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Démocratiser la pensée
C?est piquant de penser que démocratisation de l?économie rime avec une meilleure distribution des richesses. À l?époque, les héros du marxisme et du stalinisme, version abâtardie du social-communisme, voulaient faire la même chose. C?était il y a cinquante, voire cent ans. Aujourd?hui, après les multiples péripéties du radical-communisme, du socialisme, du capitalisme et de tous leurs avatars imaginables, les grands pontes de la politique et les illustres visionnaires de l?économie mauricienne ont décrété qu?il fallait démocratiser l?économie. Remettre en question une telle volonté serait de faire preuve de mauvaise foi. Pourtant, le scepticisme règne. Ramgoolam veut démocratiser l?économie. Il a étoffé sa ligue épique de noms révolutionnaires, soit les Bachoo et consorts. Mais il n?y a pas que Ramgoolam et son groupe d?affidés. Il y a aussi le MSM qui, désormais et systématiquement, ne rate pas une occasion de rappeler que ce sont eux qui sont en train de démocratiser l?économie dans les faits.
C?est dans l?air du temps et c?est tant mieux que le MSM et le PTr aient finalement pu trouver ce qui les lie. Un même combat en faveur d?une économie ouverte. Mais ne nous méprenons pas. Il ne s?agit pas d?ouvrir l?économie aux grands vents d?un océan déchaîné de la mondialisation. Ici, il est simplement question de prendre aux riches pour donner aux pauvres. Noble v?u. Travail impossible. Sinon les Lénine et Mao, entre autres, auraient vite fait de devenir des prophètes des temps modernes. Alors les minuscules leaders peuvent passer? Parce que la démocratisation de l?économie ne veut rien dire. Surtout dans le contexte mauricien où nous avons l?art de convertir des slogans creux en politique générale.
Le système économique mondial pose désormais un grand défi aux économies nationales. À travers le monde, les populistes, les fanatiques et les nationalistes ont su profiter des nouvelles contraintes pour raviver les pires hantises et fantasmes. Tout est ainsi focalisé sur cette poignée de privilégiés qui deviennent la cause de la paupérisation de larges pans de la société. En d?autres temps, c?étaient les Juifs. Dans certains pays, c?était la baronnie aristocratique. Dans les sociétés autrefois colonisées, les plus vilipendés sont les descendants des colons. Les classes possédantes ont ainsi pris de multiples formes à travers les époques.
Il n?est pas étonnant qu?à Maurice, la population blanche, qui, par ailleurs et significativement, ne figure jamais dans la grande classification des politiques sur les fameuses composantes de la nation, suscite le double sentiment de haine et de fascination. Il n?est ainsi plus question d?un groupe de possédants comme c?est le cas à travers le monde, mais d?héritiers et de vestiges du colonialisme. C?est un faux débat et toutes les personnes raisonnables le savent. Sauf qu?en politique lorsqu?on vise le pouvoir, un argument ne se mesure que par son poids électoraliste.
La vraie question, elle, est ailleurs. Mais au préalable, il faut reconnaître que ni Bérenger ni Ramgoolam n?ont de solution miracle. Par contre, certains hommes autour d?eux pourraient bien avoir des éléments de réponse à cette grande problématique d?une globalisation économique tentaculaire. Il est cependant peu probable, à cause du nombrilisme ou de la pusillanimité de leurs leaders, qu?ils puissent mettre en ?uvre des politiques qui armeraient plus efficacement le pays pour affronter les défis d?une mondialisation qui creuse le fossé entre riches et pauvres.
Là est la vraie question. C?est, d?une part, une question d?hommes et, d?autre part, une question de rationalité économique. Les grandes théories moralisatrices et populistes sur la démocratisation économique n?y feront rien. Face aux athées du nihilisme politique et aux bondieuseries des précieux politiques, les agnostiques politiques sont ceux qui sont le plus à même d?incarner des valeurs nouvelles dans le capharnaüm économique. Ce serait une bonne manière de libérer la pensée de ses chaînes électoralistes.
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