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Du besoin de s?élever

1 novembre 2006, 00:00

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C?est la conséquence de mille maux. Le trouble du monde moderne. Un grincement continu de l?âme qui hérisse les nerfs. C?est la cause du malheur de l?homme contemporain. Il se lève mal. Mal dans sa peau. Pas bien dans son assiette. Contrarié dans son travail. Bousculé par son environnement immédiat. Trop d?attentes à porter sur de frêles épaules. Le résultat ? Évidemment le stress. Quel est ce mal qui a même été décrété mortel ?

La vulnérabilité de l?homme moderne repose sur sa dépendance et son accoutumance au culte de la réussite. Soit un besoin de s?affirmer et de s?inscrire dans une quotidienneté dont la règle fondamentale est de toujours faire plus et mieux. Pourtant, c?est dans la nature de l?humain d?être faillible et d?avoir des limites. Mais ce n?est pas dans la nature de la société moderne. On veut tout et tout de suite. Lorsque les circonstances nous éloignent de ces objectifs, c?est l?anxiété qui prend le pas. Il ne s?agit plus de la seule pression que la société de consommation fait subir à l?homme. Fondamentalement, les désirs et les attentes ont évolué. L?humain est circonscrit dans le présent. Chacune de ses actions doit produire un résultat positif. Autrement, c?est une perte de temps. Sa vie au sein de la famille, au travail et ses relations sociales sont basées sur un modèle de développement personnel où le critère principal reste sa capacité à séduire, à se surpasser et à conquérir. Il n?y a bien sûr rien de mal à tout cela. Sauf lorsque cela cause une profonde dénaturation de l?être. Désormais, dès qu?il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, cela est mis sur le compte du stress. Pernicieux prétexte pour masquer ses imperfections. Si le monde moderne a accéléré le rythme de la vie, il a aussi créé l?exutoire qui permet à l?humain de se déresponsabiliser de son malheur. Qu?implique le stress ? Une incapacité à prendre de la hauteur, une impossibilité congénitale à prendre de la distance. L?humain est dans l?événement à chaque instant de la vie et il doit se montrer à la hauteur des exigences qu?il doit remplir. Il ne peut plus sortir du monde. Il y est enfermé. Pour le libérer, la société contemporaine propose toute une panoplie de remèdes et d?experts. Pour s?extérioriser, il a le portable qui lui permet de se cloîtrer dans une parole virtuelle. Pour se confesser, il aura son analyste ou son psychanalyste. D?autres gourous des temps présents proposent des solutions prêtes-à-porter pour qu?ils puissent assumer leur destinée et les contradictions. De relations fictionnelles jusqu?au naufrage dans le son et l?image imaginaires, l?être est pris en sandwich entre le portable et le cabinet des guérisseurs de l?âme. Tout est pris en charge pour lui. Il ne lui reste plus qu?à assumer la vie qu?on lui a orchestrée. Gérer le stress est ainsi devenu le grand programme de l?homme moderne. C?est le principe de base même de la modernité. Comment s?en sortir quand on sait qu?on ne peut pas changer de monde ? Certes, mais on peut changer de peau. Le stress, ce n?est pas fatalement son lot. Voir plus haut, être capable de sortir de soi et c?est une image bien souvent ridicule de soi-même qu?on retrouve. Si tout le sens n?est que dans l?ici et le maintenant, si tout son être est empêtré dans la matérialité, il n?y aura de voie de sortie que dans un ailleurs de la transcendance. Il n?y a là aucune morale hormis cette nécessité de s?affranchir de la corporéité et de la contemporanéité.

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