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Dérapages (in)contrôlés

23 août 2008, 20:00

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Il y a deux manières de regarder tout le ramdam autour de ce qu?il convient maintenant d?appeler « l?affaire Cunningham ». Empruntons au vocabulaire de la boxe? Dans le coin bleu, nous avons ceux qui pensent qu?une grande « mafia institutionnelle » mêlant des intérêts de caste et d?une certaine classe est à l??uvre dans le pays. Dans le coin rouge se tiennent ceux qui affirment que la République, ses institutions ainsi que ses citoyens n?ont aucune leçon à recevoir d?étrangers. Qui a raison ? Sans doute aucun des deux camps.

Le débat a été politisé à outrance. L?opposition concluant que le gouvernement lui-même serait de mèche avec la mafia. Et que c?est donc leur travail conjoint de sape qui a eu raison de Bert Cunningham. Dans le camp gouvernemental, des excités comme Deva Virahsawmy pensent que les « batchiara etranze » nuisent au pays et à ses institutions.

Malheureusement, la population semble très encline à se contenter de l?un de ces deux raisonnements simplistes. Le Canadien est donc soit un héros, soit un fou dangereux.

Il y a peut-être une explication ? profondément sociologique ? à ces prises de position extrêmes. De vieux spectres hantent les petites sociétés insulaires et pluriethniques comme Maurice. Ces démons profitent du « vivre-ensemble » défaillant et se nourrissent de questionnements sur la démocratie et les institutions relativement jeunes.

Et finissent par faire naître des clivages tenaces. L?affaire Cunningham en fait ressurgir deux ? qui sont en fait des peurs et défiances fondamentales au sein des communautés, ethnies et religions de notre société.

Le premier clivage est celui qu?une partie des Mauriciens entretient vis-à-vis des institutions, jugées injustement favorables à la communauté majoritaire. Pour la frange anxieuse et minoritaire de la population, après l?épisode Cunningham, l?affaire est entendue.

Les institutions sont définitivement et durablement noyautées. Et elles n?existent désormais que pour défendre des intérêts particuliers. Quitte pour cela à décrédibiliser et mettre hors jeu un personnage comme Bert Cunningham. Qui, depuis six ans, incarne pourtant la noble lutte contre la corruption et la modernisation d?institutions aussi désuètes que notre douane.

Ayant perdu son champion, cette frange de la population est persuadée que seule une révolution pourra sauver le pays. Un « casser refer » salutaire frappant nos institutions les plus importantes : juges, magistrats, procureurs, administration. Cette peur ressentie, « sincèrement » par une partie de la population est utilisée et instrumentalisée par l?opposition pour faire accroire qu?elle est partagée par tout le pays. Et que donc, une révolution s?impose car tout est pourri. C?est un positionnement un peu radical?

En face, toutefois, d?autres tiennent un discours tout aussi extrême. Ce sont, principalement ceux qui ont été grisés par la récente croisade du Premier ministre contre les « dinosaures » du secteur privé. Ces ardents supporters de Ramgoolam, ceux qui croient que« pouvoir pas bizin sapp dans nou lamain » sont ceux qui en temps normal abhorrent l?idée de faire appel à des compétences étrangères au sein de nos institutions publiques. Car ils sont convaincus qu?eux-mêmes, leurs filles, gendres ou cousins peuvent très bien veiller à la bonne marche des institutions.

Ceux-là ont intérêt à ce que les institutions continuent à fonctionner dans le statu quo. Et avec le personnel actuel. Car faire rentrer du sang neuf étranger, qui plus est étranger et avec un regard neuf sur le fonctionnement de nos institutions équivaut à remettre en cause le train-train actuel. Et éventuellement questionner et mettre à mal les proximités et liens de vassalités un peu trop présents dans nos institutions et administrations publiques et parapubliques. Ceux-là, ont sans doute poussé le même soulagement que Deva Virahsawmy à l?idée que des empêcheurs de copiner en rond comme Cunningham aillent enfin voir ailleurs?

Les deux camps toutefois ont tort. Aux xénophobes soucieux de préserver leur part d?influence de privilèges, il faut opposer la démocratisation de tout. Et pas que de l?économie. Mais aussi des opportunités et des compétences. Et leur faire comprendre l?impérieuse nécessité de non seulement moderniser nos institutions, mais aussi donner un coup de fouet à leur fonctionnement. Et leur adjoignant le sang neuf de jeunes professionnels mauriciens nés hors du sérail.

Ou d?expatriés aux compétences reconnues jouissant d?un soutien total des pouvoirs publics.

Ensuite, il faut demander aux bornés du camp d?en face de donner une chance à nos institutions. Elles sont jeunes. Certaines ne sont vraiment émancipées que depuis 40 ans. D?autres ne comptent que quelques années d?existence. L?Etat et ses institutions ne sont pas encore dans une déliquescence nécessitant une révolution. Oui, il faut toiletter les règles.

Et y ajoutant la dose de transparence qui fera disparaître tout soupçon de complot ou de collusion dans les plus hautes sphères de l?Etat. Il est temps que nous donnions une chance à notre démocratie et à nos institutions. Les dérapages doivent désormais être contrôlés?

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