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Discipline ?
Un fait divers parmi d?autres : L?élève d?un collège traite son professeur de « connard » ; lequel lui envoie une gifle, justement indigné. Que pensez-vous qu?il arriva ? Vous l?avez sans doute entendu comme moi : ce n?est pas le gamin grossier que l?on sanctionne, c?est le professeur. Accusé de « violence aggravée (?) contre mineur », il est mis en garde à vue, jusqu?à ce qu?un juge le fasse comparaître. Histoire exemplaire.
On croit à une blague ; ou avoir mal entendu. On ne rêve pas : on en est là, comme aimait à dire l?un de mes amis. Anciens condisciples (comme on disait à l?époque) d?un même collège, j?imagine ce qui nous serait arrivé dans un cas similaire ? d?ailleurs inimaginable : aucun élève ne se permettait d?insulter un professeur, fût-il sévère ou injuste. Mais supposons. Renvoi immédiat sans appel, blâme aux parents, excuses au professeur. Cela s?appelait le respect dû à un enseignant. C?était du temps où « l?éducation » avait encore un sens.
Aujourd?hui, sauf dans les verbiages moralisants, le respect envers l?aîné, le supérieur, celui qui sait et qui a tâche d?enseigner, ce respect-là est mort. On l?a tué gaiement dans la « chienlit » soixante-huitarde, (dont on a commémoré avec effusion les prestigieux dégâts) à la grande satisfaction des sophistes de l?époque. Capricieux soubresaut bourgeois aux conséquences funestes. Car, rappelons-le : « 68 » a été la révolte des nantis, des fils de bourgeois.
Ce qui me rappelle ce mot de Jean Cau : « Entre un CRS qui prend des pavés sur la figure, et un étudiant qui prend des coups de matraque, ma sympathie va au CRS, parce que c?est un fils de pauvre. »
Depuis, s?est développé un mépris haineux de l?ensei-gnant ? d?ailleurs souvent encouragé par les médias. L?ado-roi a tous les droits, y compris le « droit au respect », ah mais !?. Car, de plus en plus, le fautif, le délinquant devient la victime. Dans cette affaire imbécile, (une parmi d?autres !) c?est ce malheureux élève giflé que l?on nous ordonne de plaindre. Etant désormais entendu que le Législateur régente nos comportements intimes. Au nom du Règlement. Qui « interdit d?interdire », n?est-ce pas, qui interdit de malmener un élève récalcitrant. Il peut troubler le calme et l?ordre d?une classe, ricaner au nez du prof, l?injurier, le menacer, le frapper comme cela se voit fréquemment, si celui-ci fait mine de résister, de faire enfin ce pourquoi l?État le rétribue. Vous le prof, le gêneur, vous n?avez plus qu?à regarder par la fenêtre, en attendant que ça passe. Ou que ça casse.
Je suppose qu?au cours de sa « garde à vue », (appliquée à pareil crime, l?expression prend un comique imposant?) notre professeur hors-la-loi, sorti de sa classe entre deux gendarmes, a de quoi méditer sur les « risques du métier », et se rappeler un précepte des Maîtres antiques : « castigare ridendo » (corriger en riant)? L?intéressé déclare qu?il ne comprend rien à ce qui lui arrive. Ses collègues non plus. Les gens de cette bourgade, pas davantage, qui voit en cet homme quelqu?un d?aimable et de pondéré. N?importe, il sera jugé. Cette anecdote burlesque se passe en France, qui fut jadis le pays du bon sens et de la méthode.
Qui le croirait ? Un pays qui eut, jadis également, l?une des meilleures pédagogies du monde? Qu?en reste-t-il ?
Des illettrés en fin de cycle primaire.
Voilà où est rendue cette pédagogie ? noyée de lois, d?arrêtés, d?évaluations contradictoires, selon le défilé des ministères. « Pas partout », dira-t-on. Non, bien sûr, heureusement. Une certaine harmonie règne encore dans certains établissements scolaires. Dorénavant, on les compte.
Car, un peu partout, la presse nous rapporte des faits comparables à cette pantalonnade. Sans compter ceux dont la Hiérarchie préfèrent ne pas parler. Car, ne nous leurrons pas trop : là comme ailleurs, notre « sur-information » est pleine de trous, (voir, ces jours-ci, le scandale des grandes banques?)
Quant à la Justice, on se demande où elle trouve le souffle de débattre de pareils brimborions ! On nous la décrit éternellement « débordée », asphyxiée par une multitude de cas? Ce qui expliquerait sans doute qu?elle est bien clémente aux récidivistes dangereux, aux violeurs et aux étrangleurs d?enfants, à l?assassin en gros et en détail dont le ministre Badinter a cru « juste » en son temps de sauver la cervelle viciée et la main rouge du sang des autres. Mais la Justice doit statuer sur le sort des enseignants excédés qui ont parfois la main légère. On ne peut pas tout faire.
Dans un récit de Vladimir Volkof (« Le Montage », je crois) on trouve ce propos dans la bouche d?un espion soviétique : « Lorsque leurs enfants auront désappris l?orthographe, ils seront mûrs pour l?asservissement. » Nous y sommes. Et même plus loin.
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