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Dyslexie : cinq minutes pour sortir les enfants du flou
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Dyslexie : cinq minutes pour sortir les enfants du flou
«Il est en Standard Six et ne sait même pas écrire son nom.» La détresse de ce parent n?est pas un autre scénario de la pauvreté. Mais le problème auquel sont souvent confrontées nombre de familles dont les enfants sont atteints de dyslexie. Qui, laissés à eux-mêmes et exclus, faute d?encadrement parental ou professionnel, régressent, alors qu?ils ont, par ailleurs, des dons uniques.
Dans l?état actuel des choses, malgré les efforts des services de Santé, des petits Mauriciens n?ont pas de suivi suffisant. Pourtant, face à la dyslexie, le travail quotidien repose autant sur les parents que sur les professionnels de l?Education ou de la Santé. Et les gestes sont simples.
Mais tout d?abord, les définitions sont essentielles pour bien s?y retrouver. La dyslexie est un trouble de l?apprentissage. Elle se traduit par des difficultés pour le sujet à lire et à écrire. «Il s?agit d?abord d?un problème d?assimilation de l?écrit et de la lecture lié à une mauvaise coordination des sens», nous explique Anushka Mantri, speech therapist. «Il y a deux grandes familles de patients. Ceux dont les troubles sont d?ordre neurologique et ceux dont les troubles sont d?origine psychologique. On range la dyslexie dans la première catégorie».
Anushka Mantri est amenée à rencontrer des sujets qui souffrent de problèmes de communication. «Un des grands problèmes au départ est qu?on a tendance soit à amalgamer tout trouble d?apprentissage avec la dyslexie, soit au contraire à ne pas le remarquer assez tôt.» Or, ajoute notre interlocutrice, il est très important de pouvoir «aider» l?enfant au plus tôt. «Tout en sachant qu?il existe souvent d?autres facteurs qui empêchent l?enfant de fonctionner correctement. Il importe d?être très attentif.»
Une des premières tâches du speech therapist est naturellement d?évaluer les possibilités de l?enfant. «Non pas en cherchant exclusivement les signes de dyslexie mais en ayant une approche globale qui détecte autant les qualités que les défauts de l?enfant. Car s?il a des difficultés à interpréter signes et sons associés aux lettres de l?alphabet, l?enfant dyslexique est très souvent beaucoup plus doué que la moyenne dans des domaines précis.»
<B>Couper des carottes en «l»</B>
L?exemple le plus fameux est celui du père de la physique moderne, Albert Einstein. Les thérapeutes, comme les parents, doivent miser sur ces qualités tout en cherchant à réduire le déséquilibre qui pourrait naître par la coïncidence avec les obstacles posés par la dyslexie.
L?examen a aussi une vertu : celle de reconnaître les spécificités de chaque enfant. «La dyslexie se manifeste avec toute une série de symptômes qui peuvent aider un éducateur ou un professionnel de la santé à diagnostiquer le problème. Les symptômes sont les mêmes chez chaque enfant. Mais l?intensité de la dyslexie varie d?un sujet à un autre». Donc si l?enfant a plus de deux signes de dyslexie, un traitement s?imposera.
Comme il ne s?agit pas d?un sujet qui présente des retards, il faut, si on le place dans une école spécialisée, que l?enfant fasse l?objet d?un streaming, pour que, par exemple, sa fréquentation d?enfants ayant des handicaps lourds ne résulte pas par la reproduction de certains comportements liés à ces handicaps.»
Dans l?idéal, souligne toutefois notre interlocutrice, il faudrait une école spécialisée ainsi que des enseignants et pédiatres formés pour que toute anomalie puisse être détectée et référée assez tôt dans l?évolution de l?enfant. «Il y a tellement de circonstances qui finissent par aggraver les troubles de l?enfant, comme un encadrement insuffisant des parents qui ne savent tout simplement l?élever, lui accorder l?attention requise, que tout ce qui peut être entrepris doit l?être.»
Les parents, justement, au lieu de se sentir démunis et incapables de consacrer suffisamment de temps à leur progéniture, doivent agir avec discernement : «La façon de procéder pour redonner confiance à l?enfant varie d?un cas à l?autre. On ne va pas recommander dans tous les cas par exemple, de demander à l?enfant d?employer toujours un même mot, ?donner? par exemple pour qu?il obtienne un jouet, mais cela est envisageable si efficace et pas traumatisant.»
L?enfant a besoin d?une attention soutenue, d?exercices à pratiquer qu?une séance toutes les trois semaines ne peut entièrement satisfaire. Il ne coûtera pas à un parent de demander à son fils ou à sa fille de dessiner des lettres dans de la farine alors qu?il cuisine. L?enfant peut aussi prendre du plaisir à couper des carottes en «l» ou des pommes de terres en «b» alors que sa mère prépare le repas? «Un dislexique voit les lettres et les mots dans un flou, il n?arrive pas toujours à les associer à un son. Pour l?aider, le parent peut tout simplement lui consacrer cinq minutes par jour.»
<B>Couverture sociale</B>
Il y a aussi des techniques propres à la thérapie, que le professionnel est en mesure de prodiguer. «Des techniques qui doivent être propres à Maurice. Et chacun procède selon sa formation universitaire et son expérience. On se gardera de s?inspirer strictement des contextes américains ou européens.» Dans le même temps, ajoute la speech therapist, il vaut mieux que les parents ne changent pas à tout va de spécialiste pour comparer les méthodes. Cela diminue la portée du travail sur l?enfant.
Actuellement, pour tous les cas qui existent dans le pays, il n?y a qu?un nombre restreint de professionnels? Alors que selon les statistiques officielles, entre 5 et 10 % des enfants dans le monde sont à divers degrés dyslexiques?
La volonté politique existe-t-elle pour aider les familles touchées par ce dysfonctionnement de l?enfant. «Il faudrait peut-être à tout le moins penser à une couverture sociale ou une prise en charge par les assurances», pense Anushka Mantri.
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