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Dix «Floréal Knitwear» peuvent nourrir les Mauriciens

11 mars 2008, 00:00

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En 1983, l?on respecte le rituel de l?Oscar de l?Exportation. Il tombera en désuétude par la suite pour des raisons qui demandent à être explicitées. Elle s?explique aussi par le fait que ce trophée n?a rien d?assez prestigieux pour pouvoir indéfiniment titiller nos principaux exportateurs et encore moins leur personnel. L?exportation, trouvant heureusement leur motivation première dans les fruits même de ses bienfaits, les organismes, chargés de mettre en exergue nos exportateurs les plus performants (ministère et Chambre de l?Industrie), comprennent finalement que cet Oscar pour débutants n?a plus sa place dans l?île Maurice du miracle de notre développement économique.

Enième victoire donc du désolant recours à la solution de facilité. L?île Maurice se montre alors incapable d?inventer le moyen efficace, pouvant inciter nos meilleurs exportateurs à se surpasser sans cesse, pour avoir droit à une gratitude gouvernementale, politique, nationale et même populaire, à la mesure de leurs efforts et exploits à l?échelle mondiale. Pourquoi pas, par exemple, une année d?exemption fiscale ? Sa Majesté le Fisc n?y perdrait pas grand-chose car Elle pourrait se rattraper sur les profits des concurrents malchanceux, devant laisser cette carotte fiscale à meilleur qu?eux. Il est tellement plus facile, mais moins glorieux, de supprimer ce qui exige un effort de surpassement et de ne rien faire pour stimuler sans cesse nos meilleurs opérateurs. Ils ne sont, il est vrai, aux yeux de tous nos idéologues, que d?affreux capitalistes, des négriers des temps modernes, des pollueurs patentés, des vampires, des adeptes de l?exploitation de l?homme par l?homme, des réactionnaires qu?on tolère simplement parce qu?ils sont les seuls à créer des emplois productifs, les seuls à faire bouillir la marmite nationale, à faire entrer des devises étrangères dans nos capillaires économiques, à nous créer des réserves équivalentes à neuf mois d?importations (inconsidérées). C?est d?ailleurs pour cette raison qu?un gouvernement insensé favorise l?appréciation de notre roupie, dans le vain espoir d?amadouer les consommateurs-électeurs qui s?inquiètent de l?explosion des prix de vente du dholl et qui murmurent de plus en plus : gouvernment là pas bon. Lé temps Jugnauth ti plisse bon !.

Pour en revenir à Floréal Knitwear, Oscar de l?Exportation 1982, l?on souligne que ses exportations financent à elles seules un dixième de nos importations alimentaires annuelles de l?époque. Autrement dit, dix entreprises de la taille exportatrice de Floréal Knitwear peuvent payer la note annuelle de la nourriture importée par la population, soit Rs 1,2 milliard, en 1982.

Floréal Knitwear illustre ce que les Mauriciens peuvent faire avec de l?imagination et du savoir-faire. L?entreprise voit le jour en 1972. La compagnie sucrière de Deep-River/Beau-Champ l?achète en 1974. Elle devient alors une usine de bonneterie entièrement mauricienne, ne cessant d?être à l?avant-garde de l?exportation, au sein de notre zone franche manufacturière, avant la venue de l?hydre de la mondialisation.

Floréal Knitwear, en 1983, emploie 3 600 travailleurs, produit 3 millions de produits par an, valant Rs 100 millions en devises étrangères. Elle dispose de cinq unités de production, notamment à Saint-Paul, à Plaine-Magnien, à Mahébourg et bientôt à Forest-Side. L?unité de Réunion n?existe pas encore car le ministre Boolell (Satcam) refuse toujours de donner le feu vert à la fermeture de cette sucrerie pas assez rentable.

En 1974, quand Floréal Knitwear change de mains, l?usine produit 750 000 pièces de pulls classiques Shetland, par an. Un an après, la nouvelle direction obtient que la production passe à 1 250 000 pièces exportées annuellement, vers la France principalement. Elle remporte l?Oscar de l?Exportation en 1973, 75, 76, 79, 81 et 82. 1977 est l?année de la diversification économique et de la prospection des autres marchés européens, dont la Grande-Bretagne, l?Allemagne, le Danemark, l?Italie. La diversification se poursuit en 1978 mais cette fois-ci du côté des produits. Le Shetland cède la place aux produits dits de fantaisie. Parallèlement, le marketing sort de l?Europe du Marché Commun pour prospecter les Etats-Unis, la Suisse, l?Australie, l?Afrique du Sud. Les pulls fantaisie exigent de nouveaux équipements et de nouveaux investissements, notamment dans la teinturerie pour les différents coloris. Floréal Knitwear devient alors la seule entreprise mauricienne verticalement intégrée. Sa valeur ajoutée atteint jusqu?à 70%. Le secteur fantaisie comporte toutefois une part de risque énorme. L?erreur y est pratiquement interdite. Mais récompense : le pull fantaisie se vend plus cher à l?unité que le Shetland classique.

La disparition de l?Oscar de l?Exportation illustre bien, en tout cas, cette constante de la médiocrité made in Mauritius. Les incapables, jaloux de surcroît, l?emporteront toujours sur les meilleurs car plus nombreux que ceux-ci, ils seront toujours chouchoutés par le gouvernement, par la classe politique et même par nos pires journalistes, du moins par les plus girouettes d?entre eux.

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