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Diane Henry ou l?art de la photopeinture

7 novembre 2004, 00:00

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Ceux et celles qui ont jugé utile et bon d?aller admirer les collections d?images florales et végétatives, macrophotographiées et imprimées sur canevas par Diane Henry se souviendront, longtemps encore, de ce moment d?enchantement admirablement servi par le cadre inoubliable du Moulin Cassé, avec ses deux bâtiments en maçonne, couverts en potiches, servant de purgerie, installé au milieu d?un domaine où tout n?est qu?ordre et beauté, luxe, calme et volupté .

En parfaite harmonie avec ce cadre envoûtant, la féerie, signée Diane Henry, est un régal esthétique. Il s?agit d?immenses toiles décoratives reproduisant avantageusement des pétales de frangipane ou encore les nervures de feuilles de lantanier et d?autres plantes décoratives. Pour ceux qui préfèrent la faune à la flore, l?artiste maison jette heureusement son dévolu sur quelques uns de nos coquillages les plus élégants au niveau de la structure architecturale ou encore sur les oursins à la symétrie géométrique particulièrement admirable.

L?art de magnifier avec sobriété et retenue

À l?arrêt devant les toiles-photographies de Diane Henry, le contemplateur n?en finit pas de se demander s?il est devant une peinture ou devant une photographie. La reproduction est certes trop fidèle pour ne pas être une photographie ou encore une peinture plus vraie que le réel, se rapprochant de ce fait des « trompe-l??il » qui eurent leur heure de gloire au XVIIIe siècle. Le doute est toutefois permis. Car notre photographe, particulièrement talentueuse, use et abuse esthétiquement de procédés sophistiqués d?agrandissement et de retouches pré-impression, parvenant à donner au résultat les touches caressantes et les nuances évanescentes du pinceau des peintres les plus délicats. La reproduction photographique devient alors un ravissement pour les yeux. Ceux-ci prennent plaisir à suivre indéfiniment les courbes, les replis, les bourrelets, les zones d?ombre, tous permettant des nuances, des dégradés qu?accentue encore la douce chaleur de l?effet canevas et que ne pourra jamais reproduire aussi bien la froideur du papier surtout glacé.

Diane Henry nous fournit autant de preuves qu?elle excelle dans différents domaines. Nous devons lui concéder celui de l?observation des merveilles de la nature et de savoir découvrir ce que nous ne savons plus voir et contempler. Elle possède celui de magnifier, avec la sobriété et la retenue qui conviennent, les objets se prêtant à ces agrandissements afin de devenir accessibles au plus grand nombre, du moins à ceux et à celles comprenant encore, que dans le stress de nos vies quotidiennes, nous devons savoir donner quelques instants aux plaisirs esthétiques et à la nécessité de combler cette part de nos meilleures aspirations, celle de vouloir vivre dans un monde, dans un chez-soi, où la beauté a droit de cité. Le Moulin Cassé de Peyrébère aura ceci de particulier qu?à quinze jours d?intervalle, sa galerie accueille un peintre capable de rivaliser avec un photographe et une photographe enjolivant mieux ses sujets que le plus délicat des peintres. Au début d?octobre, en effet, quelques-uns des plus talentueux de nos paysagistes tombaient en arrêt devant les rochers peints par le Malgache Jean-Yves Chen. Ils ne s?en revenaient pas de la minutie avec laquelle celui-ci sait rendre le granulé des roches basaltiques et granitiques en encore les moindres de leurs taches de moisissure et celles laissées par quelques lichens. Et les revoilà s?extasiant de nouveau devant les touches impressionnistes des reproductions photographiques de Diane Henry.

On peut toutefois reprocher à cette dernière une certaine répétition dans le choix de ses sujets. La nature lui offre pourtant une variété suffisamment grande de trésors artistiques pour que nous ne soyons pas obligés de nous restreindre aux mêmes frangipanes et autres plantes décoratives. Le domaine du Moulin Cassé offre à lui seul suffisamment de ressources insoupçonnées, telles ses racines géantes des banians. Il y aurait encore le c?ur de nos cocotiers, une des rares plantes à savoir se vêtir avec autant de grâce que les plus élégants modèles des grands couturiers les plus courus. Diane Henry aurait aussi intérêt à se promener du côté des insectes. Une visite à la superbe collection d?insectes et de papillons du Parc de la Vanille, suffirait à lui faire comprendre qu?elle commence une découverte pouvant longtemps encore l?occuper utilement et esthétiquement.

La magie chazalienne s?y prêterait volontiers

Les reproductions des originaux de Malcolm de Chazal permettent aux admirateurs de ce peintre particulièrement génial et innovateur d?emporter chez eux, à un prix raisonnable, une part de la magie chazalienne. Notre photographe est bien sûr tributaire des originaux à sa disposition. Il n?est pas bon être un inconditionnel de Malcolm de Chazal. Certaines de ses ?uvres font preuve d?une heureuse originalité et d?un sens du dépassement et de transfiguration proche de la magie. D?autres sont des échecs pour des raisons techniques trop longues à énumérer ici.

Une conclusion s?impose cependant. Décorateurs et responsables de l?embellissement de nos locaux ont encore moins d?excuses, s?ils se retrouvent à court d?idées pour meubler utilement et agréablement de grands espaces muraux. Ils peuvent ajouter sans crainte possible les noms de Diane Henry et de la Galerie du Moulin Cassé à leur liste de fournisseurs de merveilles à contempler. Ils y trouveront de quoi combler les plus difficiles de leurs visiteurs et bénéficier ainsi du raffinement distillé par les chefs d??uvre sortis des mains d?une grande artiste qui renouvelle l?art de la photographie à Maurice.

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