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Drame Nature
<B>Par Nicholas RAINER</B>
C?est un roman photo tragi-comique qui se déroule sous nos yeux. Au ralenti. Entre deux viols collectifs, l?homme excelle à entretenir une relation platonique avec Dame Nature. Il chante ses louanges, dit à qui veut l?entendre qu?il fera le nécessaire pour la protéger. Il lui murmure des mots sensuels plein d?entrain. Mais malheureusement, l?homme pousse la cupidité à l?extrême. Il feint d?oublier ses engagements. Trop occupé à fixer son nombril pour observer les éléments. Entre-temps, Dame Nature languit, faiblit.
Pis encore, les soi-disant «décideurs» des hommes semblent préférer à Dame Nature les plaisirs charnels de l?investissement et de la croissance économique. C?est clair que ceux-ci ont encore de beaux jours devant eux, tant que la convoitise et l?envie existeront. L?appât du gain et autres réflexes sanguins. Elle ne reproche pas d?ailleurs aux hommes leur égoïsme violent.
Elle comprend qu?ils ont des besoins, quand bien même ils deviennent de plus en plus extravagants. Dame Nature attend donc patiemment que l?homme, ce jeune premier un rien feu follet, se décide enfin à passer à l?acte. Qu?il respecte enfin sa parole. Mais elle déchante au fur et à mesure qu?il devient accro à la démesure. Tant de promesses brisées, tant de lendemains sans espoir. Mais l?homme est beau parleur, à coup de Kyoto et de Rio il déploie tout son charme pour lui faire espérer.
Il dit à Dame Nature tout ce qu?elle désire entendre. «Tu peux compter sur moi. Je vais m?occuper de toi», lui susurre-t-il. Mais il lui pose un lapin. Tous les lapins d?Australie même. Elle réalise qu?il y a trop d?incohérences dans ses propos. Il lui promet monts et merveilles, la hisse au rang de cause célèbre. Et puis, de façon anodine, sans même cligner des yeux, il la vend au plus offrant. Les actions montent en flèche. Le politicien tient une conférence de presse. Tout le monde est heureux. Du moins pour un bref instant.
Parfois elle n?entend pas parler de lui pendant des mois et puis il apparaît soudainement sur son palier l'implorant de lui servir d?alibi. C?est d?ailleurs ce qui arrive à chaque catastrophe «naturelle». Plus que l'incompétence des uns, plus que la vanité des autres, c?est elle qu?on blâme, elle et ses «changements climatiques», comme s?il s?agissait là de sauts d?humeur. C?est sûr que, quand il y a perte de vie, c?est du sérieux. Et elle a bon dos Dame Nature. L?homme ferait peut-être bien de se regarder dans la fonte des glaces.
Dame Nature réalise aussi qu?elle ne peut raisonner avec l?homme. Sa nature à lui c?est de conquérir, de coloniser et, enfin, de consommer. Depuis la nuit des temps, l?homme est incapable d?apprécier la vraie valeur de ce qu?il a. Jusqu'à ce qu?il le perde, bien entendu. Les exemples comme autant de Cassandres ne manquent pas. À force d?abus, son c?ur deviendra un désert et elle se retirera pour un bon moment. Elle se réfugiera derrière le rideau de bitume et de bruit que l?homme s?est tant évertué à bâtir. Et les hommes devront aller au musée pour apercevoir les vestiges de sa gloire passée.
Et c?est ça la vraie tragédie. Dame Nature n?est pas à quelques siècles près. Elle est malade, c?est indéniable. Mais elle a survécu à des cataclysmes bien plus terribles. On ne peut pas en dire de même des dinosaures.
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