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Diagnostic ou autopsie

28 avril 2006, 00:00

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Diagnostic ou autopsie

par Nazim ESOOF

Le citoyen a un rapport très simple à l?économie. Ce rapport se joue dans son caddie. Combien de produits parvient-il à y mettre ? Ces produits sont-ils des produits génétiques, des produits de marque ou des dérivés et autres imitations ? Ce n?est pas une simple question de pouvoir d?achat. C?est davantage une question de pouvoir de survie. Une question douloureuse et contraignante surtout dans un contexte où la richesse indécente côtoie la paupérisation extrême. Après avoir pris l?habitude des grandes surfaces, certains voient mal un retour aux boutiques de quartier.

Aujourd?hui, le consommateur veut justement savoir s?il va pouvoir remplir son caddie avec ce qu?il y a de meilleur. Pour cela, il faut produire. Pour produire, il faut investir. Pour qu?il y ait investissement, il faut un environnement économique stimulant. Rama Sithanen sait ce qu?il faut faire. Mais la véritable interrogation est de savoir s?il aura le courage de le faire ?

Va-t-on enfin voir la mise en place d?une politique pour contenir les dépenses publiques et ainsi garantir une meilleure croissance ? Il serait vain de vouloir contrôler les leviers de développement si une solution n?est pas trouvée pour nous sortir de ce tropisme. Jusqu?ici, le Premier ministre a surtout appelé à la responsabilisation de ses élus et nominés politiques. C?est bien, mais on reste dans le domaine du symbolique. Là où il faut appliquer une thérapie de choc, ce ne sont pas quelques ?panadol? qui remettront en marche la machinerie économique. Sans une augmentation significative de la richesse, les garanties sociales vont s?éroder. C?est aussi simple que cela.

Or avec un modèle de sécurité sociale archaïque et un régime de retraite qui pèse de plus en plus lourd sur le citoyen et dont la facture sera transmise aux générations futures, nous nous dirigeons inexorablement vers l?abîme. Mais quel est ce gouvernement qui admettra que le modèle social mauricien a atteint ses limites ? Certainement pas celui qui a rétabli la pension universelle ! C?est un modèle qui suffoque et asphyxie l?économie. C?est l?une des principales causes de la crise de l?économie mauricienne et le frein au réformisme. L?ambition d?Enterprise Mauritius aussi bien que les objectifs schumpeteriens de notre ministre? de la Culture ne trouveront de sens que si nous parvenons à redéfinir le principe de l?intérêt général. Dossier piège sur lequel butent tous nos réformateurs ! Il leur faudra faire accepter que l?emploi salarié à vie n?est plus acquis. Que les services publics doivent être ciblés. Qu?il faudra remplacer l?Etat tuteur par l?Etat falicitateur. ?Changement de mindset?, a-t-on dit ?

Quand cessera-t-on de se bercer d?illusions et acceptera-t-on le fait que nous ne sommes pas dans les meilleures dispositions pour affronter un XXIe siècle qui se signale par la flexibilité, la créativité et la mobilité ? En un mot, tout ce dont nous ne faisons pas preuve jusqu?ici. Pour sortir de l?impasse, une stratégie de modernisation tous azimuts s?impose. C?est une rupture dans la gestion qui est exigée. Un bond conceptuel de l?économie.

Le dirigisme économique classique qui sacralise le social est remis en question par les régimes économiques les plus socialisants à travers le monde. Ils ont réalisé que le prix de l?hypocrisie est trop cher à payer. Nous sommes aujourd?hui largement déficitaires en termes de politiques de formation, de croissance, d?investissement, de diversification et de création d?emplois. La solidarité que doivent cimenter nos ambitions sociales passe par une réinvention de l?économie. Cette réinvention est possible car nous sommes encore au stade de diagnostic. Par contre, si nous accumulons les retards, nous passerons rapidement à l?heure de l?autopsie.

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