant pavillon anglais, français, hollandais, entre autres, sillonnent les océans. Les Hollandais ont quitté l?île, aussitôt remplacés par les Français. Charles Matthieu Isidore Decaen arrive à Maurice comme gouverneur en 1803. Une expédition menée par Nicolas Baudin va explorer les eaux australes. Le but est officiellement scientifique mais il avait aussi eu, croit-on, des instructions pour vérifier si les Anglais avaient établi une base en Tasmanie. Après avoir connu mille péripéties et écumé toute la côte ouest d?Australie et de Tasmanie, l?explorateur revint à Maurice en août de la même année. Souffrant de tuberculose, il mourut en septembre en la demeure de Madame Kerivel, à Port-Louis. Son expédition eut pour effet de précipiter la colonisation de la Tasmanie par les Anglais.
Au chapitre ?Early Trade between Mauritius and Australia?, il nous est révélé que Maurice fournissait à l?Australie ses besoins en sucre et d?autres marchandises dont le tabac, le thé, la mélasse, le riz, et du lard. Ce pays était même devenu un important marché pour Maurice. A telle enseigne qu?en avril 1827, le gouverneur Darling pouvait écrire : ?Mauritius may be considered as almost exclusively supplying the colony with sugar?. A cette époque, même la toute nouvelle Tasmanie commerçait avec Maurice. Il y eut même quelque remous en Australie au sujet de la balance commerciale favorable à Maurice. A un certain moment, alors que les provisions en farine de l?état de Perth étaient épuisées, Richard Daniell, qui agissait comme gouverneur de cet Etat, dépêcha à Maurice un nommé Toby pour rapporter d?urgence une cargaison de blé. Aujourd?hui, la situation n?est évidemment plus pareille : les exportations sont nettement en faveur de l?Australie.
Des ?convicts? mauriciens
Les relations entre ces deux pays ne se limitaient pas aux seuls échanges commerciaux. Il y eut aussi plusieurs contingents de ?convicts? mauriciens à bord des navires marchands se rendant en Australie. L?auteur est formel : de 1817 à 1840, 41 navires ont transporté plus de 100 ?convicts? et, de 1826 à 1851, vingt autres en ont emmené 100 prisonniers à New South Wales. Parmi, il y avait des esclaves de Madagascar, de La Réunion, de Maurice : Indiens, Chinois, Mozambicains, qui allaient y purger des peines de sept à 14 ans. Sans doute est-il intéressant de noter qu?une des descendantes de ces ?convicts? mauriciens est aujourd?hui la secrétaire de Edward Duyker.
Plusieurs Mauriciens, Aristide Régnard, Léon Burguez, Ignace Couacaud, Aristide, Hivon, furent aussi partie prenante de la ruée vers l?or, dont un des ancêtres de l?auteur, Théophile Lionnet, du côté de sa mère. Ils créèrent des compagnies aux noms folkloriques comme la ?Compagnie Mavouzou? et allèrent, avec pelles et pioches, à la recherche de pépites d?or à Adelaide. Mais, si certains, plus réalistes, après avoir perdu leurs illusions, abandonnèrent à temps leurs rêves de fortune et se tournèrent vers des carrières moins chimériques, d?autres se retrouvèrent vite dans le plus grand dénuement et ne durent leur salut et leur retour à Maurice qu?à la générosité d?un commandant de navire mauricien du nom de Crouche.
Mais l?esprit aventureux des Mauriciens ne fut pas toujours voué à l?échec. Beaucoup d?autres se distinguèrent en aidant à mettre sur pied des usines sucrières à l?instar des Icery, Adam et de Keating. Thomy de Keating rédigea un ouvrage : Practical treatise on the cultivation of the sugar cane and the manufacture of sugar (adapted to New South Wales); il aida aussi à la mise en place d?unités de raffinage. A noter que sur la couverture de son livre, de Keating prend le soin de préciser qu?il est un Planter and native of the island of Mauritius. A signaler aussi qu?il y avait déjà 100 Mauriciens à Queensland en 1911 et pas moins de 263 en 1891 dans l?état de New South Wales où on relève les noms de Lacaze, Giraud, Dupont, Desplaces, Sauzier, Marriot, Le Clair, Duval, entre autres.
Comme le démontre le livre d?Edward Duyker, l?émigration des Mauriciens (quelque 75 000 maintenant) en Australie, ne date pas d?hier et nous devons à l?auteur de cette intéressante évocation de prendre connaissance de certains faits historiques qui font honneur à la diaspora mauricienne.
Note biographique
- Né à Melbourne dans une famille de huit enfants, Edward Duyker a obtenu un B.A Honours à l?université La Trobe et son PhD à l?université de Melbourne. Il a tenu une chaire à l?université de Brisbane et est l?auteur de plusieurs ouvrages : ?The Mauritian Heritage?, ?Tribal Guerilla?, ?The Dutch in Australia?, ?Beyond The Dunes?, entre autres. Pressenti par Rex Fanchette, alors haut commissaire mauricien à Canberra pour agir comme consul honoraire de Maurice en Australie, il a démissionné parce qu?il n?avait jamais reçu le drapeau mauricien demandé. Ecrivain professionnel qui se décrit comme indépendant, son dernier livre ?Citizen Labillardière?, a eu les grands titres des journaux australiens. Le Dr Duyker, a donné deux conférences à Maurice dans le cadre des manifestations organisées pour marquer le passage des explorateurs Nicolas Baudin et Matthew Flinders.
?A un moment, alors que les provisions en farine de l?Etat de Perth étaient épuisées, Richard Daniell, gouverneur de cet Etat, dépêcha à Maurice un nommé Toby pourrapporter d?urgence une cargaison de blé.?
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