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DÉPUTÉS quelle performance ?

14 mai 2005, 20:00

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Le député parfait n?existe pas. Il le serait s?il pouvait rester proche des électeurs pendant tout son mandat. S?il arrivait à maintenir une présence quasi permanente sur le terrain. Le député serait parfait s?il pouvait trouver des solutions à tous les problèmes de ses mandants.

Faire construire un stade là où il n?y en a pas, obtenir un emploi à un chômeur, faire en sorte que la fourniture d?eau soit constante... La liste des choses que le député parfait devrait faire est longue. Car les mandants, exigeants, ont toujours un problème à régler...

D?être député parfait pourtant, il y en a qui tentent d?y parvenir... et d?autres pas du tout. A l?heure où ils briguent un autre mandat, leur effort mérite d?être évalué. Pour que d?autres, aussi, sachent ce qui est apprécié de l?électeur. Les réponses de personnes interrogées sont unanimes : une proximité avec les mandants, une présence sur le terrain, une efficacité à leur trouver des solutions et la débrouillardise. Tournée dans les circonscriptions où les députés sont des deux bords...

Proximité est le maître mot. Un bon député est celui dont le mandant se sent proche. Pour ce dernier, maintenir une présence quasi-permanente dans sa circonscription équivaut presque automatiquement à s?attirer une grande sympathie. L?un de ceux-là est Balkissoon Hookoom, député travailliste de Piton-Rivière-du-Rempart. « Impossible de ne pas apprécier Hookoom. Il n?a pas attendu d?être candidat pour aider les gens, être proche d?eux, les soigner gratuitement parfois », explique, sans ambages, un activiste MSM de la circonscription. C?est l?affectif qui semble jouer dans le succès du député.

Quand on n?est pas docteur ou sympathique, on arrive néanmoins à se faire apprécier par une présence assidue. C?est le cas d?Emmanuel Leung Shing, ministre de la Justice et député MSM à Port-Louis. Sa facilité à engager la conversation et sa bonhomie rassurante lui valent d?être très apprécié de ses mandants. Arvin Boolell, de même, à Rose-Belle-Vieux-Grand-Port. Lui qui « vinn zoen ou dan bar ou dan kan. Ki donn la main tou dimoun », commente, amusé, un fonctionnaire, porte-parole d?un collectif regroupant une douzaine d?organisations socio culturelles de Rose-Belle. Anil Bachoo, député à Flacq-Bon-Accueil, jouit de la même estime. A quel rythme faudrait-il qu?ils descendent sur le terrain ? Un après-midi par semaine, c?est raisonnable.

Migration force

Les électeurs guettent la présence de leurs députés sur le terrain. Toute absence prolongée ou apparitions sporadiques sont sanctionnées par la sympathie des électeurs qui décampent. Xavier Duval, député correctif de Curepipe-Midlands, en sait quelque chose. «A Curepipe, il n?y a que trois députés et non quatre. J?ai rarement aperçu le quatrième, Xavier Duval », assène Tony Selvan, travailleur social à Atlee.

Le leader du PMXD conteste cette affirmation. « Comme député de l?opposition, je me suis toujours fait un devoir de rencontrer ceux qui ont voté pour nous et de répondre à chacune de leurs invitations. » Mais, à Curepipe, on est prompt à affirmer que son départ de la circonscription, pour le prochain scrutin, indique un ancrage insuffisant. Les mêmes causes entraînent les mêmes conséquences pour Ivan Collendavelloo à Mahébourg-Plaine-Magnien. Très pris par son activité d?avocat, l?élu mauve n?a pas été aussi régulier que le souhaitaient ses mandants. Il s?apprête également à aller briguer les suffrages ailleurs. Rajesh Bhowon, député de Rose-Belle, et Eric Guimbeau, député MMM de Curepipe, parlent plus qu?ils n?agissent, selon des porte-parole d?organisations socio culturelles.

Mais la proximité sélective existe également dans certains cas. Un député qui s?arrange pour ne « travailler », en priorité, que pour ceux jugés proches de son parti ou, dans certains cas, de sa communauté ? et il en existe - est très mal vu. « Li desann lor terin. Li finn fer devlopman ici. Mais, kan ena pou faire gagn enn travay, donn ene koudmin, li touzour fer inpe plis pou zis sertin », accuse un agent MSM de la circonscription n° 7 en parlant de Prakash Meenowa. Ce dernier dément : « Je ne demande pas à la personne qui vient me voir de quel bord ou de quelle communauté elle est. Si je peux l?aider, je le fais », affirme le député mauve.

L?opposition moins exposée

S?il peut aider, le député devrait le faire. Et le geste est d?autant plus apprécié si l?aide n?a pas été sollicitée. Ismael Cooraban, un proche de Rashid Beebee-jaun, député travailliste, explique comment l?élu de Port-Louis a financé une bonne partie des dépenses du mariage d?une habitante de la circonscription d?origine très modeste.

Rajesh Jeetah, élu au n° 7 en décembre 2003, a parfois adopté la même attitude. « Nous étions en train d?organiser une petite fête culturelle. Et Jeetah nous a proposé spontanément un sac de farine alors qu?on n?avait fait que l?inviter » explique Kistna Assirigadoo, président du Conseil de village de L?Amitié.

Cela fait aussi partie de la méthode Rajesh Bhagwan. «Quand il a la possibilité d?aider pour les mariages et les enterrements », explique Yvette Allagapen, de Petite-Rivière. « Il offre, par exemple, des sachets de lait pour les veillées mortuaires. » Offrir des cadeaux pour les fêtes religieuses, ça paie à tous les coups. On attend toutefois beaucoup plus des députés. Des électeurs ne se font pas prier pour réclamer un emploi pour le petit frère au chômage ou l?amélioration d?infrastructure dans la région. A ce titre, les députés de l?opposition sont cependant moins exposés que ceux de la majorité. « Il faut être juste, quand on est un député de la majorité ou même un ministre; on a beaucoup plus de moyens de faire avancer les choses que quand on est dans l?opposition », pense un activiste de l?écologie et des droits de l?homme de Rivière-du-Rempart.

Ainsi, certains tiennent moins rigueur aux députés de l?opposition de n?avoir pas aidé directement la circonscription durant leur mandat. Ils ne sont pas aussi conciliants avec ceux de la majorité. A eux, on demande davantage et on ne leur concède que peu de circonstances atténuantes. S?ils n?ont pas les pouvoirs de prendre des décisions et d?initier des projets, on attend d?eux qu?ils convainquent les ministres concernés de le faire.

Dev Hurnam apparaît ainsi comme un bon élève. Malgré ses démêlés avec la justice, il a continué à fréquenter sa circonscription et à aider chaque fois qu?il le pouvait. Un groupe d?habitants de Pamplemousses, plutôt proche du Parti travailliste, explique, « ki li finn edé cot li kapav. Et parfoi li finn pose kestion lor nou bann problem dans Parlement ». Nizam Nasroolah, du comité de quartier de Vallée-Pitot, estime que les députés de sa localité ont aidé la région chacun à sa manière. « Said Maudarbacus, n?étant pas ministre, a épaulé ses camarades ministres et a posé une certain nombre de questions au Parlement sur les problèmes que nous connaissons », se satisfait-il.

Certains députés sont toutefois plus puissants que d?autres. C?est le cas des private parliamentary secretaries (PPS). Et on attend davantage d?eux. Prakash Meenowa s?en tire avec des bons points. Les forces vives de la circonscription estiment dans leur majorité que le PPS mauve a utilisé ses prérogatives pour accélérer certains travaux parfois ou en initier d?autres là où il le fallait. Mais ce type de compliments n?a pas vraiment été entendu à l?adresse de Jyaneshwur Jhurry, ancien PPS à Pamplemousses-Triolet. « Il s?est engagé sur quelques projets dans la circonscription. A Pointe-aux-Piments, on l?a vu assez peu. Pour moi, c?est un assez mauvais PPS » juge Raj Prayag.

Les moins assidus

Restent les ministres députés. Ce sont ceux qui se font juger le plus sévèrement par les mandants dès qu?ils n?abattent pas le travail qu?on attend d?eux. Selon les personnes interrogées, il n?y a que deux catégories de ministres : ceux qui bossent et ceux qui ne bossent pas. Emmanuel Leung Shing, Ahmad Jeewah et Motee Ramdass arrivent à attirer une certaine reconnaissance pour le travail accompli et leur efficacité sur le terrain.

Les compliments sont moins chaleureux à l?égard de Ravi Yerrigadoo, Sangeet Fowdar, Prem Koonjoo et Pravind Jugnauth. Au leader du MSM, on reproche d?être distant mais aussi de ne pas suffisamment s?intéresser au développement de sa circonscription. « Pravind Jugnauth se fait représenter à sa permanence par des agents. Nous avons voté pour avoir des députés et c?est à eux et non à leurs agents de relayer nos doléances », se plaint Eddy Appollon, président du conseil de village de Bambous-Virieux.

Mais c?est Ravi Yerrigadoo qui est de loin le ministre le plus décrié. A Rivière-du-Rempart et ailleurs dans la circonscription numéro 7, on ne lui pardonne pas ses absences répétées et les promesses non tenues. Il va servir d?exemple d?ailleurs. C?est ce qui arrivent aux députés non performants. Ils n?obtiennent pas de ticket.

■ Rabin BHUJUN, Renaud MARIE, Elwyn CHUTEL et Erick BRELU-BRELU

Les réseaux : une méthode qui marche

Comment être présent partout, répondre à un maximum de demandes ? C?est une technique qui se travaille. Il y a d?abord le réseau d?agents à développer, un dans chaque quartier qui agit comme relais entre le député et l?électeur, ce qui permet au député de répondre « presque immédiatement » à, voire d?anticiper, les demandes. Les députés débrouillards ont su en créer. Clubs ou associations peuvent agir aussi comme un réseau. « Dans certaines circonscriptions, la grosse majorité des responsables des forces vives des différents quartiers sont des agents politiques », explique l?un d?eux. « Quand il n?y a pas de forces vives, les agents en créent », ajoute un ancien conseiller « proche des mauves ». Une autre méthode : faire bon usage des Citizens Advice Bureaux (CAB). Les CAB permettent à l?élu non seulement de recevoir ses mandants, mais également de trouver, à travers les fonctionnaires présents, des solutions aux problèmes administratifs que rencontrent les « ti-dimoun ». C?est une sorte de rampe de lancement. « Les fonctionnaires qui s?y trouvent sont très dynamiques et sont entièrement au service d?un homme », constate Feroz, de Saint-Pierre, qui explique que le député de la région organise de « nombreuses réunions dans les centres de jeunesse » avec les habitants pour écouter leurs doléances et leur proposer des solutions concrètes et rapides. Mais, bien sûr, il faut savoir faire bon usage de ces techniques. Un caractère fonceur, de l?autorité, le sens de l?organisation, une certaine expérience de l?administration municipale, suffisante pour savoir développer les projets importants aux yeux des citoyens, ça aide.

Les moyens

Pour aider les élus à remplir correctement leurs devoirs auprès de leurs mandants, l?Etat les dote de maintes facilités. Ainsi, en sus d?un salaire mensuel de Rs 35 000, chaque député, qui n?a pas d?autre responsabilité, a droit à une allocation mensuelle de Rs 5 000 pour se payer les services d?un « constituency clerk ». Il bénéficie aussi d?une voiture hors taxes, d?un ordinateur portable, d?un téléphone gratuit sur le réseau fixe et d?une allocation mensuelle de Rs 600 pour l?internet.

Les ministres et « parliamentary private secretaries » qui ont des fonctions à plein temps touchent davantage. Par contre, le vice-président de l?Assemblée nationale, le « deputy-chairman of Committees », le président du Public Accounts Committee, le Whip de la majorité et celui de l?opposition perçoivent un cachet différent, tout en ayant le loisir de conserver leur emploi.

Interventions

L?apparence peut parfois être trompeuse, car on a souvent tendance à juger la performance d?un député par le nombre de questions inscrites à son nom à chaque séance parlementaire. Or, si la plupart des députés font l?effort de rester collés à l?actualité en interpellant l?exécutif sur les sujets brûlants, d?autres se fient au travail collectif pour choisir les thèmes de leurs interpellations. En effet, dans certains cas, il revient aux « whips » de rédiger des questions qui sont ensuite logées au nom de leurs collègues un peu moins appliqués.

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