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Désintoxiquer la politique

12 janvier 2008, 20:00

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Désintoxiquer la politique

Regardez-les. Ils sont aussi sérieux que prétentieux. Ils s?estiment investis d?un pouvoir inné pour être le Premier ministre de notre République. Dinesh Ramjuttun, Raj Dayal, Ashock Jugnauth, ou tout autre aspirant Premier ministre, pensent, souvent avec la bénédiction du MMM, que leur ambition est parfaitement légitime parce qu?ils sont issus de la caste Vaish, celle des Premier ministres de Maurice, hormis bien évidemment la courte parenthèse Bérenger. Brandir son critère de naissance, ou sa bonne étoile électorale, comme seul certificat de compétence, c?est inacceptable aujourd?hui.

Dès lors doit-on accueillir comme une bonne nouvelle la dernière posture de Paul Bérenger qui annonce avoir coupé tout contact ? jusqu?au prochain dîner ? avec Ramjuttun ? A-t-il réalisé qu?il a dépassé les limites de l?absurde, ou qu?il risque d?imploser sa base, ou a-t-il tout simplement trouvé un autre hindou Vaish ?

En attendant le couperet du Privy Council dans l?affaire Ashock Jugnauth, qui court le risque de perdre son siège et son bagout, le leader du MMM doit ménager tous les paravents de sa caste préférée?Qui se bousculent au portillon mauve, voie lactée vers le PMO, à écouter Ramjuttun ? Depuis vendredi, le docteur-bulldozer savait que Bérenger allait l?égratigner lors de la conférence de presse d?hier afin de caresser les frustrés du MMM dans le sens du poil. Il s?y était préparé à cette mise en scène.

Sauf que Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth, autres dignes représentants de leur caste, n?ont pas encore finalisé la leur. Bérenger, qui les a longtemps pratiqués, souhaite arbitrer un match entre les deux fils du sérail, avant d?essayer de se ranger dans le camp du vainqueur, comme un grand patriote, dans l?intérêt supérieur de la nation. Et puis quoi encore?

Commenter l?actualité politique mauricienne requiert une bonne dose de cynisme. Il faut descendre dans les bas-fonds marécageux de la société, dans la fosse aux idées creuses, au creux des systèmes castéistes où coule l?argent sale, il faut sans scrupule scruter les profondeurs du compartimentage de notre population pour expliquer les positionnements et les rapports de force. Mais il est temps, alors que la nation mauricienne s?achemine vers ses quarante ans, de changer tout cela. Comment s?y prendre ?

Commençons par rejeter ces discours politiques qui nous conduisent sur les chemins de la balkanisation. Et puis réintroduisons le sens de la vérité en politique en remplaçant l'émotivité ethnique par l'intelligence des faits et des hommes. Ce vaste chantier ne saura être entrepris par ces dirigeants politiques qui se complaisent dans leur jeu de division. La réforme électorale, qui est nécessaire pour renouveler la classe (ironie sémantique) politique, est un exemple, s?il en fallait un, de leur mauvaise foi, de leur intention politicienne de ne pas changer les règles du jeu.

Pour briser le monopole politique en cours actuellement, il importe de construire une véritable renaissance de l?esprit politique. Il faut lutter contre la démission de l?engagement des jeunes et des intellectuels rebutés par les pratiques politiciennes. Il leur faut un projet parfaitement indépendant de tout parti dont l'objectif principal serait de promouvoir une nouvelle façon de faire la politique, soit celle fondée sur les convictions et non sur l'invocation consensuelle d'idées creuses.

Il faut privilégier la prise de parole contre l'intimidation de l'expertise et du discours technique. Ce n?est qu?ainsi qu?on pourra faire émerger de jeunes talents politiques, issus de toutes les couches sociales, pour promouvoir leur créativité politique et le sens qu?ils donnent au mauricianisme. L?unité dans la diversité, slogan creux aujourd?hui, a démontré ses faiblesses. Les élites ont la responsabilité de servir et doivent retrouver la conscience de leur rôle en libérant la politique de ses accapareurs.

À ceux-là, qui se croient supérieurs, à cause de leur caste et/ou leur cash, il faut leur dire leurs quatre vérités avant qu?ils n?intoxiquent davantage le pays?

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