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Du soleil plein la vue
Une heure supplémentaire pour tirer profit du soleil estival dès ses premiers rayons. C?est ce que propose le ministre des Finances, Rama Sithanen. Mais soyons clair, il ne s?agit pas que de gagner une heure de lumière naturelle par simple plaisir. L?objectif est de réduire la consommation énergétique qui est plus importante le soir que tôt le matin.
«Nous prenons aujourd?hui la décision d?adopter l?heure d?été à Maurice, et donc, de repousser l?horloge d?une heure à compter du 1er novembre 2008 au 31 mars 2009 [?] cette mesure ne sera établie que sur une base pilote et reconduite annuellement si elle se révèle bénéfique et apporte non seulement les bénéfices escomptés en matière d?économie d?énergie mais aussi en allouant plus de temps aux activités de loisirs, de shopping ou de sports entre autres.» Clairement, Rama Sithanen lie cette décision à des considérations économiques.
Toutefois, l?impression d?une décision prise sans étude préalable sur les impacts sociaux et économiques plane. L?ancien ministre de l?Energie, Swalay Kasenally, qui avait introduit en 1982 pour la première fois l?heure d?été, regrette qu?il n?y ait pas eu «de campagne d?information préalable, de consultations avec les acteurs, syndicats, opérateurs des secteurs du tourisme, de l?agriculture, de l?offshore, ou de la zone franche». Il y a 25 ans, cette mesure «avant-gardiste» n?a pas été maintenue pour des raisons, notamment politiques, «le MMM [ayant] quitté le gouvernement le 22 mars 1983, c?est-à-dire peu de temps après la fin de cette période du summer time. Il n?y a pas eu de suivi sur l?impact de cette mesure». Et l?heure d?été a été remisée au placard.
Différents secteurs d?activité devraient être concernés par l?adoption de l?heure d?été. À commencer par les entreprises de Business Process Outsourcing (BPO) et les centres d?appels. Ces entreprises travaillent principalement avec des clients européens, français ou anglais majoritairement. Outre des coûts d?opération meilleur marché et une main-d??uvre compétente, les clients européens profitent aussi du décalage horaire relativement faible avec Maurice. Doit-on s?attendre à des aménagements spécifiques ? Comment gérer un décalage durant la période d?été austral passant de quatre heures à cinq heures entre Londres et Port Louis, et de trois heures à quatre heures entre Paris et Maurice ?
<B>Pas d?incidence sur le BPO et le tourisme </B>
Le directeur d?Euro CRM Mauritius Ltd, Roshan Seetohul, «ne pense pas que cela va affecter [ses] activités». Ce système prévaut déjà en France, le principal marché d?Euro CRM. «Nous travaillons déjà avec des horaires décalés. Un décalage supplémentaire d?une heure est acceptable, cela ne va pas causer de grande incidence sur notre travail.» L?économiste Pierre Dinan abonde dans le même sens. «Les activités de BPO ne devraient pas souffrir, comme pour le tourisme, du passage à l?heure d?été. Ce sont des secteurs où la majorité des opérateurs travaillent 24h sur 24h et 7 jours sur 7.» Roshan Seetohul argumente justement sur ce point pour démontrer l?absence de «changements majeurs» dans son travail»
En fait, selon Pierre Dinan, c?est davantage du côté de l?offshore que «des petits soucis» peuvent apparaître. L?offshore mauricien jouit d?une position géographique et d?horaires satisfaisants pour les entreprises européennes. «Le décalage horaire s?accentuera passant à cinq heures avec l?Angleterre durant l?été à Maurice. Pour autant, je ne crois pas que cela empêchera les opérateurs européens de continuer à travailler avec Maurice, il faudra en fait que les opérateurs locaux soient prêts à travailler plus tard car l?essentiel est de toujours pouvoir répondre dans les meilleurs délais à la clientèle.» Point relativement négatif si l?on se cantonne aux marchés européens, mais «positif car Maurice se rapproche de l?Est, des marchés émergents de l?Inde, la Chine, HongKong et Singapour», note Pierre Dinan.
Rama Sithanen attend voir l?impact de l?heure d?été sur les activités de shopping des consommateurs mauriciens. Une heure de soleil supplémentaire pour faire des emplettes. Pour Nicolas Kan Wah, directeur de London Way, «il y a déjà une habitude des Mauriciens à faire leurs courses en fin de journée». Cependant, cette activité de fin de journée est à mettre davantage en rapport avec «la grandeur du magasin, plus apte à ouvrir jusqu?à tard compte tenu de la fréquentation».
Mais alors, l?heure d?été ne motiverait pas les opérateurs à rester ouverts une heure de plus et les Mauriciens à en profiter ? «Si on dit que ça permettra à des Mauriciens de faire du shopping en début de soirée pour disposer de davantage de temps le week-end pour les loisirs, je pense que c?est bien. Mais si on s?attend à ce que ça les encourage à consommer plus, alors qu?ils consomment déjà beaucoup, alors là je dis non !», martèle, non sans humour, Pierre Dinan.
«Je ne crois pas que ce soit lié à l?heure d?été, ça relève plus des habitudes du consommateur» résume Nicolas Kan Wah. Selon lui, l?impact ne peut être immédiat, il faut attendre pour en juger. «Mais d?autres facteurs sont bien plus importants : l?accès aux transports aux heures tardives, par exemple, parce que sinon, rien ne sert de rester ouvert plus longtemps, heure d?été ou pas».
Au total, l?adoption de l?heure d?été ne semble pas susciter de chamboulements particuliers. Quelques aménagements tout au plus. N?oublions pas que l?enjeu premier est de réaliser des économies d?énergie ? 15 Mégawatts ? ce qui n?est pas négligeable. Cette mesure ne saurait, pour autant, se suffire à elle-même. Tant du point de vue énergétique qu?économique, «c?est un plus pour le pays», souligne Roshan Seetohul. «Cela se fait ailleurs et avec la globalisation Maurice ne peut rater le wagon, il n?y a que des habitudes à faire évoluer.» Mais Swalay Kasenally trouve surtout «qu?il faut un consensus national et une approche non partisane car l?économique et le social sont directement concernés». Et d?appeler le gouvernement à «renvoyer cette mesure pour l?année prochaine afin de mieux préparer l?opinion, de vulgariser les tenants et aboutissants». Eviter la hâte pour qu?une telle mesure soit bénéfique pour les économies d?énergie et l?ensemble des opérateurs économiques compte tenu des implications socio-économiques très nettes.
Ailleurs dans le monde </B>
La Tunisie en 2007, le Maroc et le Pakistan cette année. L?adoption de l?heure d?été semble faire des émules. Il faut dire que de nombreux pays, surtout de l?hémisphère nord, ont adopté ce système qui permet non seulement de faire des gains d?énergie mais aussi d?accroître sensiblement les périodes d?activités des populations. En Europe, la Commission européenne a harmonisé les dates de changement d?horaires en 1996. Dans les pays proches de l?équateur, un horaire d?été n?est pas nécessaire. La durée des journées reste sensiblement identique tout le long de l?année. L?écart grandit à mesure que l?on approche des pôles. Dans la région, Maurice fera figure d?exception ; seuls la Namibie, le Pakistan et les régions occidentales de l?Australie ? si on voit plus large ? appliquent le changement horaire en cours d?année.
QUESTIONS À?
<B>Khalil Elahee Universitaire
● Comment accueillez-vous la décision de passer à l?heure d?été en novembre ? Fera-t-on des économies ?</B>
Novembre 2008, c?est dans quelques mois ! Il aurait fallu deux mesures au préalable. D?abord, une large consultation compte tenu des implications sociales et économiques. Deuxièmement, pendant tout l?été d?une année qu?on aurait utilisé comme référence, on aurait dû étudier tant les habitudes que la consommation d?énergie de différents secteurs. Cela aurait permis de mesurer l?impact réel d?un projet pilote. Faute de référence, nous aurons du mal à quantifier les bénéfices. Surtout dans une société en mutation avec des activités croissantes dans les technologies de l?information et de la communication, le port ou l?éducation, qui ne se font plus que le jour.
● <B>Pourquoi la mesure n?a pas fonctionné en 1982 ?</B>
Encore une fois, c?est difficile de faire un constat si nous n?avons pas avec des chiffres à l?appui. Toutefois, la différence de durée du jour entre l?été et l?hiver est à peine d?une heure à Maurice. Ailleurs où le Daylight Saving Time marche, cette différence peut aller jusqu?à 10 heures. Ensuite, il n?y a pas de petit état insulaire de la même latitude que la nôtre qui peut démontrer que l?heure d?été fonctionne. Deux éléments auraient pesé sur la décision de ne pas continuer avec l?heure d?été : la pression sociale et le prix peu élevé du pétrole surtout après 1983.
● <B>Plus que l?heure d?été, les mesures sont cruciales. </B>
Un arsenal pour des économies d?énergie?
Tout à fait. Il ne faut pas se tromper de priorité. Outre la bagasse et l?éthanol, que nous semblons placer au second plan, il faut une culture de gestion de l?énergie à tous les niveaux. À quoi bon passer à l?heure d?été si, à 7 heures du matin, nous devons utiliser l?électricité pour éclairer nos routes, nos maisons, nos bureaux et nos usines ? Le pire est que les plans pour générer ce courant sont à partir du charbon à Pointe-aux-Caves ou de l?huile lourde à Fort Victoria. Le discours du budget a fait l?impasse sur ces projets. Il est impératif d?activer l?accord signé entre les sucriers et le Premier ministre en décembre 2007. Cela permettrait de produire rapidement plus d?électricité et de l?éthanol pour nos véhicules, à partir de la canne. Il faudra également assurer la modernisation du système de bus avec des véhicules hybrides. Il est temps de passer du gasoil polluant à l?électricité. Un dernier mot : il ne faut pas réduire le concept d«?île durable» à la question d?énergies renouvelables. «Maurice île durable», c?est le recyclage des déchets, la gestion de l?eau, la préservation des lagons, l?autosuffisance alimentaire et la distribution des richesses. C?est une vision et un projet de société fondés sur une approche globale. Pas le nom d?une taxe sur les carburants !
<B> Loisirs et tourisme</B>
■ Dans le secteur touristique, on se frotte les mains. Les touristes ? surtout européens fuyant l?hiver boréal et les journées courtes ? ne rechigneront pas à gagner une heure de lumière naturelle durant l?été austral. De fait, c?est l?ensemble des activités de loisirs ? a fortiori balnéaires - et le temps de consommation qui augmentent. En 1982 déjà, le secteur avait accueilli cette mesure. Cette année encore, il considère cette décision comme bienvenue, d?abord «en raison des conséquences positives en économie d?énergie» avance Patrice Legris, directeur de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice. Plus prosaïquement, Patrice Legris estime que «cela va probablement avantager les touristes car ils auront une heure de plus d?ensoleillement l?après-midi pour s?adonner à des activités extérieures». En même temps, les hôteliers devront se pencher sur les gains d?énergie possibles au niveau de leurs structures.
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