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DROITS DE L'HOMME
<B>Realpolitik à l'Onu</B>
La Chine, Cuba et l’Arabie saoudite figurent dans la liste des 47 pays appelés à constituer le nouveau Conseil des droits de l’homme de l’Onu. Elus dès le premier tour, mardi 9 mai, dans un scrutin où la majorité absolue des suffrages – soit 96 voix sur les 191 membres de l’Assemblée générale – était requise, ces trois Etats ne sont pourtant pas réputés pour leur attachement aux libertés publiques et, plus globalement, aux droits fondamentaux de la personne humaine. Il s’en faut de beaucoup.
Cette élection va relancer la question de la crédibilité de ce nouvel organisme né de la réforme de l’Onu pour son soixantième anniversaire. En mars, l’Assemblée générale avait approuvé la création d’un Conseil des droits de l’homme qui était supposé ne plus encourir les reproches adressés précédemment à la Commission des droits de l’homme. Cette commission avait fait l’objet de sévères critiques, notamment des Etats-Unis, en raison de la présence en son sein d’Etats au minimum peu regardants sur les droits de l’homme, comme la Libye, le Zimbabwe et le Soudan et, déjà, Cuba et la Chine. Le gouvernement cubain soupçonnait Washington d’avoir voulu “la convertir en un tribunal inquisiteur pour sanctionner les peuples du Sud”.
La réforme avait conduit l’Onu à se montrer plus exigeante sur les conditions d’appartenance au nouveau Conseil. Ce dernier, qui tiendra sa première réunion le 19 juin, siégera plus fréquemment et plus longtemps. Les Etats membres, parmi lesquels figure la France, doivent s’engager solennellement à respecter les droits de l’homme. Ils se soumettent aussi à un examen régulier de leurs pratiques et peuvent être exclus en cas de manquements flagrants. Washington, qui trouvait la réforme trop laxiste – et voulait, comme le secrétaire général Kofi Annan, que les Etats membres soient élus à une majorité des deux tiers – s’y était opposé et ne siège pas, pour l’instant, dans ce conseil.
Avec cette réforme, l’Onu met en jeu sa crédibilité sur le chapitre important des droits de l’homme. Mais l’ambiguïté se trouve dans les règles qui président à ce nouveau conseil. L’élection de pays comme la Chine, Cuba et l’Arabie saoudite montre que des manquements flagrants aux droits de l’homme n’empêchent pas l’entrée au club alors même que c’est une cause de renvoi... La Realpolitik a ici prévalu. Et Cuba y voit une “victoire éclatante” contre les Etats-Unis.
D’autres essaient de positiver l’événement. Human Rights Watch parle d’un “pas dans la bonne direction”. Et des dissidents cubains se félicitent de l’intégration de l’île communiste dans “tout scénario international”, escomptant sans doute une contagion démocratique. Mais on aurait pu rêver une meilleure entrée en matière pour le nouveau conseil qui devra rapidement conjurer les doutes qu’il a fait naître.
<B>© Le Monde 2006.
Distribué par
The New York Times Syndicate</B>
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