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Démonstration de force pour booster le tourisme

9 février 2006, 20:00

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Les Assises du tourisme ont démarré hier dans une ambiance de fête foraine. Professionnels et amateurs, étudiants et experts, secteur public et secteur privé se sont tous côtoyés le temps d?une journée riche en débats.

La séance plénière a d?abord donné lieu à une démonstration de force. Force de la foule, avec une salle comble et quelque 3 000 personnes. Force des propos du Premier ministre qui veut tripler le nombre des arrivées touristiques (voir ci-dessous). Force aussi des experts européens qui ont lancé les Assises en parlant branding et déréglementation aérienne ou encore nouvelles technologies, compétitivité et perspectives.

La séance plénière a surtout permis de poser le problème. Charge aux intervenants et aux participants des 18 ateliers de travail, étalés sur deux jours, de proposer des solutions. Mais dès la fin de la matinée, les débats commençaient à faire rage.

?C?est le big bazar. Il y a trop de gens disparates, étudiants et professionnels réunis. Comment allons nous travailler ?? s?inquiétait déjà un spécialiste de la formation hôtelière. Ses critiques étaient reprises par plusieurs autres professionnels, un peu coincés dans leurs beaux costumes. Il faut dire qu?à ce moment là, la foire battait son plein avec plus de gens en dehors qu?au-dedans de la salle de séance. Le tout au rythme d?une salsa diffusée par les haut-parleurs?

Certains n?hésitaient pas à critiquer le choix des thèmes, voire celui des intervenants pour la séance plénière. ?Pourquoi ne pas avoir fait une place aux PME ?? s?évertuait à clamer Bissoon Mungroo, président de l?association des petits hôtels. Pourquoi avoir donné l?occasion à TUI de faire une présentation et non pas à Virgin ? Pourquoi pas Air Mauritius ?

Au moins une certitude : le tourisme suscite toutes les passions. Et, hormis quelques couacs dans la première présentation power point, l?enthousiasme du plus grand nombre a prévalu sur les critiques.

Le P.-d.g. d?un grand groupe commercial, aujourd?hui fermement engagé dans le tourisme, est venu prendre les critiques à contre-pied. ?C?est formidable de voir autant de monde?, s?est-il réjoui. Pour lui, il faut que le tourisme soit ?l?affaire de tout le monde. Il faut que les Mauriciens s?approprient le tourisme?.

Arnaud Martin, directeur commercial de One&Only Resorts est tout aussi enthousiaste. ?J?avoue que j?ai appris des choses durant la séance plénière en écoutant certains conférenciers?, n?hésite-t-il pas à assurer.

Réconcilier environnement et développement

Après la pause-déjeuner, les neuf premiers ateliers de travail (étalés sur 2 h 45 et se déroulant en simultané) ont déjà fait avancer le débat. C?est en tout cas la constatation faite en survolant la plupart des thèmes proposés. Développement du produit, formation, tourisme vert ou encore tendances sur les grands marchés et les marchés émergents (France, Allemagne, Inde ou Chine) mais aussi le tourisme de conférence (MICE) ou encore le cas Rodriguais, entre autres sujets, les ateliers de travail ont attiré de petits groupes de cinquante à cent personnes.

Dans l?atelier sur l?approche collective, les experts ont plaidé pour une responsabilisation de tous, notamment du public. ?Regardez ce qu?est devenue la plage publique de La Cuvette, une plage cinq-étoiles qui a coûté plus de Rs 10 millions?, a regretté Lalita Sanspeur, officer in charge à la Tourism Authority.

Beaucoup de passion également dans l?atelier sur Rodrigues. La petite salle était comble. Agrandissement de la piste, coût du billet, manque de promotion, retrait du vol direct avec la Réunion ? ?Le grand point d?interrogation est : qui doit intervenir?, lâche Serge Clair, chef commissaire et responsable du dossier tourisme pour l?île autonome.

?Il faut structurer et normaliser le secteur de l?écotourisme?, insiste Pierre Baissac de la Mauritius Wildlife Foundation lors de l?atelier de travail sur le tourisme vert. Structurer mais aussi former les guides, ajoute-t-il.

Et dans l?atelier sur le développement du produit touristique, il a été question de tourisme culturel. ?Toute l?île Maurice devrait être un heritage site?, a lâché un expert en pa-trimoine national, en poste à l?Aapravasi Ghat.

Au niveau planification, un urbaniste du ministère des Terres et du Logement a mis l?accent sur l?importance de réconcilier développement et environnement?

Les tabous vont-ils tomber lors des Assi-ses ? Les débats se poursuivent aujourd?hui et devraient aboutir à des recommandations.

DÉVELOPPEMENT

L?État s?engage

■ Un choc d?idées qui devrait définir une stratégie visant à faire de Maurice ?the best island destination in the world?. Telle est l?idée derrière les Assises. L?objectif fixé par le gouvernement, à savoir deux millions de touristes par an, est ambitieux, mais en oeuvrant de concert, les partenaires de l?industrie devraient l?atteindre.

L?optimisme est dopé par les bons résultats obtenus durant la haute saison, notamment en décembre (+16,5 %) et janvier (+18 %). Il est aujourd?hui con-fiant de pouvoir réaliser une croissance supérieure à 10 % en 2006.

Alors que les piliers économiques traditionnels que sont le sucre et le textile vacillent, l?Etat est conscient que le tourisme représente une porte de sortie pour Maurice.

Avant même le début des discussions lors de l?ouverture des Assises hier matin, le Premier ministre a tenu à exprimer la contribution que le gouvernement compte faire afin de booster l?industrie touristique : maintenir et moderniser l?infrastructure physique ; assurer la sécurité des visiteurs et des citoyens ; préserver et embellir l?environnement à travers l?éducation et, si besoin est, prendre des sanctions ; accélérer le transit des passagers à l?aéroport ; utiliser à bon escient les fonds alloués pour la promotion du pays ; faciliter le développement de l?éco-tourisme aussi bien que du tourisme médical et culturel ; améliorer l?éducation et la formation dans l?industrie touristique et empêcher l?entrée de maladies contagieuses au pays.

Le gouvernement a aussi déjà mis certains projets en chantier. En octroyant à un seul ministère les dossiers du tourisme et des communications extérieures, une synergie a pu être créée.

Le ministre, Xavier-Luc Duval, soutient que des résultats concrets sont visibles, notamment l?ouverture partielle du ciel, qui a permis d?augmenter le nombre de sièges d?avions disponibles et, par conséquent, les arrivées. Dans le même souffle, le budget de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) a été doublé.

Tout en voulant baisser davantage le prix du billet d?avion, le gouvernement n?a pas l?intention de faire une fleur au tourisme de masse. Il compte faire une ségrégation entre le long-courrier et les pays avoisinants. Le marché régional devrait disposer d?une structure tarifaire différente puisque l?objectif est d?arriver à avoir des tarifs bas pour les trajets entre pays voisins.

L?Etat veut aussi attirer davantage de croisières. Un terminal dédié sera prochainement aménagé à côté du Caudan. Il est aussi question de revaloriser les sites liés au patrimoine local. La restauration de La Citadelle ne sera qu?un début. Et il faudra aussi soigner les atouts de l?industrie : sa main-d??uvre et la qua-lité de l?accueil des Mauriciens. Le Tourism Welfare Fund aidera les employés avec la création de crèches et jardins d?enfants. Une priorité sera le soutien aux familles monoparentales.

?Ceux qui ont accès aux atouts les plus précieux de ce pays ont la responsabilité de contribuer au bien-être et au développement de la communauté au sein de laquelle ils opèrent?, affirme le Premier ministre. Après tout, le nouveau slogan est ?le tourisme pour tous?.

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