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Démasqués
Comment a-t-on pu en arriver là ? Une vague bruissante d?affaires, les unes plus scandaleuses que les autres, continue à déferler sur le pays. A une époque où nous avons besoin de références fortes pour inciter à la discipline et au travail, une série de scandales installe le pays dans une ambiance d?intrigues, de malversations et de complots.
De la caisse noire d?Air Mauritius aux attentats allégués du réseau Deelchand en passant par le détournement des dépôts du Fonds national de pension (NPF), la vénalité dans notre société ne cesse d?être mise à nu. Toutefois, ces affaires qui font irruption dans l?actualité ont un point commun. Il s?agit, dans tous les cas de pratiques qui remontent à plusieurs années de cela mais qui débouchent seulement maintenant sur des enquêtes.
Dans l?ensemble, la police tire son épingle du jeu. Elle tente la difficile tâche de faire la lumière sur des irrégularités cachées pendant longtemps. Il arrive aux enquêteurs d?être parfois excessivement prudents mais on comprend que leur travail est fastidieux et requiert beaucoup de soins.
En particulier dans l?affaire Air Mauritius, les procédures paraissent bien longues. Cela a conduit l?opinion à spéculer sur un possible étouffement du scandale. Elle a développé ce réflexe car pendant trop longtemps, on l?a habituée à l?impunité des notables. Pendant 18 ans, plus de Rs 85 millions de la compagnie nationale ont été détournés sans que personne ne le sache.
L?appel de l?ancien directeur financier d?Air Mauritius, Gérard Tyack, entendu hier est une étape qui fera considérablement évoluer la situation. Ce dernier demande une réduction de la peine de trois ans qui lui a été infligée. Une fois son sort réglé, ce qui est une question de semaines, voire de jours, il pourra témoigner contre les autres protagonistes de l?affaire.
Il est vrai que ce sont les aveux du repenti Gérard Tyack, et les entrées notées dans son ?cash book?, qui ont aidé la police à démêler l?écheveau de la caisse noire. Cependant, le déclic est venu de Jack Bizlall qui a mené une enquête minutieuse et tracé la voie pour les futurs dénonciateurs. Il avait choisi, à l?époque, de porter plainte à la police et non à l?Economic Crime Office.
Dans l?affaire du détournement des dépôts du NPF, ce sont précisément les cafouillages de l?Icac qui n?ont pas permis de faire éclater plus rapidement la vérité. Cet organisme qui se cherche encore et qui avance en titubant ( en zigzaguant, disent les dirigeants du pays) a eu des gestes inexpliqués dans cette affaire. Depuis que la police s?est saisie de l?affaire, il y a un espoir que les véritables coupables seront un jour démasqués. La police devrait au moins être capable d?amener le principal bénéficiaire présumé des fonds détournés, Teeren Appasamy, à la table des enquêteurs.
Ensuite, il y a depuis le 24 mars dernier le déballage effarant d?une série d?agissements sinistres commandités par des esprits retors et probablement exécutés grâce à leurs accointances avec des hauts gradés de la force policière. L?enquête ne semble épargner personne pour l?instant même si les man?uvres d?un des suspects peuvent paraître comme un affront à la justice du pays.
Pour les officiers de police qui avaient inscrit ?accused unknown? en croyant classer pour de bon certains dossiers, le constat que les temps ont changé est douloureux.
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