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Du doute à la conquête
Il est revenu à Pravind Jugnauth de dresser officiellement le bilan du gouvernement et de définir à travers le discours budgétaire les grandes orientations du projet que, dans l?éventualité d?une reconduction au pouvoir, l?alliance MSM-MMM compte mettre en place. Le budget 2005-2006 est en fait un véritable programme électoral car on voit mal ce que l?alliance majoritaire aurait d?autre à proposer. Dans le présent cas, les intérêts économiques recoupent les intérêts électoraux dans une équation qui légitimise le projet du gouvernement.
Certains crieront à un révoltant électoralisme. D?autres, à un juste retour d?ascenseur à une population qui a dû pendant quatre ans brider son impatience. Les partisans blanc-mauve peuvent donc jubiler. Les plus pessimistes craignent, pour leur part, que le pari ne soit trop osé et contribue à fragiliser un Etat et une industrie locale qui évoluent déjà dans un environnement économique mondial précaire.
Mais il demeure que le gouvernement a préparé soigneusement son coup. Le budget 2005-2006 donne ainsi l?impression d?avoir déjà été préparé, voire deux ans de cela et rangé méticuleusement dans un tiroir bien gardé avant d?être rendu public.
L?exercice financier n?est pas parfait mais le coup politique et électoral est, lui, magistral. A y regarder de près, même au niveau technique et de politique économique, il n?y a pas grand-chose qui puisse être reproché au ministre des Finances. Un exercice comptable réussi est, en effet, celui qui, au-delà des opérations de toilettage économique, parvient à conjuguer les rationalités et impératifs des chiffres et une vision à long terme qui intègre les préoccupations sociales profondes. En cela, les deux ministres des Finances du gouvernement MSM-MMM sont restés constants dans leur démarche. Reste maintenant à savoir si le coup qu?ils ont concocté va véritablement profiter à la population. Mais, au préalable, il faut se demander s?il existait beaucoup de choix.
L?économie mauricienne est soumise, depuis des années, à un régime de gestion de crise. On essaie, par tous les moyens imaginables, de sauver le sucre et le textile et de renforcer le secteur de l?hôtellerie. Le démantèlement des régimes préférentiels et celui de l?Accord multifibre ont révélé la grande fragilité de l?économie mauricienne. L?embryon cyberîle les multiples projets ?hub? et les difficultés liées au concept d?Integrated Resort Scheme demeurent des projets dont la pertinence ne se mesurera que sur le long terme.
Entre-temps, il fallait trouver une formule qui allait provoquer une véritable ?révolution? économique. Il ne fait pas de doute que le projet d?île Maurice hors taxes comporte des failles. Et pas des moindres. Au plan infrastructurel, il reste tout à créer pour rivaliser avec des destinations comme Singapour ou Dubayy. Il faut encore, au plan local, faire sortir les touristes des hôtels pour rendre réel un tourisme mauricien cohabitant avec un secteur hôtelier cinq-étoiles. L?île Maurice devra se développer comme la destination incontournable dans la région.
Une politique aérienne qui sert vraiment nos intérêts en s?appuyant sur une libéralisation adaptée doit être identifiée. Enfin et non des moindres, il s?agira de retenir au pays ces Mauriciens qui font du tourisme-shopping à l?étranger en certaines occasions exceptionnelles.
Le pari se joue à un autre palier également. Ce budget met en effet à l?épreuve le sens de la débrouillardise des Mauriciens. Les possibilités deviennent multiples. La démocratisation de l?économie prend une nouvelle dimension. La classe possédante traditionnelle reste frileuse. Une nouvelle classe d?entrepreneurs va-t-elle émerger ? Lorsqu?un dessein national se met en place, chacun est appelé à remplir sa responsabilité. L?Etat prend le risque ? ce n?est pourtant pas son rôle ?, au secteur privé de montrer qu?il est demeuré audacieux.
Après avoir douté pendant des années de lui-même, ce pays est appelé à prouver sa nature aventurière, à se donner un nouvel horizon et à retrouver la confiance dans l?action. Lorsqu?un gouvernement a pu calculer ainsi sur des années son coup, il reste seulement à espérer qu?il a aussi pris en compte les inévitables impondérables. En cela, il engage sa responsabilité morale?
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