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Devoir de présence

29 mars 2005, 00:00

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Ils n?ont pas totalement tort, ceux qui pensent que la réforme électorale proposée par le gouvernement est une escroquerie. On ne change pas les règles du jeu quand la partie a déjà commencé. Nous sommes déjà en pré-campagne électorale et il n?est pas moralement acceptable que l?alliance au pouvoir vienne tripoter les lois à ce stade pour changer le mode du scrutin législatif. De même, la stratégie du boycott du discours du budget, décidée par l?opposition, est une menace pour nos institutions.

La démarche des travaillistes soulève bien des questions. Il est possible de se demander si leur politique de chaises vides ne fait pas davantage de tort au Parlement et à notre système de démocratie qu?à leurs adversaires politiques. Si l?opposition visait à discréditer l?institution parlementaire, elle n?aurait pas agi autrement. Ce boycott est décidément ?spurious? ? mot rendu célèbre par le juge Lam Shang Leen dans une affaire où il était question de procès verbaux trafiqués des débats à l?Assemblée.

La justification principale du boycott tient à un argument : ?Ce n?est pas un budget mais un manifeste.? Ainsi, c?est la proximité des dates qui gêne les travaillistes. Entre la présentation du budget et la tenue des législatives, il ne s?écoulera que quelques mois. Mais est-ce vraiment une atteinte à la démocratie ?

En Grande-Bretagne, pays dont s?inspire notre système de démocratie parlementaire, les dates peuvent être encore plus rapprochées. Le chancelier de l'Echiquier, Gordon Brown, a présenté le 16 mars dernier son budget alors qu?une campagne électorale a démarré. Le Premier ministre britannique Tony Blair devrait demander les 4 ou 5 avril la dissolution de la chambre des Communes pour ouvrir la voie à des législatives anticipées le 5 mai.

Cependant, à aucun moment, l?opposition conservatrice ne s?est-elle dérobée de son devoir de présence au Parlement. Le New Labour a annoncé un catalogue de mesures généreuses, sinon populistes, à l?occasion du budget et ses adversaires l?ont attaqué avec vigueur mais chacun a joué le jeu de la légalité institutionnelle.

Le PTr n?a pas à craindre les mesures populaires et autres cadeaux généreux qui seront inévitablement annoncés lors du discours du budget. Tout cela ne fait pas une élection. Ils l?ont d?ailleurs appris à leurs dépens en 1982 quand les 20 000 jobs créés pour arracher les mauvaises herbes sur les berges des rivières n?ont eu aucune influence sur le score des législatives du 11 juin.

En revanche, il faut surveiller les éventuels dérapages au niveau des dépenses publiques. Des meures irresponsables sont susceptibles de causer des dégâts irrémédiables à l?économie.

En cas d?électoralisme outrancier et irresponsable du régime, le boycott des débats budgétaires sera justifié. L?électorat mauricien sait discerner entre un boycott peu glorieux, attaquant le prestige du Parlement , et celui qui représente une authentique action politique en acculant des adversaires politiques.

Pour sa part l?électorat espère seulement être exposé aux points de vue les plus variés à travers les interventions, mesurées et instructives, des uns et des autres. Il souhaite surtout qu?aucun des partis engagés dans la campagne ne pratique la politique des chaises vides lorsque sera venu le moment de débats télévisés. Trop longtemps, les politiques ont cherché à escamoter l?affrontement direct sous divers prétextes. On a envie de leur dire : Ne boycottez pas la télévision.

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